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Chapitre 5 – Contretemps

Reymo et Mira ont l’air très embarrassés.
Mira : En fait, il s’agit du fil de notre roi. Nous sommes chargé de le retrouver.
Élisa : Quoi ? Le fils du roi ? Mais c’est quoi cette histoire à dormir debout ?
Reymo : Élisa, ce n’est pas un conte je vous assure. Je vais vous expliquer comment ça fonctionne chez nous. Sur Frigellya un souverain ou une souveraine est un élu du peuple. La durée du règne est indéterminée. C’est au souverain de décider s’il veut partir avant l’âge maximum autorisé ou non. Certains souverains s’engagent sur une dizaine d’années. D’autres vont jusqu’à l’âge limite de 50 ans Frigellyen – ce qui correspond à quelques 150 ans sur Terre. Le souverain peut proposer un de ses enfants à sa succession. Il y a eu ainsi des successions de règnes familiaux. Mais n’importe qui peut prétendre au trône, pourvu qu’il convainque le peuple qu’il ou elle en a les compétences. Aujourd’hui la faction rivale du roi a déjà avancé son pion. Et il est pour le moment le seul candidat au trône. Et sans adversaire, son élection est quasi-assurée.
Élisa : Mais qu’est-ce que je viens faire dans cette histoire moi ? Trouver quelqu’un pour se présenter face aux opposants, ce n’est pas à moi de faire ce travail pour vous. Je n’ai pas à intervenir dans vos affaires internes.
Sylvestre : Je n’arrive pas à croire ce que j’entends. Mais qu’avez vous dans la tête ?
Mira : Comprenez-nous. Cela fait des années Frigellyennes que nous recherchons le dauphin. Il a un père et une mère qui ne savent pas ce que leur enfant est devenu. Élisa et sa capacité à scanner les planètes nous a laissé entrevoir l’espoir de le retrouver enfin. Au delà de toutes les tracasseries politiques, le roi et la reine ne sont que des parents comme d’autres qui rêvent simplement de retrouver leur enfant.
Élisa : Vous auriez du me dire la vérité tout de suite. Si vous voulez mon aide, vous ne devez plus rien me cacher.
Reymo : Oh Élisa. Ce n’est vraiment plus le moment des cachotteries. Si nous sommes venus à vous, c’est que vous êtes en grand danger.  Les choses se compliquent sur Frigellya. Il semble que la faction rivale du roi soit au courant de votre existence et de la mission que nous vous avons confié. Ils vont essayer de vous empêcher de réussir par tous les moyens.
Paul : Mais vous êtes complètement inconscients de l’exposer à ce type de danger… purement politique. C’est un être humain du XXVème siècle ! Elle n’a strictement rien à faire avec vos histoires.
Mira : Nous le savons. Mais si elle ne veut pas terminer sa vie enfermée quelque part sur notre planète par des gens qui la préfère inactive, il va falloir qu’elle trouve le fils du roi et vite. Si elle se fait capturer, elle ne pourra pas remplir sa mission envers le peuple Dalygarien. Reymo : Élisa, nous savons à quel point vous voulez porter secours à ces gens, mais il serait préférable que vous régliez notre problème avant. Une fois le fils du roi retrouvé, les factions rivales n’auront plus qu’à accepter l’élection. Et elles n’auront plus aucune raison de chercher à vous nuire.

Le silence s’installe. Les deux Martins affichent un air contrarié et Élisa reste indéchiffrable. Quant au deux Frigellyens, ils attendent penauds que quelqu’un veuille bien reprendre la parole.

Paul : J’espère que personne ne sait que vous êtes ici…
Reymo : Écoutez, nous avons pris toutes les précautions que nous avons pu pour venir jusqu’ici. Nous ne voulons conduire personne jusqu’à Élisa.
Sylvester : Vous avez dit vous-même que l’existence d’Élisa était connue de gens qui ne le devraient pas.
Mira : C’est pour ça que nous travaillons sur cette affaire uniquement en duo. La carte blanche du roi nous permet de ne rendre compte à personne. Nous informerons le couple royal le plus tard possible, car nous nous méfions de son entourage. Nous pensons que la fuite vient de ce côté là, lorsque nous avons informé le couple royal de la possibilité de retrouver prochainement leur fils grâce à Élisa.

Le silence s’installe à nouveau. Élisa est partagée : ces gens se sont moqués d’elle, pourquoi devrait-elle les aider en priorité ? D’un autre coté, si elle se trouvait empêchée de porter secours à Dalygaran, elle s’en voudrait toute sa vie. Il va donc falloir s’occuper de cette histoire de fils en premier. A contre-coeur, elle accepte.
Élisa : Je m’occupe du fils du roi pour sauvegarder ma mission pour Dalygaran.
Paul : J’espère pour vous qu’il ne lui arrivera rien. Sylvestre et moi vous tiendrons pour responsables. Et je vais vous le dire gentiment : ce n’est pas au Grand Conseil Frigellyen auquel vous aurez à faire en cas de pépin, mais à une instance bien supérieure : La Grande Cour Universelle.
Reymo : La Grande Cour Universelle ?
Sylvestre : La justice des Epsilons.
Mira et Reymo regardent Sylvestre et Paul quelque peu effrayés. Il n’y a aucune justice au dessus de celle des Epsilons, celle des planètes de niveau 5, le niveau le plus élevé de tout l’univers. Être jugé par un niveau supérieur est d’ailleurs un événement d’une grande rareté et cela concerne uniquement les fautes très graves. Pour des gens comme Mira et Reymo se retrouver devant ce type de Cour serait la pire des déchéances.
Mira leur répond sèchement.

Mira : Inutile de nous menacer.
Paul : Ce n’est pas une menace, mais une information. Vous avez la responsabilité de la sécurité d’Élisa Martin, et par ricochet de l’avenir de Dalygaran. Beaucoup de vies dépendent de vous maintenant. Vous êtes juste autorisé à un sans faute. Suis-je clair ?
Élisa : Écoutez, je suis certaine que tout le monde veut bien faire et la pression n’est pas forcément bonne conseillère. Paul, Sylvestre, malgré leur mensonges, je pense qu’on peut se fier à Mira et Reymo. Vous connaissez les capacités que j’ai développées sur Dalygaran, et j’ai la certitude que je serai en sécurité avec eux. Leur envie de réussir est immense et ils sont prêts à tout. Absolument à tout. Et en tant qu’outil indispensable à cette réussite, je suis ce qu’ils ont de plus précieux.
Mira : Je ne l’aurai pas dite comme ça, dit-elle d’un ton pincé, mais oui, vous êtes pour le moment ce que nous avons de plus précieux.
Élisa : Et n’oubliez pas que je m’adapte très vite. On essaie votre scan de l’espace temps ?
Reymo : Maintenant ? Combien de bonds dans l’espace temps avez vous fait jusqu’ici ?
Élisa : 5 ou 6. J’étais en rodage. Mais je veux bien essayer votre truc des deux curseurs.
Reymo : Vous êtes dans votre corps de voyage. Votre esprit doit être libéré pour pouvoir procéder au scan.
Élisa : Il faut que je redevienne un esprit alors.
Sylvestre : Mais nous n’avons pas de pilule d’extraction sous la main.
Élisa : Il y en a sur Dalygaran… Mais je ne veux pas revenir sur Dalygaran sans l’étoile du matin.
Mira : L’étoile du matin ?
Sylvestre : C’est la plante qui sauvera Dalygaran et qu’Élisa doit aller chercher dans leur passé.
Le silence s’installe quelques instants.
Paul : Nous avons un extracteur.
Sylvestre : Tu n’y penses pas. C’est dangereux. On peut la perdre.
Paul : Je sais. Il nous faut trouver un moyen de contrôler le temps.
Élisa : Ça vous dérangerait de vous expliquer ?
Paul : Un extracteur permet à l’esprit dans l’unité de voyage de s’extraire comme si c’était son propre corps. Sauf qu’alors, il y a deux liens à préserver et que le second corps doit être regagné en premier et avant une certaine limite de temps. C’est plus… technique.
Élisa : Je crains n’avoir pas compris…
Sylvestre : L’extracteur agit sur votre unité de voyage comme la pillule d’extraction : il libère votre esprit. A cette différence près, que vous devez regagner l’unité de voyage et non votre corps humain. Le danger concerne le retour. L’effet des extracteurs est limité dans le temps et vous devez être revenue avant qu’il ne commence à s’estomper. Si vous ne réussissez pas à reintégrer votre corps de voyage, vous ne serez plus en mesure d’atteindre votre corps humain. Votre esprit sera perdu. Il n’y aura plus d’Élisa Martin.
Élisa : Ya pas à dire, ça fait envie.
Mira et Reymo se regardent.
Reymo : On ne peut pas vous demander ça.
Élisa : Soyez bien certains que je n’ai aucune envie de me perdre. Mais encore quelques questions. J’ai combien de temps si j’utilise… ce truc ?
Paul : Pas plus d’une heure…
Élisa : Mira, Reymo, combien de temps pour scanner la Terre et ses différentes périodes ?
Mira : Tout dépend où le Dauphin se trouve, mais une heure risque de ne pas suffire.
Élisa : Paul, Sylvestre, est-ce que je peux disposer d’un signal de rappel qui passera inaperçu à mon corps humain ?
Paul et Sylvestre se regardent et sourient.
Paul : Élisa vous êtes un génie. Oui, votre corps de voyage est une machine. Nous pouvons envoyer des micro signaux que votre corps humain ne pourra pas percevoir et qui seront enregistré par votre unité de voyage. Cela devrait être suffisant pour perturber le lien avec votre esprit et vous faire revenir à temps chaque fois.
Élisa : On fait un essai ?
Sylvestre : Vous êtes sûre ?
Élisa : Absolument.
Sylvestre : Dans ce cas, je vais le chercher.
Sylvestre s’absente quelques instants et revient avec une sorte de diadème, pendant que Paul s’en va chercher de quoi envoyer les micro-signaux électriques.
Sylvestre : L’extracteur doit enserrer votre front. Je garde l’activateur avec moi.
Élisa : Ça ressemble à une petite télécommande.
Sylvestre : C’en est une. Voilà Paul qui revient.
Paul tient dans sa main une sorte de grosse boite cubique couverte de boutons.
Paul : Élisa, l’extracteur est instantané. Dès que Sylvestre l’activera votre esprit sera libéré. Nous allons procéder ainsi. Dès que vous êtes libérée, commencez à vous éloigner un peu et mettez vous à compter – de manière posée, il n’est pas utile d’aller trop vite. Et lorsque vous sentez le signal, vous revenez. Si à 30, vous n’avez rien senti, vous revenez. Allez vous allonger sur le canapé maintenant. Vous ne pouvez pas faire ça debout.
Élisa s’exécute. Elle revient une première fois après avoir compté jusque 30.
Paul : J’ai envoyé un signal trop faible apparemment, même pour la machine. Je procède à une petite correction. Voilà… On recommence. Sylvestre, Élisa, à 3.
Sylvestre : Un, deux, trois !
Et il appuie à nouveau sur la télécommande.
Paul compte lui aussi dans sa tête.
Paul : 12 !
Et il appuie sur un des boutons de sa boite.
Élisa revient.
Élisa : Je crois que je l’ai senti cette fois-ci.
Elle repasse en position assise.
Paul : Oh que oui !
Tout le monde sourit dans la pièce. Mira applaudit, certes discrètement, mais applaudit quand même.
Paul : On refait un essai. En position allongée s’il vous plaît.
Élisa revient à 30, déconfite.
Paul : Restez allongée.
Élisa : Je n’ai rien senti.
Paul : Je n’ai rien envoyé.
Élisa : Très drôle.
Paul : Encore une fois.
Élisa revient cette fois-ci juste après que Paul ait appuyé sur le fameux bouton.
Il est tout sourire.
Paul : On va pouvoir passer aux choses sérieuses maintenant.
Mira et Reymo qui s’étaient un peu mis à l’écart se rapprochent.

Mira : Voilà comment vous allez procéder. Vous devrez commencer d’abord par faire défiler l’espace. Restez dans notre époque et scannez la Terre. Vous devez y parvenir sans effort. Ensuite à partir d’ici, de notre époque et de cet endroit, faites défiler le temps. C’est quand vous allez combiner les deux que cela vous prendra le plus d’energie. L’empreinte que nous vous avons implanté s’activera d’elle même dès lors que le signal correspondant sera détecté. A ce que nous pouvons savoir de vous, vous ferez le lien de vous même.
Paul : Ok, maintenant voici le protocole. Nous procéderons par sessions de 30mn, ainsi nous ne prenons aucun risque. Élisa vous scannez et au signal vous revenez.
Élisa s’allonge à nouveau, et le scan commence. Elle revient deux fois bredouille.
La troisième session est interrompue au bout de 10 minutes.
“Ça y est, je l’ai trouvé !”.
Triomphante, elle s’assoit et se lève promptement,  puis s’effondre.

Paul : Joli rattrapage Sylvestre.
Sylvestre : Merci. Quelqu’un pourrait daigner m’aider à la rallonger sur le canapé ?

Paul vient lui prêter main forte. Il sort une petite sonde de sa poche et la passe au dessus du visage d’Élisa, tout en appuyant sur un bouton.

Paul : Elle est épuisée. J’aurai du m’en douter. On aurait du tous s’en douter. Plus d’une heure de scan, où avions nous la tête ?
Plus personne ne dit rien pendant de longues minutes. Puis Elisa commence à s’agiter sur le canapé.
Paul : Chhhut. Ne bougez pas. Vous avez besoin de repos.
Élisa : Comment une machine peut-elle avoir une faiblesse de la sorte, réussit-elle à murmurer.
Paul : C’est votre esprit qui est épuisé, et si votre esprit est épuisé, il ne peut plus commander ce corps correctement. Vous devez vous ménager Elisa.
Élisa : Je…

Et elle essaie de se lever.
Reymo : Elisa, reposez vous.
Élisa : Mais je…
Elle essaie à nouveau
Mira : Mais qu’est-ce que vous pouvez être têtue !
Sylvestre s’approche du canapé, s’assoie tout au bord et prend la main d’Elisa.
Sylvestre : Elisa, votre volonté d’aider les gens ne doit pas vous mettre en danger. Vous êtes une voyageuse dans le temps désormais. Peu importe le moment où vous pourrez vous lever pour aider Mira et Reymo. Vous devez d’abord apaiser votre esprit. Il a beaucoup donné lors de ce scan et le repos n’est pas une option. Vous devez faire un break.

Élisa lui sourit et s’endort presque aussitôt.
Sylvestre : Et voilà. !
Mira : Vous êtes… étonnant Monsieur Martin.
Sylvestre : On l’a traité comme un rat de laboratoire. Peut-être était-il temps de la traiter comme un être humain. Elle est douée, mais elle a besoin de chaleur, d’attention…
Mira : … d’amour.
Sylvestre : Oh vous connaissez ce mot ?
Mira : Vous…
Paul : Je ne veux plus rien entendre. Mira, Reymo, comprenez qu’Elisa est en quelque sorte notre protégée. Nous avons beaucoup d’affection pour elle. Sylvestre a raison, nous l’avons traité comme un rat de laboratoire. Nous avons expérimenté  l’extracteur sur elle.
Mira : J’admets que nous avons oublié quelque peu son humanité.
Paul : Pendant qu’elle se repose,vous pouvez nous expliquer comment vous voyez la  suite.
Reymo : La suite ?
Paul : Eh bien, elle a trouvé votre Dauphin, mais elle était sous forme d’esprit. Elle n’a pas de compas. Seul son esprit saura retrouver le chemin.
Mira : Avec son corps de voyage et le bracelet révélateur on va y arriver.
Paul : C’est un démasqueur de polymorphe n’est-ce pas ? Le bouton carré est censé donner l’alerte aux autorités Frigellyennes, lorsque vous en trouvez un.
Mira : Nous l’avons modifié. Ce bouton nous alerte nous et uniquement nous. Nous avons déjà perdu le Dauphin,  nous ne voulions pas non plus perdre notre seule chance de le retrouver. Le lien est direct cette fois-ci. On ne marche pas par reconnaissance d’empreinte. Elle appuie. On arrive.
Paul : Bien, ça me semble parfait. Il ne vous reste plus qu’à attendre qu’elle se réveille.

Annie

4 commentaires

  1. Bonsoir Annie,
    Il y a un truc que je ne comprend pas très bien.
    « Paul: Ce n’est pas la première fois qu’elle tombe dans les pommes. Enfin ce n’était pas tout à fait elle. »
    Hors si j’ai bien compris, il fait allusion à la personne qui à occupé le corps d’Elisa pendant son premier voyage (et qui était fin saoul). Hors si je ne m’abuse, cet événement n’est pas encore passé puisqu’on est au moment ou Elisa, plus jeune, était en train de faire son deuxième voyage.

    • Tout à fait. On dirait que je suis emmêlée le pied dans la timeline. J’ai un lecteur qui suit, ça mérite des applaudissements. Je vais corriger ça vite fait 😉

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