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Chapitre 11 — Joshua

Nelly arrive en transporteur avec Paul à l’appartement des deux Martins, son bébé dans les bras.
– J’appelle David, et ensuite l’équipe médicale mobile, dit le nouveau père.
– Notre fils est âgé d’une semaine. Tu penses que David pourra les tromper ?
– Tu ne l’as jamais vu faire, hein ?
– Non.
– S’il leur dit que le bébé vient de naître, crois-moi, ils ne remettront rien en question.
– D’accord.
Le bébé pleure.
– Oh oh, ce petit garçon a faim.
– Quel veinard.
– Ne me dit pas que tu es jaloux, le taquine Nelly.
– Il a un accès illimité à tes seins, lui répond-il en lui faisant un clin d’œil.
Pendant que Nelly nourrit le bébé, Paul se dirige vers la porte de communication. Il appelle ses amis grâce à l’interphone. Cela fait un bout de temps qu’il ne l’avait utilisé.
– Bonjour les voisins ! On a besoin d’un Maître en suggestion. Notre fils est prêt pour son enregistrement officiel au XXVe siècle. Euh, dans à peu près un quart d’heure. Pour le moment, il tète.
Il n’a pas besoin d’attendre longtemps avant d’entendre quelques pars derrière la porte. David apparaît en premier, suivi d’Élisa. Ils se saluent chaleureusement.
– Et bien, c’est en quelque sorte une espèce de répétition pour nous, dit le Commandant, dans un sourire.
– On veut essayer l’accouchement Dalygarien. Et on ne peut décemment pas le faire devant une équipe médicale du XXVe siècle. On les appellera quand le bébé sera né. Il faudra aussi que David utilise sa capacité de suggestion.
– Venez, je vais vous montrer notre petite merveille.
– Quel est son nom ? demande Élisa, quelque peu mécaniquement, dans la mesure où elle connaît déjà la réponse.
Paul ignore la question, mais continue de leur parler jusqu’à leur arrivée dans le salon. Puis il se retourne, sourit à Élisa et au Commandant. Dès qu’ils sont tous deux devant Nelly, il annonce de manière théâtrale :
– Je vous présente… Joshua !
– Joshua murmure Élisa. J’adore ce nom.
– Où est Sylvestre ? Je lui ai dit qu’on revenait aujourd’hui. Il devrait avoir remarqué l’alarme d’arrivée du transporteur.
– Il a dit qu’il serait là bientôt.
C’était Lucia, venant d’arriver au salon. Elle ouvre grands les yeux ajoutant :
– Il est minuscule.
Lucia serre ses amis dans ses bras un à un.
– Oh non. J’ai oublié quelque chose, dit Élisa, faisant volte-face et disparaissant à travers la porte de la cuisine.
– Qu’est-ce qui lui prend ? s’étonne Nelly.
– C’est Élisa, s’esclaffe le Commandant.
Élisa, de retour dans sa chambre, cherche après le communicateur intertemporel. Dès qu’elle a mis la main dessus, elle tape nerveusement : « Sylvestre, qu’est-ce que tu fabriques ? Paul et Nelly sont là avec le bébé ». Puis elle fouille dans la commode pour prendre un ours en peluche qu’elle avait trouvé quelques jours plus tôt pour sa fille. Il va falloir qu’elle en trouve un autre maintenant.
Lorsqu’elle est de retour auprès des autres dans le salon des deux Martins, elle donne l’ours à Nelly.
– Oh c’est adorable, merci.
Tout le monde entend la porte d’entrée s’ouvrir. Paul cours presque à la rencontre de Sylvestre. Il le serre chaleureusement dans ses bras.
– Eh, fils, vient voir ton frère.
Il prend Sylvestre par le bras, et le conduit auprès de Nelly et du bébé.
– Salut Sylv, dit Nelly.
– Je te présente Joshua, annonce Paul, non moins théâtralement que précédemment.
– Ce n’est qu’une crevette. C’est normal d’être si petit ?
Nelly éclate de rire.
– Oui Sylvestre. Cette « crevette » était dans mon ventre avant, tu te souviens. Et heureusement qu’il est petit. Je l’ai trouvé suffisamment lourd comme ça, les derniers temps…
– Oh, je ne voulais pas… euh, je ne suis simplement pas habitué aux bébés.
– Il semble que ton frère est repu. Tu veux le prendre dans tes bras ? propose Paul.
– Non !
– Tu ne vas pas l’abimer, dit doucement Nelly.
– Et bien moi, je veux bien, intervient Lucia en tendant ses bras.
Nelly lui donne son fils.
– Salut petit gars. C’est tata Lucie….
– Bien, peut-être devrions-nous appeler l’équipe médicale maintenant. Débarrassons nous des ces formalités du XXVe siècle, propose le Commandant.
– Tu as raison, approuve Paul. Plus tôt ils seront là, et plus vite nous pourrons profiter en famille de notre petit Joshua.
Tout le monde sait ce qu’il a à faire. Nelly reprend son fils et s’en va dans la chambre qu’elle partage d’ordinaire avec Paul, et les autres attendent au salon.
Paul et le Commandant se préparent, l’un à mentir, l’autre à manipuler pas moins de trois à quatre personnes d’un coup.
Quand la sonnerie de la porte retentit, il y a comme une tension dans l’air. Paul s’en va ouvrir la porte.
– Dépêchez-vous, leur dit-il, le travail a déjà commencé.
L’équipe médicale suit Paul. Quand ils arrivent dans le salon, le Commandant s’avance vers eux :
– Mettez votre matériel sur la table. Ne posez pas de question et suivez-nous.
Pendant que Paul et le Commandant se dirigent vers la chambre où Nelly attend avec le bébé, Sylvestre fouille les sacs de l’équipe médicale.
– Ah, voilà !
Il extirpe une tablette et remplit le rapport de naissance de Joshua avec des données plausibles.
Quand l’équipe médicale entre dans la chambre, ils peuvent voir Nelly allongée dans le lit avec le bébé dans ses bras. Avant que l’un d’entre eux n’ait le temps d’exprimer sa surprise, le Commandant parle à nouveau :
– Merci, vous avez vraiment fait du bon boulot. L’accouchement s’est très bien passé. Vous souvenez-vous de la dernière fois où ça a été aussi facile ? Tout s’est passé comme on pouvait l’espérer. C’est un garçon et son nom est Joshua. Laissons donc la mère et l’enfant se reposer maintenant, et revenons au salon.
Lorsqu’ils sont tous au salon, le Commandant continue :
– Vous avez correctement rempli tous les fichiers nécessaires. Tout est fait. Vous allez maintenant vous asseoir sur le canapé là-bas, jusqu’à ce que je vous dise de prendre vos affaires et partir. Vous vous souviendrez de tout ceci comme d’un accouchement classique. Revoyez maintenant dans votre tête, ô combien ça s’est passé sans le moindre problème.

L’équipe médicale ne pouvait décemment pas quitter l’appartement après cinq minutes d’intervention. Quand le Commandant estime qu’ils ont suffisamment attendu, il leur demande de se lever pour partir, les félicitant une fois de plus pour leur excellent travail.
Les deux hommes et les deux femmes de l’équipe médicale reprennent leur sac et serrent la main de Paul avant de prendre congé, comme suggéré par le Commandant.
– Félicitation, Monsieur, disent-ils les uns après les autres.
– Vous avez vraiment un très beau petit garçon, ajoute l’une des femmes.
– Il vous ressemble, renchérit l’autre.
– Vraiment ?
– Au revoir Monsieur. Messieurs dames…
Quand la porte est enfin fermée, tout le monde se regarde sans dire un mot, jusqu’à ce que Nelly arrive, le bébé dans les bras.
– Vous pensez que ça a marché, demande-t-elle aux autres ?
Tout le monde se tourne vers le Commandant. Il n’a pas bougé depuis que l’équipe médicale est partie. Et il est très pâle.
–Ils se sont comportés comme des marionnettes, remarque Lucia.
Soudain, le Commandant chancèle. Élisa le prend par le bras et le conduit rapidement jusqu’à un fauteuil.
– Quatre personnes. Même pour moi c’est beaucoup.
– Quand tu as changé mon nom de Lucia en Lucie, ils étaient une dizaine, objecte Lucia.
– Ce n’était pas la même chose. Changer ton nom, ça a été facile. De Lucia à Lucie, il n’y a qu’un petit changement, et donc peu de suggestion à faire. C’était un effort rapide, sur une durée courte. Ça n’a pas duré 30 minutes comme ici. J’ai dû leur faire croire qu’ils avaient vraiment procédé à l’accouchement. Et pour ça, il a fallu créer dans leur esprit, le souvenir d’un évènement auquel ils n’ont pas assisté en faisant appel à la mémoire d’un autre événement similaire. J’ai eu besoin de bien plus d’énergie.
– Et tu y es parvenu, souligne Paul. On sait tout ce que ça te coûte. Merci beaucoup pour ton aide. Nous aurons une vie tranquille au XXVe siècle maintenant. Les voisins pourront témoigner qu’une équipe médicale est venue ici, après avoir vu régulièrement Nelly pendant sa grossesse. Pas de piratage dans quelques bases de données que ce soit cette fois-ci. Joshua est le premier de la famille à avoir un authentique certificat de naissance…
– … rempli par son frère, rappelle Sylvestre.
– Personne ne saura jamais que tu as toi-même rempli le certificat original.
– C’est vrai que je ne suis pas habitué à ce que ça soit si facile. Rien à cracker, pas de pare-feu à passer. Juste quelques données à taper dans un fichier de naissance.
– Ne sois pas si dépité, s’esclaffe Paul.
– Et bien il semble que la mère et le fils ont besoin d’une bonne sieste, annonce Nelly.
– Avez-vous déjà vu le berceau ? demande Paul.
– Oui, répondent-ils tous en chœur.
– D’accord, d’accord. Je pense que je vais faire une sieste avec ma petite famille, puisque c’est comme ça. À plus.
– Sylv, c’est l’heure de mon coup de fil à papa et maman.
– D’accord Lucie. On se retrouve plus tard dans mon atelier.

–Élisa, David, j’ai quelque chose pour vous. Peut-être devrions-nous aller chez vous, dit Sylvestre, une fois qu’il est seul avec eux.
Dans le salon, chez Élisa et David, Sylvestre met deux colliers sur la table : l’un marron, avec des motifs marron foncé et l’autre violet, avec des motifs violet foncé.
– C’est ce que je pense ? On doit les mettre autour du cou ?
Tout en parlant, Élisa s’empare du collier violet et le regarde sous tous les angles.
– Ça marche comment ? demande-t-elle.
– C’est vraiment très simple. Quand un Dalygarien ronronne, ça active une zone particulière de son cerveau, ici, juste au-dessus de la nuque.
Sylvestre pointe de son doigt une zone derrière sa tête et continue :
– Cette zone est activée également pendant les moments amoureux chez les humains. Pour être exact, chez les humains comme vous. J’ai fait mes tests sur David. Alors dès que cela arrivera, vos ondes cérébrales seront transformées en ronronnements par un micro synthétiseur.
– Euh, je voulais juste savoir s’il y avait une sorte de bouton on/off, et comment on le faisait tenir autour du cou. Il n’y a pas de fermoir. Mais merci pour l’explication technique, le taquine Élisa.
– Ah ? Eh bien, ce n’est jamais éteint. Et ça fonctionne à la chaleur corporelle. Pas besoin de fermoir non plus. C’est un matériau Frigellyen, et ça s’adapte à votre morphologie.
– Super. Et tu les as faits quand ces tests ?
– Pendant quelques-unes de tes siestes de l’après-midi, répond le Commandant.
– Ce gars n’a qu’à penser à toi, et il active sa zone d’amour.
Élisa lui lance un franc sourire avant de demander :
– On peut les essayer ? Qu’en penses-tu ?
Comme à son habitude, Élisa n’attend pas la réponse. Elle se met le collier violet autour du cou. Le Commandant prend le marron. Puis ils se font face, se tenant les mains.
Très vite, tous deux peuvent entendre un son, mais ils s’arrêtent immédiatement.
– C’est atroce. Ou alors parfait pour filer un bon mal d’oreille, rigole Élisa.
– Oui, il semble que j’ai surestimé quelques paramètres. Pour enlever vos colliers, il vous suffit de tirer dessus. Je vais faire quelques ajustements. Votre transporteur est ici ?
– Sylvestre, on peut attendre quelques jours, tu sais, répond doucement Élisa.
– C’est vrai. Pars rejoindre Lucia, renchérit le Commandant.
– Sylvestre ? s’inquiète Élisa devant l’hésitation de son ami.
– J’ai quelques soucis avec Lucia en ce moment. Le bricolage me détend, avoue-t-il.
– Tu appelles ça du bricolage ? rétorque Élisa, soufflée.
– Eh bien, c’est ma façon à moi d’en faire. Mais vous avez raison. Mieux vaut que je rejoigne Lucia maintenant. J’améliorerai vos colliers plus tard. Avant la fin de la semaine, vous pourrez ronronner, je vous en fais la promesse.
– Merci beaucoup Sylvestre. Et au revoir. Prends soin de toi, répond Élisa.
– Au revoir mon ami, dit le Commandant.
– On se revoit tous très bientôt.

Annie

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