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Chapitre 7 – La fête

C’est la première fois qu’Élisa voit les rues de Dalygaran décorées ainsi. Beaucoup de jeux de lumières avec des guirlandes d’objets réfléchissants et multicolores. C’est un vrai plaisir pour les yeux, se dit-elle. Toutes les boutiques, les maisons sont ouvertes. De la nourriture, des boissons sont offertes un peu partout. Des farandoles s’improvisent au son de la musique qui est jouée ici et là. Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’ambiance est joyeuse. C’est entourée du père et du fils qu’elle fait ses premiers pas dans la fête organisée en son honneurBientôt elle aperçoit Fleur Parfumée de la Plaine d’Isadora avec la petite Cristal de Lune dans les bras.
– Très beau discours lui dit cette dernière, l’apercevant à son tour.
– Merci, répond Élisa.
– Commandant, Commandant Suprême, dit Fleur Parfumée de la Plaine d’Isadora en inclinant la tête en guise de salutation.
Les deux hommes répondent à son salut en inclinant la tête à leur tour.
– Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers n’est pas là ? demande Élisa.
– Il est parti préparer les chevaux pour la course. Ils ont droit à la fête eux aussi, le grand tour de la ville leur est réservé.
– Il y a une course ?
Élisa est intriguée.
– Ça fait un mois que je suis sur Terre maintenant et crois moi, les courses d’ici et de là-bas ne se font pas du tout dans le même état d’esprit. Les courses ici se font entre petits groupes d‘amis. Et nous laissons les chevaux décider de qui court devant ou non. La course est pour leur faire plaisir. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ignorent nos propres envies. Ils nous ressentent, tout comme nous les ressentons grâce au lien. Mais ce lien justement, nous permet de partager pleinement leur joie, et personne, tu verras, n’a envie d’aller contre ça.
– C’est tout à fait ça, répond dans un sourire Fleur Parfumée de La Plaine d’Isadora. Nous avons amené 4 chevaux. Il y en a deux pour vous, fait-elle à l’attention d’Élisa et du Commandant. Mais je ne trouve pas mes parents dans cette foule. Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers doit nous attendre…
– Voulez vous me confier cette charmante jeune personne ? dit le Commandant Suprême à l’attention de Fleur Parfumée de la Plaine d’Isadora
– Commandant Suprême, je ne s…
– Mon enfant, ici je ne suis qu’un père, le père d’un de vos amis. Permettez que je vous rende ce service.

Et le Commandant Suprême tend les bras en direction du bébé. Fleur Parfumée de la Plaine d’Isadora lui donne la petite Cristal de Lune.
– Elle ressemble beaucoup à sa mère, remarque le Commandant Suprême.
– Oui, c’est ce que tout le monde dit, répond timidement Fleur Parfumée de la Plaine d’Isadora.
– Et comment se nomme cette enfant ?
Fleur Parfumée de la Plaine d’Isadora hésite à répondre.
– Père, il semble que Dalygaran accueille un nouveau Cristal de Lune.
– Cristal de Lune ? Je n’aurai jamais imaginé qu’il y en ait un autre un jour. Vous savez pourquoi mon fils porte ce nom, que tout le monde trouve ici si court ?
Le Commandant Suprême ne reçoit que des non silencieux. Il est manifeste que chacun attend la réponse.
– La mère du jeune homme que voici, continue-t-il en désignant son fils, était fascinée par les cristaux. Elle ramassait tout ceux qu’elle pouvait trouver, enfin les plus jolis, et fabriquait avec de très jolis tableaux ma foi. Moi je faisais déjà partie de l’unité spatiale dalygarienne et je lui ai ramené un jour, d’une de mes missions sur notre lune, un cristal qu’elle a toujours porté autour de son cou par la suite. Je le lui ai offert en lui disant “Puisse l’éclat de ce cristal illuminer votre cœur à jamais”.
A ces mots Élisa regarde la Commandant avec surprise. Ce sont ces même mots qu’il avait employés lorsqu’ils cherchaient tous les deux à lui inventer un passé terrien. Le Commandant Suprême poursuit :
– Elle s’est mise à rire puis m’a embrassé. Moi qui n’avait jamais osé. Nous ne nous sommes plus jamais quitté après ça. Plus tard, quand notre fils est né, elle l’a regardé et elle a dit : “le voilà celui qui illumine mon coeur, mon petit cristal de lune”. La tradition Dalygarienne veut qu’on nomme l’enfant à l’image de ce que les parents voient en lui. Et Cristal de Lune est donc devenu son prénom. On ne s’est pas préoccupé de cette histoire de longueur. Oh, mais je bavarde, je bavarde. Allez, sauvez vous. Allez faire votre course de chevaux. Allez, allez.

Fleur Parfumée de la Plaine d’Isadora, Élisa et le Commandant s’éloignent. Élisa est contrariée.
– J’ai dit que ces mots n’étaient pas crédibles.
– Ils ne le sont pas sur Terre. Personne ne s’exprime ainsi.
Fleurs Parfumée de la Plaine d’Isadora les regarde sans comprendre. Élisa lui raconte qu’ils ont dû inventer un passé au nouveau Terrien David Cristal et qu’ils ont ensemble élaboré une sorte de scénario. Ils se sont donc rencontrés au musée des voyages spatiaux et David lui a offert ce jour là, un cristal à l’image de ceux qu’on peut trouver sur une planète nommée Proxiterra.
– Lorsqu’il a proposé de me le donner en me disant  “puisse l’éclat de ce cristal illuminer votre cœur à jamais”, j’ai éclaté de rire en lui disant que ça devait quand même être crédible. Et il ne m’a rien dit. Rien sur l’origine de cette phrase et encore moins que  je venais de piétiner la déclaration d’amour de son p…
Élisa se tait soudain, se rendant compte que remis dans le contexte de ce jour particulier, et sachant aujourd’hui l’origine de ces paroles, c’est une déclaration d’amour tout court qu’elle avait ainsi rejeté. Elle s’arrête de marcher, se met face au Commandant. Pour la première fois de sa vie, elle se met à ronronner. Et pour la première fois de sa vie, elle entend le Commandant ronronner à son tour.
– Vous êtes mignons tous les deux, leur dit Fleur Parfumée de la Plaine d’Isadora. Allez venez. Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers nous attend.

C’est avec une joie certaine, qu’Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers accueille sa femme, Élisa et le Commandant. Derrière lui, quatre montures.
– Alors comme ça on rigole dans mon dos, fait Élisa. Savez-vous que les Humains sont des gens très rancuniers ?
– Savez-vous qu’à vivre sur Terre, on devient de plus en plus humain, renchérit le Commandant.
– Je… Enfin je ne voulais pas…
Élisa et le Commandant se mettent à rire : “Terrien” disent-il en cœur.
– Et vous trouvez ça drôle, répond Étoile Scintillant dans l’Univers un peu vexé. Commandant, vous avez rudement changé.
– Il s’appelle David maintenant, précise sa femme.
– David ? C’est….
– Terrien. Et ça me va très bien. Ne vous formalisez pas mon ami. Les humains, peuvent être parfois très taquins. Alors, on se la fait cette course ?
– Oui, qu’est-ce qu’on attend ? demande Élisa.
– Que vous arrêtiez de me torturer, répond Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers faussement grognon.
Élisa vient l’embrasser sur la joue.
– Terrien, fait le Commandant.
– Tout le monde en selle, s’exclame Fleur Parfumée de La Plaine d’Isadora.

Les voilà tous les quatre sur leur monture en route vers la ligne de départ. Élisa n’a plus d’inquiétude au sujet de son nouveau corps. Elle a pu établir le lien assez rapidement avec son cheval Dalygarien. A la ligne de départ, les quatre montures s’arrêtent d’elles mêmes.
– Qui donne le départ ? demande Élisa.
– Eux, répond Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers, faisant un geste du menton vers le bas en directions des chevaux.
– Ah.
C’est Fleur Parfumée de la Plaine d’Isadora qui part en premier, suivi par le Commandant, puis Étoile Scintillant dans l’Immensité d l’Univers et enfin Élisa. C’est avec un plaisir certain qu’Élisa retrouve cette sensation de fusion avec la bête, et suivant les conseils du Commandant, elle écoute et suit les désirs de celle-ci. Les montures ont décidé de passer devant chacune leur tour. C’est toujours la dernière qui remonte toutes les autres, à toute vitesse. Jusqu’au moment où les 4 montures s’alignent, et galopent ensembles. C’est ainsi qu’ils franchissent la ligne d’arrivée. Dans les courses Dalygariennes, ce qu’on gagne c’est le plaisir qu’on y prend, se dit Élisa. Elle descend de sa monture ravie. Le Commandant et elle lèvent chacun un bras pour se frapper dans la paume des mains, sous le regard étonné de Fleur Parfumée de la Plaine d’Isadora et de son mari.
– C’est un top-là, indique le Commandant. Ça exprime une grande satisfaction par rapport à ce qu’on vient de faire.
Et les deux époux de s’y essayer.
– Je vais récupérer notre fille, annonce Fleur Parfumée de La Plaine d’Isadora à son mari.
– Je vais vous aider à conduire les chevaux jusqu’à leur zone de repos, propose le Commandant.

Une farandole arrive à proximité suivie par un groupe de musiciens qui donne le tempo.
– Venez avec nous. Venez avec nous, lancent des visages souriant. Élisa saisit une des mains qui se tend, et la voilà partie avec la joyeuse bande.
– On se retrouve dans notre havre de paix, lui crie le Commandant.
De loin Élisa fait signe qu’elle a compris. Puis elle se laisse porter par la joie tout autour d’elle.
La farandole parfois s’arrête, et les gens se mettent deux par deux pour exécuter quelques pas ensembles. Grâce à ses capacités d’anticipation, Élisa arrive plus ou moins à suivre. Et il y a tellement de bienveillance tout autour d’elle, qu’elle se sent merveilleusement bien. Les choses se compliquent, lorsque sa farandole en rencontre une autre. C’est l’occasion de figures et d’échanges entre les deux lignes. Mais devoir mobiliser ses capacités d’anticipation épuise Élisa, qui finit par sortir de la farandole comme elle a vu d’autres le faire : avec le geste de remerciement, le même qu’après son discours. La nourriture et la boisson étant offerte un peu partout en ville, Élisa se restaure pour reprendre des forces et cherche ensuite un endroit pour s’isoler, pensant qu’il ne sera pas très correct de disparaître en public. Ce n’est pas chose facile en ce jour de fête. A l’abri des regards enfin, elle se dématérialise et se rematérialise sur le plongeoir de la Grande Cascade. Ce second corps fonctionne à merveille pense-t-elle.
Le Commandant est déjà là, assis tout au bout. Élisa vient s’asseoir à coté de lui.
– Il y a longtemps que tu es arrivé ?
– Sans toi, c’était une éternité.
Puis il passe son bras autour de sa taille et les voilà qu’ils se mettent à ronronner tous les deux.
– On a encore du temps devant nous,  murmure-t-elle.
Le Commandant sourit et répond :
– On saute ?
– On saute !

Annie

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