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Chapitre 6 – Un accueil chaleureux

– Vous êtes prêts ? demande Sylvestre
– Non. Je suis terrorisée, répond Élisa.
– Tu vas très bien t’en sortir. Aie confiance en toi.
– David a raison Élisa, ça va bien se passer, renchérit Sylvestre.
– Mais je déteste faire des discours. Et cette fête en mon honneur, est-ce bien nécessaire ?
– Tu as sauvé la vie de bien des gens. Tout Dalygaran t’en est reconnaissant. C’est naturel. répond le Commandant.
– Faire un discours ce n’est pas naturel, proteste-t-elle.
Paul rentre dans la pièce et annonce :
– Je viens d’avoir Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers au communicateur. Ils vous attendent. Les deux corps sont prêts. Les pilules sont  de 2×12 heures Terriennes, cette fois-ci. Vous en avalez une et ce sont en fait deux qui vous seront délivrées à 12h d’intervalle par les nanites. Élisa est-ce que tu sais comment fonctionnent les pilules de voyage ?
– C’est à dire ?
– Dès que l’esprit sort du corps, les fonctions vitales sont mises au ralenti. Elles reprennent leur rythme normal lorsque l’esprit revient. Un voyage de 12h ainsi équivaut à une activité du corps d’un peu plus d’une heure. La dernière fois, lorsque tu es partie utilisant quasiment tout ton temps, tu as dû sentir comme un engourdissement à ton réveil.
– C’est vrai.
– Si vous choisissez d’utiliser vos 24h, il ne faudra pas tenter de se lever tout de suite. Un ralentissement vital pendant si longtemps a des effets un peu plus durable. Tu seras faible pendant une bonne dizaine de minutes. Tu dois être patiente. Tout va revenir dans l’ordre petit à petit. David, je suppose que vous saviez tout ça.
– Oui.
– Nous avons mis en place un monitoring léger pour nous assurer que tout va bien pendant votre voyage. Suivez moi.

Paul se dirige vers la pièce d’où Élisa était partie pour son premier voyage dans le temps. Deux couchettes sont alignées avec une sorte de curieux petit lampadaire de chaque coté. Les pointant du menton, il dit :
– Ce sont nos analyseurs. Nous recevrons les données sur nos tablettes. David, Élisa, voici vos pilules de voyages. Nous vous enverrons un signal à 6h, et à 12h, 18h et 23h30 si vous n’êtes toujours pas revenu. Si vous recevez plusieurs signaux rapprochés, c’est un rappel d’urgence. Dans ce cas, vous devez tout faire pour revenir le plus vite possible. Prenez place maintenant.
Sylvestre tend des verres d’eau aux deux futurs voyageurs qui avalent aussitôt leur pilule et se chamaillent au lieu de s’allonger.
– Tu me laisses mon corps cette fois-ci, n’oublie pas.
– On verra bien lequel des deux est le plus rapide.
– Tu me laisses mon corps. Tu inaugures le tien aujourd’hui.
– Tu sais, il peut m’arriver d’être très maladroite.
– S’il t…
Sylvestre les interrompt :
– Pourriez-vous envisager de vous taire, vous allonger et fermer les yeux. Merci.
Le Commandant et Élisa s’exécutent, le sourire aux lèvres. Leurs esprits ne tardent pas à se libérer.

Quelques instants plus tard, les deux corps s’animent dans la salle de désembarquement. Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers est là à les attendre.
– Élisa je t’avais demandé de me laisser ce corps !
– Je…
– Tu es vraiment impossible. Tout le monde va nous prendre l’un pour l’autre maintenant. Je vais devoir expliquer qu’une petite écervelée de Terrienne a trouvé drôle d’échanger nos places. Ça va être l’enfer.
Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers les regarde médusé.
– Commandant vous êtes dans le corps féminin ?
– Oui. Je lui avais demandé de ne pas le faire.
Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers reste coi un instant. Il semble réfléchir, puis reprend la parole :
– D’accord, mais ce langage : “petite écervelée de Terrienne”…
– Rooh si vous pouviez voir votre tête. Mais non ce n’est pas le Commandant, c’est moi, c’est Élisa, dit cette dernière en explosant de rire.
– Attendez, attendez. Je veux bien être sûr de qui est qui. Vous là, le corps d’homme, vous avez toujours le révélateur au poignet. Appuyez sur le bouton rond.
– Elle va être surprise. Elle n’est pas au courant.
– Eh bien elle va l’être.
– Si vous pouviez…
– Élisa, l’interrompt le Commandant, maintenant que tu as semé le doute dans l’esprit de notre ami, je vais devoir appuyer sur ce bouton pour qu’il puisse voir qui je suis. Et c’est vraiment qui je suis.
Le Commandant appuie sur le bouton rond, et Élisa laisse échapper un cri.
– Mon Dieu c’est toi, mais avec tes habits Terriens.
– C’est ce que je suis : un Dalygarien sur Terre.

La porte s’ouvre soudain.
– Ah, il est là mon f…
Le Commandant Suprême s’arrête et regarde le Commandant avec de grands yeux, sans mot dire. Ce dernier appuie sur le bouton triangulaire pour reprendre son allure initiale.
– Qu’est-ce que c’est que ça ?
– Un révélateur, Père.
– Père ? demande Élisa.
– Un révélateur ? demande le père.
– Le Commandant Suprême est ton père ?
– Le Commandant Cristal de Lune est mon fils.
– Le révélateur a été donné à Élisa par des Frygelliens pour qu’elle puisse apparaître sur Terre sous sa forme humaine, bien qu’étant dans le corps de voyage. Il montre la véritable nature de celui qui habite le corps.
– Je voudrais te voir encore, mon fils.
Et le Commandant appuie à nouveau sur le bouton rond.
– C’est extraordinaire, murmure le père.
Puis plus haut :
– Ces habits sont étranges. C’est comme ça qu’on s’habille sur Terre ?
– Oui Père.
– Mais je suis d’une telle impolitesse. Je n’ai salué personne.
– Commandant Suprême, c’est bien compréhensible.
– Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers mon garçon je vous remercie de votre compréhension. Pourriez vous s’il vous plaît aller faire patienter l’auditoire quelques instants. J’ai à parler avec ces deux là.
– Mais…
– S’il vous plaît.
– Bien Commandant Suprême.
Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers sort assez déconcerté de la salle de désembarquement.

– Père, est-ce que je peux…
– Oui, oui, mon fils je suis désolé. Tu n’existes plus sous cette forme-là. Tu peux te remontrer en corps de voyage. Et donc vous voilà jeune-fille ! Venez là tous les deux.
Le Commandant Suprême ouvre grand ses bras pour serrer son fils et Élisa dans une même accolade. Élisa hésite. Le Commandant lui tend la main pour la faire avancer. Et les voici tous les trois dans une étreinte silencieuse.
– Ne soyez pas embarrassée jeune-fille. Vous n’êtes pas accoutumée aux moeurs Dalygariennes. Mais mon fils m’a dit que vous étiez liés. Et cette accolade représente l’assentiment des parents. Elle se pratique d’ordinaire à quatre, mais mon épouse n’est plus de ce monde depuis longtemps.
– Je… Je suis désolée. Je ne savais pas. Enfin pour l”accolade. Votre fils m’a raconté pour votre femme. Il…
– Élisa, tout va bien. Tu n’as ni à t’excuser, ni à t’expliquer. Nous sommes des empathiques. Nous ressentons ce que tu ressens et il n’y a rien à ajouter. Il s’agit juste d’un rite d’accueil.
– S’il vous plaît Commandant Suprême, pouvons nous recommencer ?
– Voyons Élisa…
– Je n’étais pas prête. Ton père m’a accueilli mais je l’ai presque rejeté. Je veux l’accueillir moi aussi.
– Jeune-fille, ce premier contact ne peut se solder par une frustration de votre part. Alors, recommençons.
Cette fois-ci c’est le Commandant qui hésite et Élisa qui le fait avancer en lui tendant la main. A l’issu de l’étreinte, le Commandant Suprême dit :
– Je vous remercie jeune fille de ce que vous venez de nous donner à moi et mon fils. Vous allez devoir m’appeler “Père” maintenant.
Élisa se tourne vers le Commandant.
– Dalygarien ? lui demande-t-elle
– Dalygarien, répond-il.
– Père, si nous allions porter secours à ce pauvre Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers ? J’ai un discours à faire.
– Mon enfant, votre entrée à mon bras avec mon fis à vos cotés va faire sensation.
– C’est en quelque sorte l’annonce officielle de notre relation, précise le Commandant.
– Tout le monde a besoin d’être au courant ?
– C’est…
– Dalygarien ?
– Dalygarien oui. Un bonheur se partage. Mais les parents ne donnent pas tous l’accolade aussi vite. Si j’avais su que cela se passerait aujourd’hui, je t’en aurai parlé.
– J’ai préféré la joie de vous en faire la surprise mon fils. Et je n’ai pas été déçu. Jeune-fille, prenez mon bras. Allons rencontrer la foule.

C’est donc au bras du Commandant Suprême, lui à sa droite et le Commandant à sa gauche qu’Élisa arrive sur la terrasse même de son premier discours sur Dalygaran, le jour de son arrivée accidentelle. La foule est hilare.
– Alors elle m’a dit : “Le Commandant a dit que je ne devais pas abîmer ce corps.” Et je lui répond “Oh il vous arrive de faire ce qu’on vous demande “.
Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers se fige soudain. La foule s’est tue. Il se retourne et ouvre grand les yeux en voyant le trio avancer sur l’estrade.
Arrivée à sa hauteur, Élisa lui glisse à l’oreille :
– Il va falloir qu’on parle nous deux.
– Nous deux aussi il va falloir qu’on parle, renchérit le Commandant à voix basse.
Élisa le regarde et lui dit tout bas, de la satisfaction dans la voix :
– Oh, Terrien…
– Humain, lui rétorque le Commandant dans un sourire.
– Mes enfants, proteste à voix basse le Commandant Suprême.
Puis il s’adresse à l’ensemble de la foule :
– Mesdames et messieurs, laissez moi vous présenter les deux personnes qui m’accompagnent : mon fils, le Commandant Cristal de Lune dans son corps de voyage, et sa compagne, la Terrienne Élisa dans le nouveau corps de voyage qu’elle va nous aider à terminer.
La foule murmure. Le Commandant Suprême continue.
– Vous n’êtes pas sans savoir que la Terrienne Élisa a épargné à notre peuple, beaucoup de peine en ramenant du passé l’étoile du matin. Nous l’avons invité aujourd’hui ici afin de donner une fête en son honneur. Mais avant que commencent les festivités, elle va vous dire quelques mots. Élisa, c’est à vous.

– Merci Comm… em, Père.
Élisa n’arrive pas à croire ce qu’elle vient de dire. Elle continue :
– Lorsque je suis arrivée sur Dalygaran la première fois, je suis arrivée sans corps. Je ne savais pas qu’on pouvait voyager autrement.
Encore des murmures dans la foule.
– Et la première personne que j’ai rencontré, c’est cet homme qui vous a fait tant rire tout à l’heure. Il m’a accueilli chez lui avec sa femme. Ils m’ont donné la chaleur dont j’avais besoin alors que j’étais loin de chez moi, coincée dans un monde inconnu. L’homme qui est  là (elle montre le Commandant), est le deuxième personnage que j’ai rencontré. Et ce jour-là il est parti en claquant la porte. Nos relations se sont réchauffées depuis.
Petits rires dans la foule.
– J’ai tellement appris ici. A monter à cheval, à nager, et même à me battre. J’ai aussi appris à reconnaître quelques unes de vos plantes et que dire de la nourriture. J’ai adoré. Mais par dessus tout j’ai appris et j’apprends toujours, grâce au corps de voyage ce que veut dire être Dalygarien. Dans mon monde, l’empathie n’est pas de même nature. On imagine, on devine, on se projette. Mais on ne ressent pas comme ici. Ce que vous êtes capable de vous donner les uns aux autres au travers de cette aptitude extraordinaire est sans prix. Dans ce corps, je suis des vôtres et plus je passe de temps à l’intérieur et plus ces capacités deviennent miennes, y compris sur Terre. C’est un véritable cadeau et je vous en remercie.
Élisa se tait quelques instants. La foule est silencieuse. Élisa peut ressentir leur attente. Alors elle continue :
– Quand je suis partie chercher l’étoile du matin, je n’avais jamais voyagé dans le temps. Cela m’a causé quelques petits… soucis, mais j’ai réussi à trouver de l’aide pour mieux maîtriser ce type de voyage. Quand je suis arrivée dans le Dalygaran d’il y a 500 anneaux d’or, là encore quelqu’un m’a aidé. Un vieil homme qui ne m’a pas donné son nom. Enfin si. L’Ermite.
Soudain un brouhaha parcourt la foule. Élisa se tourne vers le Commandant le regard interrogateur. Il lui fait un signe de la tête, l’invitant à continuer.
– L’Ermite m’a emmenée jusqu’à l’étoile du matin. Je ne l’aurais jamais trouvée sans lui. C’est lui qui vous a sauvé finalement. Même s’il ne le saura jamais. Alors je lui dédie cette journée de fête dont vous m’honorez. Je suis très heureuse de vous voir tous en bonne santé.
Élisa se tait à nouveau. Le Commandant et le Commandant Suprême qui s’étaient mis en retrait reviennent à sa hauteur, à la même place que lors de leur arrivée, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. Puis les uns après les autres, les gens positionnent leur poing droit au niveau de leur épaule gauche.
– Dalygarien, murmure le Commandant à l’oreille d’Élisa. C’est un remerciement. Tu dois leur répondre en mettant ton poing gauche au niveau de ton épaule droite.
Élisa s’exécute et  les applaudissements commencent.
Au bout d’un moment le Commandant Suprême lève la main pour demander le silence.
– Mes chers amis, que la fête commence !

Une clameur de joie accueille les paroles du Commandant Suprême et la foule se disperse gaiement dans les rues avoisinantes. Le trio reste encore quelques instants immobile, puis le Commandant prend Élisa par le bras et l’emmène à nouveau à l’intérieur. Son père les suit.
– Élisa quand tu nous as raconté ta quête de l’étoile du matin, aux Martins et à moi, tu as parlé d’un vieil homme. Et là tu dis que c’était l’Ermite ?
– Oui, c’est ce qu’il m’a dit.
– L’Ermite ?
– Oui.
– Tu en es certaine ?
– Oui. Mais enfin qu’est-ce qui se passe ?
– Mon enfant vous venez de faire basculer une légende du coté de la réalité. Et cette légende disait qu’un homme connu sous le nom de l’Ermite est arrivé un beau jour au centre de recherche médicale avec l’étoile du matin insistant pour que cette plante soit analysée avec minutie, car qu’elle devait détenir la clé à un mal terrible. Cet homme était toujours selon la légende l’un des plus grands spécialistes de notre planète en matière de botanique à l’époque. Il avait consacré sa vie entière à analyser leurs capacités médicinales et n’avait jamais imaginé d’autre vie que seul parmi ses plantes, d’où son nom d’Ermite. On le disait plutôt affable. Grâce à ses travaux, il était honorablement connu. Il n’a pas su dire pourquoi il pensait que l’étoile du matin recelait un remède important, c’était quelque chose qu’il ressentait profondément, et le ressenti ici ne se discute pas. Ce qu’on sait avec certitude, c’est que les chercheurs ont analysé à cette époque-là l’étoile du matin et ont rentré les résultats assortis d’une note. Quelques 100 anneaux d’or plus tard, lorsque l’épidémie jumelle à celle que nous avons vécu a démarré, cette note nous a fait gagner un temps précieux. Ne sachant pas par où commencer, les chercheurs ont commencé par là. Et l’étoile du matin renfermait bien l’élément qui a pu arrêter le pathogène.
– Oh.
– Élisa, tu ne lui as pas parlé du futur… à l’Ermite ?
– Bien sûr que non. Mais j’ai… Enfin à un moment, j’ai relâché mon mental. J’ai eu dans ma tête l’image de milliers de morts, je me suis laissée envahir par l’émotion. J’ai ressenti comme une urgence d’agir et je me suis sauvée le plus vite possible. Juste avant que je ne disparaisse, l’Ermite m’a dit quelque chose comme “Jeune-homme, vous avez une grande maîtrise de votre psychisme pour votre âge, vous n’avez rien montré jusqu’ici, mais ce que vous me laissez voir là me fait vraiment peur…”.
– Élisa, il a reçu tes émotions, et c’était tellement fort que quelque chose a persisté après ton départ. Il en a fait le lien avec la plante. Tu sais ce que ça veut dire ?
– J’ai commis une erreur ?
– Tu as sauvé la planète deux fois. Depuis le début c’était toi. Ça a toujours été toi. Ce lien entre l’épidémie et l’étoile du matin…
– Ta décision a été la bonne mon fils.

Le Commandant se tourne vers Élisa.
– Mon père a aussi analysé ta mémoire.
– Oh, il sait alors.
– Oui, je sais. Et je sais aujourd’hui en plus que cette décision était déjà écrite dans notre passé. Nous existons parce que grâce à vous beaucoup ont survécu à la première épidémie. Mon fils, tu n’as fait que garantir le continuum. C’est ton travail après tout.
– Je ne voudrais pas paraître impolie, mais je ne comprends pas tout là…
– Le rôle principale d’un Commandant en chef Dalygarien, c’est mon titre ici,  est d’être le gardien du continuum temps. Je suis garant du passé et du futur. Si je ne t’avais pas permis de repartir, ce corps devenait le tien et ses capacités de voyage n’aurait jamais été modifiée, puisque tu n’étais pas censée partir de la Planète. Celui que tu occupes aujourd’hui était loin d’être prêt. Personne n’aurait pu aller chercher l’étoile du matin. On ne pouvait envoyer un transporteur classique. On n’aurait jamais pu éliminer à 100% les risques de contamination sur un engin de cette taille. Te laisser partir est revenu à avoir un deuxième pilote potentiel pour un corps qui a pu être réglé à temps. Si nous existons aujourd’hui, c’est que nos ancêtres ont pu survivre à la précédente épidémie. Et ils ont survécu parce que tu as involontairement implanté cette idée dans la tête de l’Ermite. On n’aurait pas été attentif à l’étoile du matin sinon. Elle avait quasiment disparue au moment où la première épidémie s’est déclarée. Grâce à toi et à l’Ermite, toute sa biologie avait été enregistrée et nous avons pu à l’aide de nos simulateurs de l’époque trouver la molécule que l’on cherchait. On n’a eu qu’à la synthétiser d’après nos données. Ce sont ces données et nombre d’autres de cette période qui ont été endommagées au fil du temps. Ma décision a permis à ce passé de se réaliser. Je ne pouvais pas en prendre d’autre, puisque j’existais déjà.
– C’est compliqué ton truc.
– Je sais. Dès lors qu’on cesse de regarder le temps comme un élément linéraire et qu’on prend en considération toutes les imbrications possibles, ça devient compliqué. Très compliqué.
– Sur ce dernier point je suis d’accord avec toi, répond Élisa. Mais alors si j’ai bien compris, au final, le vrai héro c’est toi !
– Moi je te trouve très bien dans ce rôle. Nous allons donc nous en tenir à la version que j’ai défendue devant le Grand Conseil. Un homme sage me l’a déjà conseillé une fois. J’ai sans le savoir empêché le Grand Conseil de commettre une énorme erreur. Il est inutile de le mettre dans l’embarras.
– Dalygarien ? demande Élisa.
– Dalygarien, répond le Commandant.
– Mon fils, l’homme sage te remercie. Mais il ne va plus falloir tarder à lancer ce projet de restauration des données du passé maintenant. Ça a failli coûter très cher à notre planète cette perte d’information sur l’étoile du matin…
– Votre fils et moi, nous allons explorer le passé c’est ça ? demande Elisa.
– Oui mon enfant. Depuis que nous avons remarqué la disparition de ces données entre 400 et 500 anneaux d’or avant notre ère, nous n’avons cessé de travailler dans le but de les restaurer. Les deux corps que vous occupez vont nous permettre de lancer l’opération de repérage pour envoyer discrètement des équipes plus importantes en transporteur plus tard. Les voyages vont être fréquents, et nous devons tout faire pour qu’ils ne soient pas remarqués. Comme vous avez pu le constater avec le cas de l’Ermite jeune fille, même si les gens oublient les voyageurs du temps, il peut persister quelque chose dans leur mémoire. C’est pourquoi nous devons absolument limiter les contacts directs.
– Je comprends.
– Mais trêve de bavardage, jeunes gens, allons rejoindre la fête.

Annie

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