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Chapitre 16 — Une fin

Depuis que Sylvestre leur a donné le collier à ronronner dument réglé, Élisa et le Commandant l’utilisent régulièrement, tout spécialement les matins, juste après leur réveil. Ils l’ont essayé à bien d’autres moments : après le déjeuner, avant et après le diner, avant de s’endormir, mais finalement, ils sont tombés d’accord pour dire que le matin leur procure la plus grande satisfaction. Ils sont fort détendus, ce qui facilite leur communion, tout spécialement avec le bébé. Élisa et le Commandant prennent la position qu’ils sont censés avoir le jour de l’accouchement : tous deux allongés sur le coté, lui derrière enlaçant de ses bras sa compagne, lui envoyant amour et apaisement. Chaque fois, Élisa se nourrit avec délectation de cet amour, sachant que l’enfant sera capable de le ressentir aussi. Mais aucun des deux futurs parents ne résiste longtemps à la magie du ronronnement dans cette position et ils finissent inévitablement par faire l’amour.
– On devrait les retirer, suggère Élisa, après qu’ils soient restés allongés côte à côte, un sourire béat sur les lèvres, tout en continuant à ronronner.
– Oui, et on ne devrait pas tarder à se lever. C’est aujourd’hui que mon père arrive pour sa première visite depuis notre mariage. On a des tas de choses à faire avant son arrivée.
– L’appartement de nos amis aura des airs de Noël.
– Possible. En tout cas c’est très classe. Nelly et Lucia sont très douées. Par contre, est-ce bien raisonnable de laisser la cuisine à Paul ?
– Il ne sera pas seul. Sylvestre a promis de lui prêter main-forte. Nelly et Lucia mettrons aussi la main à la pâte. Lucia est d’ailleurs très douée en cuisine terrienne. Elle a beaucoup appris depuis qu’elle est arrivée.
– Je ne comprends toujours pas pourquoi nous on ne peut pas aider aussi.
– Parce qu’on est les invités.
– Je ne comprends toujours pas…
– C’est comme ça qu’on fait ici, enfin dans la région. Je ne sais pas si c’est pareil partout sur Terre… À quelle heure arrive ton père ? À 11 h ?
– Oui, 11 h. On a trois heures devant nous. Et si on se prenait un solide petit déjeuner ? Des pancakes pour Madame ?
– T’es vraiment sûr que tu n’es pas né ici ? Tes pancakes, c’est une tuerie.
– Bah, ce sont les seules choses que je cuisine. Encore heureux que ce soit mangeable.
– Ils sont plus que mangeables.
Il lui répond par un sourire.
– Allons à la cuisine, Madame la Gourmande !

Sur Frigellya

– Tout va bien, Commandant Suprême ?
– Ce corps est si… déroutant, Mira. Mes émotions y sont si fortes. Et je suis si impatient de revoir mon fils et sa femme. J’ai l’impression d’être un gosse là-dedans. C’est une sensation plutôt étrange pour moi.
– On m’a dit que vous allez venir chaque semaine terrienne maintenant. Vous allez vous y habituer.
– Vous remercierez la Reine d’autoriser ce corps à rester sur votre planète entre chaque utilisation, vous voulez bien ?
– On ne pourra jamais rembourser la dette vis-à-vis de votre monde Commandant Suprême…
– Mira, vous et moi, nous savons que rien ne pourra ramener tous ces gens. Votre planète a donné naissance à nos empoisonneurs, mais elle a aussi prêté main-forte à notre sauveuse. Et nous avons été négligents. Nous aurions dû nous préoccuper plus tôt de récupérer les données perdues. Les responsabilités sont partagées… C’est un passé douloureux, mais c’est justement du passé. Les survivants n’oublieront jamais, mais nous nous reconstruisons, tous ensemble. C’est ainsi que sont les Dalygariens : quelle que soit la peine qui nous ronge, nous allons de l’avant pour construire un futur meilleur.
– …
– On y va ?
– Bien Monsieur.
– Mon nom terrien est Franck. Appelez-moi donc Franck.
– Vous êtes sûr Monsieur ?
Le Commandant Suprême répond d’un regard sans équivoque.
– Prenez place à côté de moi Franck. Je vous emmène voir votre famille sur Terre.
Il a été demandé à Mira de se matérialiser dans le salon des deux Martins.
– Il est bien 11 h n’est-ce pas ? s’inquiète le vieil homme, parcourant la pièce vide du regard.
– Oui.
– Il y a quelque chose de changé ici… Où sont-ils ?
Soudain, des lettres de couleurs semblant voler dans les airs fondent sur Mira et le Commandant Suprême, les évitant de justesse avant d’aller se coller sur le mur. Il y a d’abord un « b », puis un « i », un « e », et toutes les lettres nécessaires pour composer le mot « Bienvenue ». Sylvestre est le premier à entrer dans la salle, suivi de Lucia, puis Paul avec son fils dans les bras et Nelly.
– Bonjour Commandant Suprême, lance joyeusement Sylvestre, qui a une sorte de console dans les mains. Au moment même où Sylvestre fait son apparition, Mira s’éclipse.
– Bonjour tout le monde. C’est votre œuvre Sylvestre ? demande le Commandant Suprême désignant les lettres colorées sur le mur.
– Oui, mais ceci — et il pousse de manière fort théâtrale sur un bouton de la console de commande — c’est de la part de tout le monde.
Dès que le bouclier d’invisibilité se coupe, toutes les décorations de la pièce apparaissent. Le vieil homme ouvre grand les yeux. Le plafond est recouvert de guirlandes faites d’éléments multicolores et réfléchissants comme celle des fêtes Dalygariennes. Les murs sont décorés avec des tissus, dans le plus pur style Frigellyen, et quelques objets décoratifs ainsi que des bouquets trônant sur les meubles apportent la touche terrienne.
Dans ses mains Nelly porte un plateau rempli de verres vides qu’elle pose sur la table.
– Commandant Suprême, nous sommes heureux de vous avoir parmi nous, lui dit-elle.
– Il n’y a pas de Commandant Suprême ici, mes enfants. Il n’y a que Franck.
– Regarde Joshua, c’est Franck.
Joshua semble fasciné par les flashs de lumière colorée renvoyés par les objets qui pendent du plafond. De temps à autre, il lève les bras, comme s’il cherchait à les attraper tout en poussant quelques cris aigus. Il gratifie le vieil homme d’un large sourire au moment où son père le lui présente. Puis immédiatement, il fixe à nouveau le plafond et ses scintillements. Le vieil homme lève la tête lui aussi.
– C’est magnifique… murmure-t-il.
Puis plus haut :
– Euh… hem… Où sont mes enfants ?
– On attendait que vous demandiez après nous, s’esclaffe Élisa en rentrant avec un plateau plein d’amuse-gueules.
Le Commandant est juste derrière avec un autre plateau. Ils attendaient tous deux dans la cuisine, sans rien louper de l’arrivée du vieil homme, grâce à un écran que Sylvestre avait installé pour eux.
– Père, murmure Élisa, en le serrant dans ses bras.
Puis elle fait un pas de côté pour laisser son mari souhaiter également la bienvenue à son père. Les deux hommes semblent très émus et restent enlacés un bon moment, se tapotant chacun le dos.
– Je me souviendrai de cette journée toute ma vie, dit enfin le vieil homme. Merci à vous tous… merci infiniment.
– Et si on prenait une boisson terrienne. As-tu déjà essayé le thé, papa ?
– Tu sais bien que non, mon fils…
– Eh bien, je te propose du thé glacé. Tu verras c’est très rafraichissant.
Et c’est ainsi que commence la première journée sur Terre depuis le mariage de son fils, du futur ex-Commandant Suprême.
– Tu veux vraiment qu’on le fasse maintenant ? demande le Commandant.
– On a déjà tellement mangé, fils. J’ai parlé à tes amis. Le déjeuner peut attendre, ils sont d’accord. On a tous besoin d’une petite pause. Une heure sera parfait.
Le Commandant lève les yeux et regarde tout autour de lui. Tout le monde bavarde joyeusement. Et Joshua s’est endormi dans les bras de sa mère. Élisa tourne la tête vers son mari lorsqu’elle sent qu’il a besoin qu’elle s’approche de lui.
– Père est prêt pour notre voyage, lui dit-il lorsqu’elle est assez près.
– Vraiment ? Là, maintenant ?
– Oui. Il semblerait qu’il ait comploté ça avec nos amis, ajoute-t-il en souriant.
– Eh bien, on y va alors.
Tous trois font un signe de la main, accompagnant un « à plus tard » d’Élisa, et quittent la pièce pour se rendre du côté du jeune couple, plus particulièrement dans leur chambre où le Commandant pourra s’allonger au côté de sa compagne sans risquer de tomber par terre. Le vieil homme veillera sur eux, assis confortablement dans un fauteuil.
– Élisa part la première, explique le Commandant à son père. Comme elle ne peut plus prendre de pilule, je l’aide à se relaxer, et son esprit réussit à s’échapper.
– Je peux attendre dans le salon…
– Père, on ne fait que s’asseoir et se tenir les mains. Vous pouvez rester, dit doucement Élisa.
Et voilà le jeune couple en action. Le vieil homme les regarde attentivement. Et ce qu’il peut voir est indescriptible. Oh que non, ils ne sont pas juste assis à se tenir les mains. Il peut sentir une force phénoménale entre les deux jeunes gens, quelque chose qu’il découvre pour la première fois. Lorsqu’Élisa s’affaisse, il comprend que son esprit n’est plus dans son corps. Bientôt, il ne sent plus sa présence dans la pièce. Il observe son fils allonger délicatement le corps de sa femme sur le lit et aller chercher sa pilule de voyage dans un tiroir tout proche. Il l’avale avec un peu d’eau, sourit à son père, et va s’allonger à côté d’Élisa comme il le fait d’ordinaire.
– Nous te confions notre enfant. Soit une présence pour elle. Approche-toi, lui murmure-t-il au-dessus de l’épaule d’Élisa.
Le vieil homme obtempère, avançant son fauteuil au plus près du lit. Il faut peu de temps pour qu’il se retrouve seul avec sa petite-fille, le seul autre esprit dans la pièce à part le sien. Même pour lui, le Commandant Suprême de la planète Dalygaran, la situation est étrange. Il se concentre sur l’étincelle de vie tout près de lui, lui envoyant amour et sérénité. Il est ému de recevoir de la joie en retour.
« Cette enfant ne sera pas ordinaire » se dit-il à lui-même. Ce genre d’échange n’est pas supposé se produire avant qu’on soit presque arrivé au terme…

Prévenu de leur visite, Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers a préparé les deux corps. Mais il n’est pas là à leur arrivée. Chacun dans son corps de voyage balaie la pièce du regard.
– Il semble qu’ils soient tous occupés aujourd’hui. On s’en va ? demande Élisa.
– Tu as une envie particulière ?
– Oui, j’ai promis à l’Ermite qu’on viendrait le voir ensemble.
– Tu as quoi ?
– Peut-être ai-je oublié de te dire un truc ou deux…
– Vraiment ?
– Quelquefois ton humanité est quelque peu énervante. Ne sois donc pas si sarcastique.
– Cela n’a rien à voir avec mon humanité, mais avec la tienne. Tu me caches tant de choses, Élisa.
– Si tu veux savoir quelque chose, tu n’as qu’à demander.
– Si tu veux que je sache quelque chose, tu n’as qu’à en parler.
– …
– Tu vois ? Élisa, je n’ai pas besoin de tout savoir, mais tu vis avec quelqu’un dont le métier est de décrypter les gens. Et tu es la personne que je connais le mieux au monde !
– Tu es fâché contre moi ?
– Des fois, je me sens seul…
– Tu ne l’es pas.
Le Commandant soupire.
– Dis-moi, qu’as-tu oublié de me dire ?
– L’Ermite… Il souffre d’hypersensibilité.
– Oh, c’est un syndrome rare. Ça veut dire qu’il peut se souvenir de nous.
– Oh, ça il se souvient.
La porte s’ouvre.
– Eh, bonjour vous deux.
– Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or, heureuse de vous voir, dit Élisa.
– Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers s’excuse pour ne pas avoir pu vous accueillir. Il ne devrait pas en fait. C’est de ma faute. Il doit faire face à un surplus de travail depuis qu’on a décidé de fabriquer deux nouveaux corps de voyage au lieu d’un. Ces deux-là seront définitivement les vôtres. Vent de Printemps sur la Montagne Laurina et moi-même on aura les nôtres. Qu’allez-vous donc faire aujourd’hui ?
– Socialiser…, répond Élisa.
Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or lève les sourcils avant de répondre :
– Avec qui ?
– Un vieil homme.
– Je suppose que vous savez ce que vous faites… Cristal de Lune… ?
– Tout ira bien, ne t’inquiète pas.
– J’ai confiance en toi. Tu as été Commandant en Chef. Tu connais les règles.
– C’est exact.
– On y va ? demande Élisa, plus impatiemment qu’elle ne l’aurait voulu.
– Je te suis. À trois. Un, deux, trois.

– Qui êtes-vous ?
Il est évident que l’homme qui se tient devant eux n’est pas l’Ermite.
Vous, qui êtes-vous ? lui répond sèchement Élisa.
– Vous êtes deux militaires, qui surgissent comme par magie dans la maison de mon père. Alors c’est à vous de me dire qui vous êtes. Et comment vous avez fait ça…
– Vous êtes le fils de l’Ermite ?
– Oui, c’est moi.
– Où est votre père ?
– Il s’en est allé.
– Vous voulez dire…
– Il est mort, oui.
Élisa choquée se tourne vers son mari ne sachant comment continuer cette conversation.
– Toutes nos condoléances, dit doucement le Commandant.
– C’est vous le responsable ? retorque le fils de l’Ermite.
Le Commandant prend une respiration profonde et répond :
– Oui, c’est moi.
– Votre grade ?
– Commandant.
– Le sien ?
– Lieutenant.
– Vous mentez. Elle est bien plus que ça.
– C’est mon épouse. Quand avez-vous démissionné ?
– Il y a deux lunes… Avoir été un militaire était une erreur.
– Vous n’étiez pas un simple militaire…
– Je voulais être aussi fort que lui. Je me suis entrainé dur pour pouvoir déchiffrer les gens.
– Et vous étiez bon.
– Mon père, il pouvait savoir qui vous étiez en un clin d’œil.
– Il souffrait d’hypersensibilité, objecte Élisa.
– C’était un don.
– Il le voyait comme un fardeau.
– Élisa…
– Élisa ? C’est un nom ?
– C’est un code. Dans le futur, nous n’utilisons pas nos noms quand nous sommes en mission, mais des codes. Le mien c’est David.
– Comment savez-vous qu’il le prenait comme un fardeau ?
– Ça l’a éloigné de vous.
– C’est entièrement ma faute. J’avais peur. Je n’ai jamais su comment lui parler. Il avait toujours l’air de deviner ce que j’allais dire. C’était perturbant. J’ai compris ce qu’il traversait trop tard, tout récemment, je dois bien l’avouer. J’ai eu une dispute effroyable avec mon propre fils. Tous ces efforts pour lire les personnalités et je n’ai rien vu. Il me l’a caché. Il avait peur que je l’apprenne…
– Il a aussi le syndrome, murmure le Commandant.
– Oui, et j’étais le seul à ne pas le savoir. Sa mère me l’a caché également. À cause de mon comportement avec mon père… Ils n’avaient pas confiance en moi…
– Votre père… Il vous aimait, j’en suis sûre.
– Et je l’ai rejeté ! s’emporte le fils de l’Ermite. Je n’aurai plus jamais l’occasion de lui dire combien je l’aimais.
– Peut-être il y a une poss…
– Élisa.
– Quoi ?
– Il faut qu’on parle. Suis-moi, dit le Commandant en la prenant par la main pour la conduire hors de la maison. On revient bientôt, ajoute-t-il fermement à l’attention du fils de l’Ermite.
Quand il estime qu’ils sont assez loin de la maison, il laisse éclater sa colère.
– Élisa, mais bon sang qu’est-ce que tu fais ? Tu allais proposer à ce type de voir son père une dernière fois ? Ça n’est pas arrivé. On ne peut pas le changer. Et ce serait une très mauvaise idée de toute manière. Tu te souviens de ce qu’il s’est passé avec Lucia et sa mère ?
– Il a besoin de notre aide.
– Il a simplement besoin de faire son deuil.
– Sa culpabilité va le ronger entièrement.
– On ne peut rien faire contre ça.
– Tu connais l’histoire de cet homme maintenant. Il a tout donné à son travail. Il en a tellement fait pour atteindre ses objectifs, qu’il a perdu tout le reste. Dis-moi, tu penses que sa vie est enviable ?
– Non, murmure le Commandant. Mais Élisa, le passé est écrit…
– Il n’est jamais trop tard. Suis-moi. À trois… Un, deux…
– Élisa, on pourrait…
– Trois.

– Eh, les voilà. Mes amis. Je suis heureux de vous revoir. Comment va votre enfant ?
– Elle pousse. Mon ventre est gros à peu près comme ça, répond Élisa, dessinant de sa main un arc de cercle imaginaire devant elle.
– Eh, Cristal de Lune, vous ne dites rien. Quelque chose semble vous préoccuper.
– Élisa et moi des fois, on…
– … se chamaille ?
– Oui, c’est ça. Mais veuillez me pardonner. Les problèmes personnels devraient rester à la maison. Je suis heureux de vous voir également.
– Au fait, je suis allé au Centre de Recherche, il y a peu, et je les ai convaincus d’étudier l’étoile du matin. Oh, désolé Élisa, je n’aurais pas dû…
– Ne vous inquiétez pas, commence Élisa.
– Je suis au courant, ment le Commandant.
– Oh ? Très bien. Je préfère ça. Au Centre de Recherche, ils pensent que je suis un vieux maboul, mais mon hypersensibilité peut parfois m’être utile. On ne sait toujours pas jusqu’où peut aller cette sorte de perception. Et c’est aussi le cas au Centre de Recherche. Alors si je pense que l’étoile du matin est importante, qui sait comment cette idée m’est venue à l’esprit… Ils ne risqueront pas de ne pas étudier cette plante.
– C’est une bonne chose que votre hypersensibilité vous sert parfois, dit le Commandant.
– Oui, et des fois, ça m’amène des surprises. Des bonnes. Par exemple, j’ai pu ressentir ma filiation avec l’autre Cristal de Lune, la fille militaire que j’ai rencontrée en même temps que votre femme.
Élisa est bluffée par son mari « en mode mission ». Non seulement il ne savait rien à propos du Centre de Recherche qui n’était toujours pas au courant pour l’étoile du matin avant cette visite téléguidée de l’Ermite, il ne savait rien non plus du lien de parenté de celui-ci avec sa fille de cœur et malgré cela, aucune réaction de sa part ne pouvait le laisser soupçonner. C’est comme si elle lui avait déjà tout raconté. En réponse, le Commandant se contente de sourire et ajoutant de l’admiration dans sa voix :
– Vos perceptions sont extraordinairement puissantes.
– La plupart du temps, c’est un fardeau, jeune homme. Ça effraie les gens.
– Ceux qui ne vous connaissent pas.
– Mon propre fils pense que je suis un monstre… Enfin, je ne sais pas ce qu’il pense vraiment maintenant. On se parle peu depuis qu’il est parti adolescent. Tous les levers de l’Anneau d’Or, je le sens prêt à me dire quelque chose, et chaque fois, il renonce. Nous sommes des étrangers… Sa femme et ses enfants sont plus amicaux. Ils n’ont pas peur de moi. Je pense que le garçon est comme moi. J’en ai parlé avec la mère une fois. Elle m’a dit que si son fils était comme moi, ce n’était sans doute pas quelque chose à crier sur tous les toits. Ma vie est la preuve que les gens ne sont pas prêts d’accepter les personnes hypersensitives. J’ai bien compris le message et on n’en a jamais plus reparlé. La fille et le garçon viennent me rendre visite parfois, depuis qu’ils sont autorisés à piloter des transporteurs. La famille habite toujours le Nord. Mon fils était le Commandant de la base avant de démissionner, vous savez. Je ne le comprends vraiment pas. Il a voué sa vie à son travail et subitement, il décide de tout arrêter…
–J’ai failli faire la même chose. Après la mission la plus dure de toute ma vie.
– Vous avez échoué ?
– Non, j’ai réussi, mais ce succès s’est fait au détriment d’autres personnes…
– Oh, c’est toujours douloureux, je peux le sentir.
– Six personnes sont mortes dans un piège. J’aurais pu en sauver une. C’était le plan. Je n’ai jamais pensé qu’il y en aurait cinq de plus. Je n’ai rien pu faire pour elles. La personne que je poursuivais était un voyageur du temps. Il était mentalement malade. Il a mis un monde Alpha en danger. Nous avons pu empêcher la destruction qu’il projetait. Il aurait du savoir qu’il ne pouvait pas réussir, mais sa folie le rendait aveugle.
– Vraiment ? s’étonne Élisa.
– Oui, ce monde Alpha, c’était le passé lointain de Dalygaran… S’il avait réussi, on n’aurait pas existé, ni lui, ni moi. Après ça, j’ai voulu démissionner. J’avais tué des gens…
– Mais tu as sauvé ton monde, ajoute Élisa.
– Votre fils a dû faire quelque chose qui a mis à mal ses valeurs.
– Vous pensez qu’il a tué quelqu’un ?
– Croyez-moi, s’il avait tué quelqu’un, vous le sauriez. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut cacher. Ça vous dévore de l’intérieur. Vous seriez sans doute la seule personne à laquelle il oserait en parler.
– Il ne me parle pas.
– Ce n’est pas quelque chose qu’on partage avec son épouse ou ses enfants.
– Vous venez juste de le faire devant votre femme.
– Élisa n’est pas Dalygarienne. Les humains ont d’autres façons de penser. On est d’ailleurs tous les deux différents d’une certaine façon.
– Oui, elle m’a raconté.
– Mon père et moi à cette époque, on n’était pas très proches. Je me sentais coupable de la mort de ma mère, et je l’évitais autant que je pouvais.
– Sa mère est morte d’une chute de cheval lorsqu’il était adolescent, explique Élisa devant les yeux interrogateurs de l’Ermite, laissant ainsi du temps à son mari pour réfléchir à ce qu’il allait dire ensuite.
– Mon père a senti ma détresse à mon retour de mission. Il m’a aidé à la surmonter. Et après quelques Anneaux d’Or, je suis devenu Commandant en Chef. Aujourd’hui, mon père et moi, on est très proche.
– Peut-être devriez-vous parler à votre fils, suggère Élisa.
– Ce serait une bonne idée. Même si je ne suis pas certain qu’il écoutera. Mais j’ai tant à lui dire. Je ne saurai même pas par où commencer…
– Eh bien, écrivez vos idées, suggère Élisa.
– Oh non, non, non. Je ne suis pas bon à l’écrit. Je vais faire un enregistrement. Promettez-moi que vous allez revenir bientôt et je vous le montrerai avant d’aller voir mon fils pour lui dire en personne.
– Ça ressemble à quoi un enregistrement Dalygarien ?
– Vous utilisez toujours des disques ? demande le Commandant. Élisa connaît peu de choses sur nos technologies, même si elle utilise nos machines dernier cri régulièrement. Vous voulez bien lui montrer ?
– Oui, j’utilise un disque. Regardez jeune fille, dit l’Ermite prenant entre ses doigts une sorte de rondelle bleue qu’il sort d’un tiroir. Il met le disque dans une espèce de boîte, et pousse quelques boutons.
– Salut, je suis l’Ermite et ceci est le message à mon fils.
Il pousse sur un autre bouton, et une image 3D apparaît dans les airs : « Salut, je suis l’Ermite, et ceci est le message à mon fils ».
– Ouah, impressionnant. On n’a pas encore ce style de technologie sur Terre.
– J’aimerai bien voir votre monde un jour. Même si je sais que c’est impossible.
– Je pourrais vous le dessiner un jour si vous voulez, propose Élisa.
– Ce serait fantastique.
– Bien. Vous savez que je ne peux pas rester longtemps, continue-t-elle.
– Oui, à cause de votre grossesse. Peut-être que la prochaine fois nous pourrions marcher ensemble dans la forêt ?
– Avec plaisir. Au revoir cher Monsieur.
– Au revoir mes amis.
Élisa et le Commandant se matérialisent à nouveau dans les bois derrière la maison de l’Ermite, le jour où ils ont rencontré son fils. Élisa est triste.
– C’est dur de mentir si outrageusement. Il ne verra jamais mes dessins.
– On n’aurait pas pu les lui laisser de toute manière.
– Je sais : aucun objet ou de représentation du futur ne doivent rester dans le passé.
– Voilà.
– Le fil de l’Ermite, il a peut-être trouvé le message de son père maintenant. Ils ne se parleront pas, je sais que c’est impossible, mais ça n’est jamais une mauvaise chose que de recevoir un message d’amour, tu ne penses pas ?
– On ne pouvait pas faire plus.
– Je sais. Tu es toujours fâché après moi ?
– J’aurais dû avoir plus confiance en toi.
– Ce n’est pas grave David. Je sais que mon désir d’aider les gens peut parfois devenir un problème. La visite de Lucia à sa mère en est un très bon exemple.
– Mais tu apprends vite, c’est indéniable.
– L’histoire que tu as racontée à l’Ermite, les six personnes mortes, c’est vrai ?
– Malheureusement oui, je n’ai pas menti là-dessus. J’ai menti sur ma relation avec mon père. C’est lui qui m’a sauvé de ma culpabilité à la mort de ma mère. On a toujours été très proche. Et j’ai menti sur ce qui a probablement provoqué la démission de son fils. Il a dû tuer quelqu’un. Quand il a annoncé sa démission, j’ai vu quelque chose que je connaissais sur son visage, tout spécialement dans ses yeux. Il est facile de reconnaître une expérience partagée.
– Ah.
– Tu penses que je suis un monstre ?
– Quoi ?! Non ! Je sais qui tu es David. Tu sauves les gens. Tu as peut-être échoué une fois. Mais si tu avais pu les sauver, je suis sûre que tu l’aurais fait.
Ils s’étreignent un moment. Puis Élisa jette un œil à la montre Dalygarienne qu’elle porte désormais lorsqu’elle se glisse dans le corps de voyage, pour connaître le temps réel et ne pas dépasser une heure. C’est la limite qu’elle s’est donnée à elle même.
– Encore un centième, dit-elle.
Lorsqu’ils entrent dans la maison, ils découvrent le fils de l’Ermite en larme.
– Il m’a laissé un message. Je l’ai trouvé juste après que vous soyez partis. Il dit qu’il m’aime et que nous devons parler. Il dit qu’il est certain qu’on va devenir très proche et qu’il m’écoutera, quoi que j’aie à dire. Il me demande de lui faire confiance. Il dit qu’il n’est pas un cambrioleur d’esprit, qu’il n’a pas demandé à avoir cette capacité, même s’il doit vivre avec. Il me demande pardon pour ses évitements. Il dit qu’il aurait dû prendre la décision de me parler plus tôt. Il est désolé que nous n’ayons pas été le père et le fils que nous aurions dû être l’un pour l’autre. Et il a ajouté qu’il veut que je reconsidère ma démission. Il sait que j’ai jusqu’au prochain lever de l’Anneau d’Or pour l’annuler. Là je ne comprends pas pourquoi il veut ça…
– Il sait que votre travail est un élément important de votre vie.
– À cause de mon travail, j’ai quasiment perdu ma famille.
– Vous pourriez le faire différemment.
– Non, je ne peux pas. Plus jamais.
– Oh que si vous pouvez.
– Non ! se met à crier le fils de l’Ermite. Pas après ce que j’ai fait. Je suis un monstre.
– Vous avez obéi à des ordres.
– Je n’aurais pas dû.
– Vous le saurez la prochaine fois. Si vous démissionnez, quelqu’un d’autre qui n’aura pas votre expérience prendra votre place et commettra les mêmes erreurs. Il n’y a que vous qui pouvez changer votre façon d’appliquer les ordres. Ne laissez pas quelqu’un d’autre vivre ça à son tour.
– Vous parlez d’expérience, n’est-ce pas ?
– Oui, et au lieu de démissionner, je suis devenu Commandant en Chef. Vous n’avez aucune idée de combien d’ordres j’ai pu ignorer. Vous apprendrez à le leur cacher.
– À qui ça ? demande Élisa.
– Au Haut Commandement.
– Vous êtes toujours en colère, remarque le fils de l’Ermite.
– Et je le serai toujours.
Le fil de l’Ermite se tait, puis désignant le Commandant du menton :
– Vous dites que vous êtes du futur…
– C’est exact.
– Mais vous ne voulez pas dire qui vous êtes…
– C’est important ?
– Eh bien, on peut dire que je sais déjà qui vous êtes : David et Élisa… Et vous voyagez comme le font les transporteurs…
Le fils de l’Ermite prend une pause.
– Quand vous êtes sortis, il y a un centième, David, vous étiez fâché.
– Problème de couple, objecte Élisa.
– Je ne suis pas un idiot.
– Dans ce cas, arrêtez donc de poser des questions, répond-elle du tac au tac.
– D’accord, réplique le fils de l’Ermite.
– N’en prenez pas ombrage, mais nous devons partir, ajoute Élisa.
– Commandant, je vais réfléchir à votre conseil de ne pas définitivement démissionner.
– Croyez-moi, ce que vous avez traversé vous a rendu meilleur, et vous serez plus apte maintenant à changer les choses de l’intérieur. C’est possible. Ne l’oubliez jamais.
– Je vous reverrai ?
Le Commandant fixe le fil de l’Ermite du regard, esquisse un léger oui de la tête, tout en disant « non » à voix haute. Le fils de l’Ermite répond par un léger signe de tête lui aussi pour montrer qu’il a compris.
– Au revoir, Monsieur, dit Élisa.
– On se rejoint à la base, répond le Commandant.
– Compris.
Comme d’habitude, Élisa est la première à partir.
– Je peux vous entrainer à gérer vos relations avec le Haut Commandement.
– Vous feriez ça pour moi ?
– Sans aucune hésitation.
– Vous n’êtes pas supposé intervenir dans les affaires du passé.
– Je ne suis plus Commandant en Chef et la seule règle que je suivrais jusqu’à ma mort sera de servir Dalygaran mais sûrement pas une bande de politiciens.
– Vous n’êtes plus Commandant en Chef ?
– C’est une longue histoire. On en parlera un autre jour, quand on se connaitra un peu mieux. Vous voulez bien ? Sur ce je dois y aller.
– Commandant ?
– Oui ?
– Merci.
– À votre service.

Avant de rejoindre Élisa, le Commandant s’en va faire une autre halte.
Reymo sursaute, lorsqu’il se matérialise devant lui.
– Qui est dans ce corps ? C’est toi Élisa ?
– Non, c’est David. Je te cherchais.
– On dirait que tu m’as trouvé.
– Oui, c’est comme ça que ça fonctionne. On veut : on trouve. Tu es seul ?
– Eh bien, comme tu peux le voir, la salle de combat est vide. Nori s’occupe de la petite Lucia. Mira est occupée dans notre abri, et je suis venu ici, parce que c’est d’ordinaire un endroit calme où je peux pratiquer la méditation. Mais j’ai la sensation que là, maintenant, tu as besoin d’un ami pour t’écouter. Je me trompe ?
– Non pas du tout. J’ai menti à Élisa aujourd’hui. J’ai commencé à parler de mes fantômes. Tu sais, les trucs terribles que j’ai faits, et que veux qu’elle ignore. J’ai parlé de l’un d’entre eux. De manière fort incomplète. Elle sait que j’ai tué des gens. Elle pense que j’ai cherché à les sauver. Mais ce n’est pas ce que j’ai fait. Ma mission c’était de tuer, et j’ai tué. Je chassais le même gars pour la troisième fois. Son obsession, c’était de détruire notre planète. C’est pourquoi le Haut Commandement a décidé que sa vie était une menace permanente dont on devait se débarrasser. J’ai décidé de mettre en place un piège. Le gars n’avait aucune chance de s’en sortir. Mais cinq innocents ont aussi payé de leur vie, en cherchant à le sauver. Au lieu d’une mort rapide, leur tentative de l’aider l’ont rendue bien plus longue et douloureuse. Et j’ai… J’ai…
– Tu n’as pas besoin de continuer David.
– Oh que si. Je n’ai jamais raconté cette histoire dans son entière cruauté à qui que ce soit, même pas à mon père. Lui aussi a dit que ce n’était pas nécessaire. Mais aujourd’hui, ça l’est.
C’est arrivé dans le passé lointain de Dalygaran, dans la forêt. À cette époque, la forêt était bien plus dangereuse qu’à la mienne… C’est pourquoi je pensais que nous allions être seuls. C’était parfait pour un accident. J’étais déguisé en chasseur local, couvert de la tête aux pieds avec des bottes, des gants, un masque de protection, et j’avais aussi de longs cheveux, un carquois et cinq flèches comme il était d’usage à l’époque. Et j’avais trouvé la fosse d’un cracheur solitaire…
– Cracheur solitaire ?
– Une sorte de gros serpent. Vous avez des serpents sur Frigellya ?
– Des longs machins qui rampent ?
– Oui.
– On en a…
– Celui-là est du genre énorme. Et la fosse est son propre piège. Le cracheur solitaire chasse toujours de la même façon. Autour de sa fosse, il y a des tas de galeries où il peut se déplacer rapidement. Il est capable d’envoyer un fort sifflement déchirant qui fait vibrer le sol et effraie les animaux qui s’enfuient fous de panique. Le cracheur solitaire a un don pour conduire ses proies jusqu’à sa fosse, c’en est incroyable. J’ai observé la bête pendant longtemps avant de décider que j’allais l’utiliser pour « l’accident ». J’ai masqué la bouche de la fosse, juste après que la bête se soit repue sur une dernière proie. Le gars que je chassais allait vernir en soirée. Il penserait suivre le chemin le conduisant à la cachette des gens avec lesquels il complotait. J’ai intercepté et modifié le plan qu’on lui avait donné pour qu’il arrive droit sur le piège. Quand on tombe dans ce genre de fosse, la bête vous mord et vous mourrez instantanément de poison puissant stocké dans son appendice buccal. C’est ce qui était prévu : le gars devait tomber et être mordu. Je ne pouvais pas deviner qu’il y avait des randonneurs dans les parages. Ils ont entendu le gars crier lorsqu’il s’est senti tomber dans la fosse. Il a réussi à s’agripper à une racine. Je n’étais pas loin avec mon arc, parce que si ça tournait mal, je savais ce qu’il me restait à faire. Mes flèches, c’était pour lui. Il valait mieux être mordu par la bête que touché par son venin, qui lui contient aussi un poison mortel, mais très lent. Une fois que la peau est touchée par une simple goutte du venin, il n’y a plus rien à faire.
Le Commandant prend une pause. Reymo se contente d’attendre que son ami soit prêt à terminer son histoire.
– Le cracheur solitaire a été alerté par les cris de l’homme qui s’agrippait à la racine. Quand les cinq autres sont arrivés, ils ont fait beaucoup de bruit et se sont mis à crier aussi. La bête s’est sentie menacée et a craché un long jet de poison vers la bouche de la fosse. Tous ont été touchés par des gouttes du venin, et j’ai dû agir très vite, avant qu’ils ne tombent dans la fosse. Cinq flèches. Je les ai tués tous les cinq, un à un pour leur éviter une mort abominable, à côté de la bête qui aurait attendu patiemment pour en faire ses repas. Mais le gars, celui que je pourchassais, je n’ai rien pu faire pour lui. Il est tombé dans la fosse en poussant un cri atroce. J’ai couru jusqu’à mon transporteur aussi vite que j’ai pu pour récupérer quelques outils. Je me suis dit « c’est pas grave si les gens de cette époque découvrent une de mes flèches téléguidées ». Je ne pouvais pas le laisser dans cet état-là avec la bête juste à côté. Je suis revenu avec un petit moniteur dans les mains. Mais il n’y avait plus de Dalygariens en vie là dessous. J’ai reconnu la silhouette de l’homme que je pourchassais et j’ai été horrifié par ce que j’ai vu. Dans un dernier geste désespéré, il avait extrait une flèche d’un des cadavres et s’était tué avec. J’étais dévasté. Cette mission avait été un vrai désastre.
– Je comprends.
– J’en suis persuadé. C’est pourquoi je t’ai choisi pour entendre cette histoire. Si seulement ce gars n’avait pas changé continuellement d’époque. J’aurais pu simplement l’arrêter. Mais on peut seulement arrêter les gens dans notre propre époque. Du coup, à la place, on m’a demandé de me débarrasser du problème. Définitivement. Et on m’a donné l’ordre de lui organiser un « accident » mortel. Ce que j’ai fait.
– Et pourquoi n’avoir pas choisi l’exfiltration ?
– Ça, c’est ce que j’ai décidé après ce triste cas. Heureusement, les demandes de ce genre ne sont pas nombreuses. Je n’ai eu que deux autres cas après ça. On en a trouvé un errant dans notre ville principale, souffrant d’amnésie. C’est fou ce qu’on peut apprendre sur les plantes, et tout particulièrement sur les poisons et hallucinogènes en voyageant dans le passé. Ça m’a été utile pour ramener le gars dans la bonne époque. Et si l’amnésie n’est que temporaire, on a eu le temps de l’arrêter et de le juger. Quant au deuxième, il s’est rendu de lui-même pour qu’on le protège des montres qui le poursuivaient pensait-il. Il n’y a que dans son époque qu’il pouvait valablement produire une identité, et ne pouvait donc demander protection ailleurs. Du coup il est revenu de sa propre initiative.
– Tu as en quelque sorte amélioré le système.
– C’était de la ruse. À chaque fois, on m’avait demandé de tuer. Comme ils sont revenus à notre époque, ce n’était plus nécessaire. Mon père n’était pas là, quand je suis revenu de mon premier cas catastrophique. On n’a jamais eu le temps d’en parler vraiment. Il m’a aidé cependant à surmonter les six morts. Et il m’a donné de bons conseils. Il m’a dit avoir espéré qu’on n’aurait jamais ce genre de conversation. Il a lui aussi commis des actes dont il a toujours honte. Il semble que combattre des ordres inappropriés de l’intérieur, tout en étant à un niveau élevé de responsabilité soit une affaire de famille. Le problème est qu’on doit choisir nous même ce qui est inapproprié ou non, et c’est une énorme responsabilité. Je sais que tu as traversé des épreuves similaires. Quand je t’ai parlé de mes fantômes la première fois, j’ai bien vu que tu savais exactement de quoi il retournait…
– Oui. Tu as raison, et je peux t’assurer que je suis bien loin d’oser raconter ce que j’ai fait comme toi. J’ai survécu à la guerre, et en temps de guerre, on commet des horreurs.
– Merci de m’avoir écouté. J’avais besoin de dire la vérité aujourd’hui. Et de me souvenir des décisions que j’avais prises à la suite de cette tragédie. Je peux rentrer et regarder Élisa dans les yeux maintenant. Je suis en paix. Encore merci.
– À ton service. Bien, qu’entre nous, c’est toi qui as fait tout le travail…
– Au revoir mon ami.
Le Commandant se dématérialise pour rejoindre sa base à peu près en même temps qu’Élisa.
– Eh, te voilà, dit Élisa à Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers.
– J’espérais bien vous saluer avant votre retour sur Terre. Vous repartez si rapidement depuis que tu es enceinte.
Élisa serre le Dalygarien dans ses bras.
– Je dois partir, mais David peut rester s’il le veut.
– Père et les autres nous attendent pour le déjeuner, intervient le Commandant.
– C’est vrai. Désolée. J’avais oublié.
Le Commandant va chercher les pilules d’extraction dans le tiroir habituel et en donne une à sa femme.
– Au revoir mon ami, dit-il à Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers.
– On te contacte dès qu’on sait la date de notre prochaine visite.
– D’accord Élisa. Au revoir. Allongez-vous donc en vitesse. Les pilules ne vont pas tarder à faire effet.

Le Commandant Suprême est heureux de retrouver son fils et Élisa.
– Comment c’était ? demande-t-il.
– La routine, répond son fils.

Annie

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