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Chapitre 10 – L’attente

– Une semaine ? – Là c’est moi et je ne suis pas contente.
– Sept jours ! – mon hôte
– Une semaine…
– Mais enfin c’est quoi une semaine ?
– 7 jours.
– Une semaine alors, c’est ça.
– Je ne vais pas pouvoir rentrer avant une semaine !
– Non.
– Mais c’est pas possible, je…
– Calmez vous. Le temps ne s’écoule pas pareil ici. Vous êtes passée dans une autre partie de l’univers.
– Vous pouvez préciser.
– Sept jour ici…
– Une semaine…
– et seulement quelques heures se seront passées sur Terre.
– Comment vous savez ça ?
– Notre base de données.
– Mais vous n’aviez jamais vu de Terriens de votre vie.
– Nous avons fait des recherches depuis. Nous sommes des voyageurs nous aussi et nous avons établi des relations avec d’autres mondes qui nous ont renseigné. Quand je suis sorti de la pièce tout à l’heure…
– C’était le Commandant hein ?
– Oui, il m’a donné toutes sortes d’informations et de recommandations. Et parmi ces informations, le fait que le Grand Conseil ne pourra pas se réunir avant sept jours, certains membres étant en déplacement diplomatique sur Yurdiva.
– Yurdiva, voyez vous ça.
– C’est une de nos planètes partenaires…
– Donc pendant une semaine, je dois attendre que ces messieurs dames reviennent de voyage…
– Déplacement diplomatique…
– Et je dois rester calme…
– Oui, pendant les 7 jours si possible.
– Toute une semaine…
– On n’a pas de semaine ici.
– Ah bon ?
– On a des jours, des lunes et des anneaux d’or. Il y a 20 jours dans une lune et 15 lunes dans un anneau d’or. Vous voulez voir notre lune ? Elle est dans le ciel actuellement. Elle se lève, se couche, change de forme. Un cycle fait une lune.
– On en a une comme ça aussi chez nous. Mais là où j’habite, on ne compte pas le temps en lune.
– Vous le comptez en quoi ?
– En mois et en année. Une année compte 12 mois.
– Et les semaines là-dedans ?
– Ben un mois fait au moins 4 semaines. Ou un peu plus, mais pas toujours.
– Ça a l’air compliqué. Il y a donc un nombre de jours variables dans un mois…
– De 28 à 31.
– Et comment on s’y retrouve ?
– Avec des calendriers. Et votre anneau d’or ?
– C’est une planète brillante qui apparaît toutes les 15 lunes dans notre ciel. Elle reste pendant une lune. Là on en est à 5 – lunes.
– Vous avez dit que je pouvais la voir.
– Oui, il est temps que vous puissiez sortir un peu. Cette salle de débarquement est austère, non ?
– Franchement, je n’ai pas eu le temps de penser à l’austérité ou non des lieux.
– On y va ?
– On y va. Oups…
– Qu’est-ce qui se passe ?
– C’est rien. Une douleur dans la tête… Très fugace. C’est déjà fini.
– Laissez moi vous aider pour vos premier pas.
– Ça va aller. Ne vous inquiétez pas. Vous pensez que j’ai fait quoi quand vous êtes sorti tout à l’heure ?
– Je vous avais demandé de vous reposer.
– Mais j’avais envie de bouger moi.
– Tous les humains sont comme vous ?
– Comment je suis selon vous ?
– Impossible !
– Chez nous il est très malpoli de généraliser.
– Je posais une question.
– Je n’ai pas de réponse.
– Alors vous avez fait quoi ? Un footing autour de la pièce ?
– Mais non, j’ai simplement marché. En m’appuyant d’abord sur ce que je pouvais. Et puis sans les mains. Hop !
– Des vertiges ?
– Juste les premiers instants. Je n’ai pas lâché mes appuis avant que ça disparaisse.
– Et quand je suis revenu vous étiez assise là où je vous avais laissée.
– Oui, j’ai un peu couru pour me rasseoir à ma place, quand je vous ai entendu revenir.
Là mon hôte secoue la tête.
– Elle a couru.
– Elle est là.
– Allons dehors sans plus attendre.
– Excellente idée.

Je dois dire que dehors m’attend une surprise de taille. Je me suis mise à chuchoter.
– Etoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers, que font ici tous ces gens ?
– Ils sont venus pour vous apercevoir.
– Oh.
– Vous ne voulez pas les saluer ?
– Ça me gène énormément.
– Croyez moi, ça ne pourra qu’améliorer votre image…
– Améliorer mon image ?
– Vous êtes venue sans corps.
– Je vais finir par le savoir. Qu’est-ce que je dois dire ?
– Bonjour serait une bonne idée.
– Ce n’est pas un peu court ?
– Je n’ai pas eu le temps de vous écrire un discours. Lancez-vous.
Notre aparté en chuchotis se termine là et il annonce à voix haute :
– Mesdames et Messieurs, j’ai l’honneur de vous présenter notre visiteur de la Terre.
Là je viens de recevoir un coup de coude dans les côtes en même temps qu’un “à vous” pressant.
– Hem. Bonjour tout le monde. Je m’appelle Élisa – là j’entends des murmures dans la foule – et je viens de la planète Terre. On m’a dit qu’ici les noms étaient plus longs, mais chez moi, ce n’est pas le cas. J’étais sortie dehors pour voir la lune, ce magnifique astre qui trône dans votre ciel – et là je montre la lune énorme et rousse qui se dessine devant moi.
Je suis arrivée ici par hasard. Je n’avais aucune idée de l’existence d’un monde comme le votre, où voyager sans corps ne se fait pas. Dans le mien, il n’y a pas d’autre manière de voyager – là c’est un murmure désapprobateur qui parcours la foule. Mais c’est parce que nous ne savons pas encore utiliser des corps de débarquement. Nous sommes dans une partie de l’univers qui n’a pas encore découvert ce mode de transfert – là c’est un ah d’étonnement. Mais je vous assure que c’est une expérience sensationnelle. D’ailleurs, en parlant de sensation, je crois bien que j’ai faim.
Et la foule de rire gentiment.
– Mesdames et Messieurs, c’était Élisa, de la planète Terre.
Oh des applaudissements. On applaudit ici aussi.
– Je vais vous emmener chez moi pour vous restaurer, me dit mon hôte.

Mon contentement fut de courte durée.
– C’est quoi ça ?
– Notre moyen de transport.
– Vous rigolez ?
– Vous vous déplacez comment sur terre ?
– En navettes
– C’est un transport mécanique collectif ?
– Oui.
– Mais nous n’avons pas besoin de navette.
– Pourquoi ?
– Parce que nous n’allons pas loin.
– Ah ! Et quand on va pas loin, on utilise ces choses ?
– Oui. Ce sont des chevaux.
– Ça des chevaux ? On a la selle, les rênes, les étriers, mais en dessous, ce machin poilu, ça ressemble à un énorme chat…
– Les traductions sont parfois approximatives. Il semble qu’ici ait été gardé la fonction : vos chevaux servent aussi de moyen de transport, avec selle, étrier et rênes.
– Euh ils servent surtout de loisir et encore quand on a habite ailleurs qu’en ville.
– Au passage nos chats ne ressemblent pas du tout à ça.
– Laissez moi deviner : des petites bestioles qui passent leur temps à manger et dormir et réclamer des caresses ?
– Oui, on en a un à la maison. Je vous le montrerai. Venez.
Et là il saute sur son cheval.
– Mais il n’est pas question que je monte là dessus !
– Allons, vous ne voulez pas tester de nouvelles sensations avec votre corps. ?
– Le Commandant a dit que je ne devais pas l’abîmer.
– Oh il vous arrive de faire ce qu’on vous demande ?
– Je me trompe ou c’est du sarcasme ? Je vous trouve très Terrien, monsieur. Au fait c’est bien monsieur.
– Oui, évidement.
– Il n’y a rien d’évident pour moi ici.
– La natte. Seuls les hommes ont les cheveux assez longs pour faire une natte.
– Ah et donc les personnes plus petites aux cheveux au dessus des épaules sont des femmes.
– Vous avez tout compris. En selle !
– Je n’y tiens pas.
– Essayez au moins. Allez !
– On va doucement hein ?
– On va aller doucement. Mettez le pied droit dans l’étrier devant vous et aidez vous de la selle pour vous mettre en place.
– Ça va, ça va. Il n’est pas encore trop haut.
– Elle. On ne peut pas monter les mâles, ils sont imprévisibles.
– Vous avez essayez de les stériliser ?
– Quoi ?
– Non rien. Dans deux minutes vous allez me traiter de barbare. Oubliez.
– Vous faites ça sur Terre à vos animaux de transport ?
– On fait ça à des tas d’animaux.
– Je ne vous traiterai pas de barbare, mais vous n’êtes pas un peu sauvages vous les Terriens ?
– Sauvages ? Oh voilà qui est nettement mieux. On peut peut-être y aller maintenant ?
– Hue !
Je dois dire que ces soit-disant chevaux sont très confortables quand ils marchent.

– Envie d’un peu de vitesse ?
– Franchement j’en sais rien.
– Essayez le lien psychique.
– Ah ouais, c’est quoi ça le lien psychique ?
– Vous devez sentir l’esprit de votre monture et lorsqu’il se mettra à courir votre corps pourra anticiper chaque mouvement et rester stable.
– Je peux faire ça moi ? Je suis Terrienne.
– Votre corps a établi des connexions avec votre esprit qui sont les nôtres. Vous êtes comme nous tant que vous êtes dans ce corps. Vous pouvez faire ce lien psychique. Vous… Ah ben faut pas vous le dire deux fois.
Mon cheval s’est mis à courir comme un fou au moment où je me suis imaginée tous les deux en train de semer mon hôte. J’ai du le ralentir, car des deux, seuls mon hôte savait où nous devions aller. Le voilà qui nous a rattrapé.
– Vous ne vous êtes pas contentée du lien psychique on dirait. Vous l’avez carrément commandé. Vous savez que ça nous demande de l’entraînement pour réussir ce genre de connexion ?
– Il m’est arrivé tellement de trucs bizarres aujourd’hui vous savez. Il me suffit de penser à quelque chose et ça arrive. Enfin quand j’étais sous forme d’esprit… Et maintenant aussi.
– Et ce n’est pas comme ça sur Terre ?
– Ah ça non. On fait la course ?
– Vous êtes impossible.
– Vous souriez.
Et le voilà qui détale. Je suis bien obligée de rester légèrement en arrière puisque je ne sais toujours pas où on va. Mais je me permets de temps à autre de passer un peu devant. Ça ne me fait pas seulement plaisir à moi. Ça fait aussi plaisir à ma monture. Je le sens.
Finalement mon hôte s’arrête.

– Nous sommes arrivés.
– C’est votre maison ?
– Oui.
– C’est… C’est…
– Vous n’aimez pas ? Vous trouvez ça laid ?
– Au non pas du tout, au contraire. C’est magnifique. L’univers est peuplé d’artistes, vous pouvez me croire. Sur Terre on est des amateurs. Il faut que j’imprime ça dans ma mémoire pour pouvoir le dessiner plus tard.
– Le dessiner ?
– Oui, c’est mon petit talent caché : je me débrouille bien en dessin et je vais pouvoir montrer aux Terriens ce que j’ai vu ici.
– Montrer aux Terriens ?
– Oui, je vais avoir une de ces expériences à partager.
– Élisa je dois vous dire…
– Oh que je n’aime pas la tête que vous faites là.
– Il y a de fortes chances, il est même certain que vous oublierez tout ce que vous avez fait ici lors de votre retour sur Terre.
– Pourquoi ?
– Eh bien…
– Le temps, c’est ça ? Il s’écoule autrement du coup les souvenirs ne s’impriment pas de la même manière.
– C’est ça !
– Mais qu’est-ce que vous faites tous les deux, vous n’entrez pas ?
La porte vient de s’ouvrir sur un spécimen cheveux au dessus des épaules très… enceinte. Et là croyez moi si vous le voulez, mais les voilà qu’ils ronronnent.
– Qu’est-ce qui vous arrive, demande monsieur, vous en faites une tête.
– Vous venez de ronronner, je réponds.
– Mais c’est normal entre époux, dit madame.
Oh ma tête.
– Et moi dans ce corps, je peux ronronner aussi ?
– Vous n’avez pas toutes les fonctionnalités du mâle, mais vous avez l’esprit, les sentiments, donc oui, a priori vous devriez pouvoir – ça c’est monsieur. Ce à quoi madame répond :
– Mais il vous faudrait trouver une gentille fille qui vous fasse vibrer.
– Chérie, ce n’est pas un homme.
– Bien sûr que si.
– Je vous assure que non. Sur Terre je suis une fille, mais il n’y avait pas le bon modèle en magasin.
– Ah ah, il est drôle, s’esclaffe la femme.
– Elle, corrige le mari.
– Vraiment, vous êtes une fille ? Oh ma pauvre !
Et elle me pousse à l’intérieur.
– Tenez là-bas, c’est le chat.
Les chats terriens seraient mort de rire : on dirait un rat. Un gros. Mais un rat. Un museau un peu plus court, certes. Oh le voilà qui baille. Avec des dents de chats, j’ajouterai.
– Élisa a faim.
– Élisa ?
– C’est moi.
– Fleur parfumée de la Plaine d’Isadora, se présente la femme.
– Très joli.
– Votre prénom aussi.
– Ah vous  ne le trouvez pas ridiculement trop petit ?
– Vous n’êtes pas d’ici et je trouve le son joli. On peut quand même imaginer facilement que tout l’univers n’est pas comme nous.
Je l’aime bien moi Fleur Parfumée de la Plaine d’Isadora.
– Que voulez-vous manger ? me demande-t-elle sans détour.
– C’est à dire que je ne connais absolument pas la cuisine d’ici.
– Évidemment, suis-je bête. Je vais voir ce que je peux vous faire et vous me direz ce que vous en pensez.
Et je dois dire que j’en ai pensé que du bien.
– Chérie, Élisa va devoir rester au moins sept jours avec nous. Tu penses qu’on peut l’installer dans notre chambre d’amis ?
– Bien sûr. Élisa, vous me suivez, je vais vous montrer votre chambre. C’est là-haut, dit elle en pointant du doigt un escalier.
– Vous êtes sûrs, je demande embarrassée.
– Absolument, me repond-elle.
En entrant dans la chambre j’ai eu un choc. Je ne m’étais pas encore vu et je faisais face à un miroir.
– C’est la première fois que vous vous voyez n’est-ce pas ?
– Oui. J’avais remarqué les habits…
– Militaires. Plus près du corps.
– Une combinaison on dit chez nous.
– Chez nous aussi.
– Je n’ai pas de cheveux.
– C’est comme ça chez les militaires, on les rase.
– Ah je n’ai pas eu le temps de voir sur le Commandant. Il avait une casquette de toute manière.
– Vous voulez une casquette vous aussi ?
– Je ne sais pas.
– Si vous ne savez pas, c’est que vous en voulez une.
– Vous avez de drôles de raisonnements.
– J’essaie de m’imaginer sans cheveux…
– Et dans un corps d’homme ?
– Non, ça j’ai du mal à imaginer. Surtout dans mon état, me répond-elle dans un sourire. Je vous laisse quelques instants. Redescendez quand vous voulez.
J’ai fait oui de la tête. Je me suis allongée sur le lit. Et je me suis endormie.

Annie

6 Comments

  1. Ah j ai du mal j avoue je trouve ce chapitre un peu long l idée est qd même très bonne mais les personnages se ressemblent bcp au niveau de la personnalité et je m y perd un peu

    • Ah c’est clair qu’il y a bien des choses à améliorer. Les personnages ont été créé au fil de l’eau et leurs personnalités s’affirment plutôt sur la longueur (je veux dire sur les différentes parties). Je pense qu’à partir d’un moment, j’ai oublié le formatage web (donc court) que je voulais donner à chaque chapitre au départ. Je me suis laissée prendre par ma propre histoire. Tu verras, il y a à boire et à manger. Mais c’est une expérience sympa 🙂 (enfin j’espère pas seulement pour moi 😉 )

  2. En tous cas l originalité est de mise et c est bien ce qui fait, enfin pour moi, l attrait de l histoire 😀 bien trouvé

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