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Chapitre 17 — Mariages

Élisa était tout excitée d’être le Lien au mariage d’Abina et Christophe. Mira était venue la voir une fois sur Terre pour lui expliquer le déroulement de la cérémonie. En tant que Lien, elle devait sceller l’union du couple, en leur donnant chacun leur médaillon de mariage, sur lequel un idéogramme symbolise ce que les futurs époux représentent l’un pour l’autre.
Élisa quant à elle était venue voir Nori pour parler avec lui de l’esprit de cette coutume. Elle avait aussi demandé à rencontrer l’ancien Roi et l’ancienne Reine dans le même but. Lorsqu’elle fût certaine d’avoir bien compris l’essence de la chose, elle informa Mira qu’elle était prête. Elle se devait de répondre à deux questions :
– Que représente Abina pour Christophe ?
– Que représente Christophe pour Abina ?
Élisa pensait qu’ils avaient chacun ouvert les yeux de l’autre. Abina avait aidé Christophe à comprendre ce que voulait dire d’être Frigellyen et Christophe avait aidé Abina a réalisé son potentiel pour devenir Reine. Cependant, elle faisait une distinction : pour Christophe c’était un réveil et pour Abina, une révélation. Élisa avait souhaité consulter les anciens souverains avant de prendre sa décision finale, car chaque idéogramme pouvait être présenté de différentes manières. Ils allèrent tous ensemble dans un magasin d’art et tombèrent d’accord immédiatement sur médaillon d’Abina. Pour celui de Christophe, les discussions furent plus âpres. Élisa dût composer avec le désaccord des deux parents, mais elle réussit finalement à les convaincre sur un troisième choix, en expliquant les sentiments que ce médaillon particulier générait en elle.
Une fois de plus, on lui demanda, ainsi qu’au Commandant, plus cette fois-ci Rose, de venir choisir les habits de cérémonie au Château. Rose y était plutôt réticente, avant de recevoir la visite de Nori sur Terre. Il était venu pour discuter avec elle des coutumes Frigellyennes. Ce n’est pas qu’il aurait été impoli de refuser, mais ça aurait juste été incompréhensible, lui fit-il comprendre.
– Vous serez éblouissante dans n’importe quelle robe, ajouta-t-il. Mais si on vous offre d’essayer la confection Frigellyenne, pourquoi devriez-vous refuser ?
Rose se mit à rougir légèrement, et son acquiescement visait plus à clore la conversation qu’à donner un réel assentiment. Plus tard, elle fut aidée par Élisa dans son choix. Élisa elle-même, lui montra la robe qu’elle avait décidé de porter.
– Tu as un Gritchak sur ta bretelle, remarqua Rose. Tu as un quelconque titre royal ici ?
– Quoi ? Non. C’est que… David et moi on est citoyen d’honneur. C’est pour ça qu’on peut porter le Gritchak.
– Ah d’accord.
– Je suis impatiente qu’on soit ce enfin jour.
– C’est pour demain Élisa. Enfin pour nous. Si j’ai bien compris, ici sur Frigellya, c’est à peu près dans une semaine.
– Tu as raison. Quoi qu’il en soit, rejoignons David et rentrons à la maison.
Le jour d’après
– Tout le monde est prêt ? crie quasiment Élisa.
– J’ai presque fini, répond Lucia, qui s’affaire à la coiffure de Rose. J’ai encore besoin de cinq minutes.
– D’accord. Quelqu’un sait où est David ?
– Il discute avec Sylv qui est mal à l’aise de ne pas aller au mariage de mes parents.
– Je ne sais pas non plus ce que je vais leur dire.
– Tu n’auras qu’à leur dire la vérité : il ne pouvait pas venir, et ils comprendront plus tard. Mes parents te tiennent en grande estime. Ils ne poseront pas plus de questions. Je me souviens avoir demandé plusieurs fois à maman pourquoi on ne voyait plus Sylvestre.
– Vraiment ? Tu étais si jeune !
– Eh bien, c’était en fait très douloureux pour moi de ne plus le voir. Leur réponse a toujours été la même : Sylvestre a une bonne raison de ne plus se montrer sur Frigellya. Et je comprendrais plus tard.
– D’accord, soupire Élisa.
– Sylvestre a fait un super travail sur tes cheveux, dit Rose à Élisa.
– C’est le meilleur, répond Lucia joyeusement.
– Tu as aussi beaucoup de talent, réplique Rose.
– C’est bien vrai, renchérit Élisa.
Quand Sylvestre entre dans la pièce avec David, il ouvre grand les yeux.
– Ouah, cette coiffure, c’est du grand art. Rose, ça te va si bien.
– Merci Sylvestre.
– J’aurai fini dans un instant, murmure Lucia tout en se concentrant.
– Tout va bien ? demande Élisa plus à l’attention de Sylvestre que de David.
– Oui, répond Sylvestre. Tout ça est déjà écrit de toute manière, puisque Lucie sait ce qu’il va arriver. Oh, mais voyez-vous donc qui vient de nous rejoindre, continue-t-il, saluant ainsi l’entrée de Paul, Nelly et leur bébé.
– Bonjour tout le monde, dit Paul sur un ton enjoué.
– Tu vas rester avec tonton Sylvestre, murmure Nelly à son fils. Tu seras gentil avec lui.
– Il le sera. Donne-moi donc ce petit ange.
– Quand je pense à comment tu l’as appelé la première fois que tu l’as vu, le taquine Élisa.
– La crevette a grandi. Il a toujours l’air aussi fragile, mais je n’arrive pas à résister à sa petite bouille adorable, répond Sylvestre.
Puis ils se mettent tous à discuter jusqu’à ce que Lucia annonce :
– Tadaaa ! J’ai fini. Te voilà avec une coiffure à la hauteur de ta robe.
Rose se regarde dans un miroir et dit :
– C’est vraiment moi ?
– Oh que oui, réplique Élisa avec un grand sourire.
– Le transporteur est prêt, Vos Majestés, les taquine David.
–Vous nous raconterez tout, hein, supplie Lucia.
– Vraiment tout, insiste Sylvestre.
– On va y penser, répond Paul.
– Dans ce cas, essaie de ne pas t’attraper un mal de crane, réplique Sylvestre.
– Aaaah… J’ai trois enfants, soupire Nelly.
Et tout le monde rit.
– À bientôt, disent-ils chacun leur tour.
Alors qu’ils ont tous pris place dans le transporteur, Rose se lève soudainement.
– Je n’y vais pas…
– Rose, c’est normal si tu es un peu nerveuse, tu te rends à…
– Ce n’est pas mon monde. Je ne connais pas ces gens…
– Nori va être déçu.
Rose ferme les yeux et marmonne un « oh non ».
– Élisa, puis-je te parler avant qu’on ne s’en aille ?
– Bien sûr, Rose.
Sylvestre et Lucia sont surpris de voir revenir Rose et Élisa.
– Rose et moi, on a besoin de parler en privé.
– Eh bien c’est l’heure du bain pour la crevette.
– La salle de bain va être inondée.
– Ce bébé a besoin de s’amuser.
– Et nous nous devrons éponger.
– Rabat-joie.
– Gamin.
Alors qu’Élisa et Rose les regardent interloquées, le couple sort de la pièce en riant.
– Apparemment, un bébé, c’est tout ce qu’il leur faut, murmure Élisa.
– Quoi ?
– Ces deux-là, ils se querellent tout le temps.
– Ah bon ? Ils ont pourtant l’air de bien s’entendre…
– Leur relation est… compliquée. Mais ce n’est pas le sujet, là, maintenant. Rose, dis-moi ce qui ne va pas.
– Je suis terrifié à l’idée d’assister à ce mariage.
– Mais tu étais d’accord…
– Élisa, à chaque fois que je rencontre Nori maintenant, je… je…
– Oh, j’ai remarqué que vous alliez vous promener ensemble après chaque session d’entrainement maintenant. Alors, laisse-moi deviner : tu as des sentiments pour lui, et tu as peur que ce soit un autre…
– Il n’est pas humain et il est du futur !
– A-t-on déjà parlé son âge ?
– Je me fiche pas mal de son âge ! Je me sens si bien en sa compagnie. La dernière fois que j’ai ressenti ça, c’était avec Bénédict. Et je l’ai perdu. Je ne sais même pas si Nori…
– Rose, tu as confiance en moi ?
– Oui.
– Je peux t’assurer que tu ne souffriras pas cette fois-ci.
– Que veux-tu dire ?
– Viens à cette cérémonie et amuse-toi.
– Tu veux dire que Nori et moi…
– Je veux dire que ton destin est écrit. Ne sois pas effrayé de le vivre. Je t’en prie Rose, viens avec nous.
Rose ne répond pas. Élisa la prend par la main et l’amène ainsi jusqu’au transporteur.
– Tout le monde est prêt ?
– Je crois, marmonne Rose en prenant sa place.
Ils se matérialisent dans un coin du Territoire Terro-Dalygarien, qui a été transformé pour l’occasion en une salle de cérémonie et de fête. Sur Frigellya, un mariage est une affaire privée. Même si vous êtes les souverains, il n’y a que la famille et les amis qui sont invités. En conséquence, il n’y a guère plus de monde au mariage de Christophe et Abina qu’à celui de David et Élisa.
Nori se tient non loin, attendant d’accueillir ses amis Terriens, et tout particulièrement Rose…
Rose n’a d’ailleurs aucune idée de pourquoi elle s’incline en une révérence devant lui. Il lui prend la main pour la relever et s’agenouille tête baissée à son tour.
– Tu dois le relever en lui tendant ta main, murmure Élisa à l’oreille de Rose.
Celle-ci confuse, s’exécute aussitôt.
– Je ne suis pas sûre de ce qu’il vient de se passer, se confesse-t-elle à Nori.
– Vous avez présenté votre respect à mon égard, et je vous ai présenté le mien. C’est un bon début pour deux personnes qui vont passer la soirée ensemble, ne pensez-vous pas ?
– C’est quelque chose d’habituel ?
– Eh bien, dans la mesure où je ne suis pas un souverain, cela veut dire que nous nous tenons tous deux en haute estime.
– Bien.

En tant que Lien, Élisa est aussi le Maître de Cérémonie. Elle sait exactement ce qu’elle a à faire, après avoir salué tout le monde. Les anciens souverains semblent excités comme deux enfants. C’est un grand jour pour leur fils. Il devient non seulement un mari, mais aussi le Roi. C’est la vie qu’ils ont toujours voulue pour lui.
Christophe et Abina sont radieux. Lorsqu’Élisa demande à tout le monde de prendre place pour le début de la cérémonie, elle est surprise par une requête d’Abina.
– Avant le début de la cérémonie, ne voudriez-vous pas vous tenir à côté des parents de Christophe ? lui demande-t-elle.
– Comme elle est orpheline de guerre, Christophe ne peut se soumettre au consentement des parents, sauf si — en tant que Lien — vous acceptez de représenter la mère d’Abina, lui murmure à l’oreille l’ancienne Reine.
Élisa n’a pas le temps de répondre que Christophe est déjà agenouillé devant elle, pendant qu’Abina s’incline devant l’ancien Roi.
– Abina, vous avez ouvert l’esprit de mon fils à notre monde. Vous avez réveillé son cœur, et amené de la joie. Je suis définitivement très heureux que vous deveniez mari et femme.
– Christophe, vous avez conduit Abina vers sa destinée en l’aidant à trouver qui elle était vraiment. Et depuis, chaque jour, vous ne cessez de la soutenir. Je n’ai aucun doute sur l’amour que vous partagez, aussi, je suis heureuse de vous voir devenir mari et femme.
Quand les futurs mariés se relèvent, les gens tout autour se donnent l’accolade.
– Les Frigellyens n’applaudissent pas ces moments, explique Abina à ses amis Terriens. On partage la joie en se serrant les uns dans les bras des autres.
Quand les accolades sont terminées, Élisa reprend le fil de la cérémonie.
– Formez le cercle, demande-t-elle.
À l’intérieur du cercle, à côté du Lien, se tiennent la future mariée, le futur marié, leurs compagnons, ainsi que la petite Lucia qui tient la main de Nori.
Mira parlera d’Abina, puis Nori de Christophe. Et enfin le Lien dira se qui les unit. La cérémonie se terminera lorsqu’Élisa aura donné à chacun son médaillon en expliquant son choix. Après les avoir reçus, les jeunes mariés s’adresseront aux invités.
Élisa est stressée, se demandant s’il y aura des surprises comme à son propre mariage. Mais tout se déroule sans anicroche. Et lorsqu’Abina et Christophe ont leur médaillon autour du cou, elle est soulagée.
– Je vous déclare mari et femme, dit Élisa, et vous fais la promesse que j’irai enregistrer cet événement dans le Grand Livre, dans les jours prochains.
Les Frigellyens considèrent que les mariages ne sont pas des jours de paperasses et que cela peut se faire plus tard.
La petite Lucia lâche la main de Nori pour courir vers les nouveaux mariés. Christophe tend ses bras devant lui, et Lucia s’y réfugie en riant. Il se relève et la voilà maintenant dans ses bras, entre lui et Abina qui le tient par la taille.
Christophe et Abina prennent la parole :
– On aurait dû faire ça depuis longtemps, commence Abina.
– Vivre ensemble nous était si naturel, qu’on n’y a même pas pensé, poursuit Christophe.
– On était comme mari et femme.
– On est maintenant mari et femme.
– Ta fille devient ma fille, dit Abina en embrassant Lucia sur la joue.
– Elle l’était déjà dans vos deux cœurs.
Lucia embrasse Abina à son tour, et son père par la même occasion.
– J’espère qu’elle aura des frères et sœurs.
– Ze veut des vrères et zœurs, dit la petite Lucia.
L’assemblée rit gentiment.
– Tu n’es pas censée dire quelque chose ma puce, c’est notre discours de mariage, d’accord ? Je te dirais quand on aura fini, murmure Christophe à l’oreille de sa fille.
– D’accord papa, murmure la fillette le plus bas possible.
– Hem… Eh bien, je suis un survivant de la guerre, comme la majorité d’entre vous ici. Je suis revenu de la Terre avec cette petite fille et la mémoire de sa mère. Je serais devenu dingue si elle n’avait pas été là. Elle a été mon petit rayon de soleil dans un monde où je me sentais étranger, et elle l’est toujours aujourd’hui. Cette femme — il montre Abina — m’a donné les clés de notre monde. Elle m’a appris ce que voulait dire être Frigellyen. Elle m’a aidé à trouver mon identité… et je suis tombé amoureux d’elle. Je suis d’accord avec Élisa, elle m’a réveillé. Mais elle n’a pas été la seule à m’aider. Mon oncle Nori m’a appaisé en m’enseignant la relaxation, Élisa m’a trouvé, Mira a trouvé Élisa et mes parents n’ont jamais cessé de me chercher. Sans toutes ses personnes et mes autres parents de la Terre, je ne serais pas l’homme que je suis aujourd’hui. Et cet homme te fait une promesse Abina : quoi que la vie nous réserve, je serai toujours à tes côtés.
– Moi aussi, tu peux en être certain, Christophe… Eh bien, que puis-je dire ? … Je suis une orpheline de guerre. J’avais des parents et un frère, et je jure qu’il n’y a rien que je souhaite de plus fort au monde que la paix. Comme Mira vous l’a déjà dit, je suis arrivée dans notre capitale sur son conseil. J’étais triste et en colère. Nori aussi a apaisé mes tourments par ses enseignements. Mais je me sentais si vide. Ma rencontre avec Christophe a été une vraie révélation. Élisa a absolument raison à ce sujet. Je lui ai raconté ma vision de Frigellya et ce qui devrait être fait. Il m’a écoutée. Il m’a encouragée à développer mes plans pour un monde meilleur. Chaque fois que je le rencontrais, je me sentais plus forte. Je lui ai ri au nez quand il m’a proposé de postuler pour le trône. Mais il avait tellement raison. J’ai fini par lui faire confiance et je suis tombée amoureuse de lui. Aujourd’hui, je ne peux imaginer ma vie sans lui et cette adorable petite fille. Merci Élisa, pour vos aptitudes incroyables. La femme que je suis aujourd’hui vous doit tellement… Si seulement mes parents pouvaient être là aujourd’hui…
– Ils le sont, à travers toi. Comme les miens d’avant, ceux de la Terre, lui répond doucement Christophe.
Abina se sent soudain submergée par l’émotion et une larme apparaît sur sa joue.
– … Oh, je suis vraiment désolée pour ça, bredouille-t-elle.
– Peut-être devrions-nous terminer notre discours, comme prévu par une petite touche terrestre ? lui dit tout doucement Christophe.
Il fait un clin d’œil à Élisa et David.
– Tu es prête mon cœur ?
Abina prend une respiration profonde, et fait oui de la tête. Christophe lui prend la main après avoir redéposé Lucia à terre. Celle-ci s’en va immédiatement se réfugier dans les bras de sa grand-mère.
Abina : Aujourd’hui, je suis devenue ta femme.
Christophe : Aujourd’hui, je suis devenue ton mari.
Ensemble : De tout mon cœur, je te fais ce serment : ma loyauté, mon amour, ma vie sont à toi… pour toujours.
Les nouveaux mariés finissent leurs vœux le sourire aux lèvres, front contre front.
Cette fois-ci, on entend des applaudissements. En fait, il semble que ce soit Paul et Nelly qui aient commencé, suivi de leurs voisins, et de tous les autres qui ont dû se dire que puisque c’était quelque chose de Terrien…
Le cercle se délite et les gens commencent à se rassembler en petits groupes pour bavarder en attendant que le buffet soit prêt.
– Il y a encore de la lumière dehors, voulez-vous voir les enchanteresses ? demande Nori après qu’il ait retrouvé Rose dans la foule.
– Je ne sais pas…
– Oh, vous ne voulez plus y aller…
– Si… enfin non… Je veux dire, je suis toujours intéressée, mais est-ce correct de s’absenter maintenant ?
– On ne va pas passer toute notre soirée dehors, Rose. Il y a des gens qui sont déjà partis dans les Jardins. Je promets qu’on viendra parler avec les jeunes mariés dès notre retour. Cela vous convient-il ?
– Eh bien… oui.
– Suivez-moi.
Lorsqu’ils arrivent dans les Jardins, Rose peut voir qu’il y a bien plus de monde que la fois précédente. En fait, cette fois-là, ils avaient été seuls.
– Nori, vous marchez trop vite, ces chaussures ne sont pas…
– Oh, je suis désolée. Quel idiot je fais.
– Vous n’êtes pas un idiot, proteste Rose.
– Vous êtes spéciale Rose, ce soir.
– Que voulez-vous dire ?
– Si belle et si… tendue.
N’y tenant plus, Rose se tourne vers Nori et vient l’embrasser sans ambiguïté.
Nori semble surpris, et Rose bat en retraite, embarrassée.
– Je suis désolée, je n’aurais pas dû…
– Je…
– je comprendrais, si vous voulez que je rentre chez moi…
– Je…
– Je n’aurais pas dû me comporter ainsi. Je suis tellement…
– Rose, taisez-vous bon sang !
– Quoi ?!
– J’essaie de dire quelque chose, mais vous ne cessez de m’interrompre.
Nori avance d’un pas et embrasse Rose en retour.
– Je ne pensais pas que vous m’aimiez aussi, murmure-t-il.
– Vous m’aimez ?
– Oh que oui, Rose Taylor de la Terre.
– Quelle idiote je fais.
– Vous n’êtes pas une idiote, proteste Nori.
Et ils éclatent tous deux de rire.
– Allons voir les enchanteresses, dit finalement Nori.
– Je suis impatiente.
– On se tutoie maintenant ?
– D’accord.

Pendant ce temps, dans le Territoir Terro-Dalygarien
– Je ne trouve pas Sylvestre, dit Abina à Paul.
– Sylvestre ne viendra pas, s’excuse-t-il.
– Il s’est passé quelque chose ?
– Rien qui ne doive vous inquiéter, vous pouvez me croire. Il dit que vous comprendrez un jour.
Rencontrant Élisa un peu plus tard Abina pose la même question.
– Vous avez où est Sylvestre ? Lucia le demande.
– Il ne viendra pas Abina. Il a ses raisons. Croyez-moi. Vous comprendrez plus tard.
– Il est fâché contre nous ?
– Pas du tout. Il est très ennuyé de ne pouvoir venir.
– Alors pourquoi n’est-il pas là ?
– Croyez-moi lorsque je dis qu’il ne peut pas. C’est tout ce que vous aurez de moi. Où est votre mari ?
– Il discute avec le vôtre.
– Je peux sentir que vous êtes contrariée. Vous ne devriez pas. C’est le jour de votre mariage, Abina. Sylvestre vous dira un jour lui-même pourquoi il ne peut plus venir ici. Je vous le promets.
Vous, vous savez, n’est-ce pas ?
– C’est exact. Il vous envoie ses vœux de bonheur.
– Dites-lui qu’il sera toujours le bienvenu ici.
– Je le ferai.
– Il semble que ma belle-mère a quelque chose à me dire. On se revoit plus tard Élisa.
– Oh, il semble que les boissons sont disponibles maintenant, dit Élisa, plus pour elle même.
Elle jette un œil autour d’elle et voit son mari toujours en grande discussion avec Christophe.
– Eh Élisa, qu’est-ce que tu fais toute seule ? dit Reymo sur un ton joyeux.
– Je ne le suis plus, réplique Élisa.
– Ça te dirait une boisson fraiche ?
– Très bonne idée.
Une fois leur verre en main :
– Ces derniers temps, ma femme est d’excellente humeur. Pour être honnête, je ne l’ai jamais vue aussi heureuse. Pourquoi ai-je la sensation que ça a quelque chose à voir avec toi ?
– Oui, pourquoi ?
– Elle a surréagi le jour où je lui ai offert cette paire de boucles d’oreille. Elle s’est littéralement jetée dans mes bras.
– Et c’est quoi le rapport avec moi ? Elle devait simplement être très heureuse.
– Oh, allons Élisa. On parle de Mira. Elle sait quelque chose que je ne sais pas. Toi et tes pouvoirs…
– Aptitudes.
– Aptitudes, si tu préfères. Toi et tes aptitudes êtes le candidat idéal pour l’informer de quelque chose du futur. Ces boucles d’oreilles, elles signifient bien plus qu’un simple cadeau à ses yeux, je me trompe ?
– Non, tu as raison.
– Tu ne veux rien me dire ?
– Prépare-toi à devenir papa.
– Quoi ?!
– Tu mérites d’être aussi heureux qu’elle l’est. Je n’en dirais pas plus.
– Tu es sûre de ça ?
– Vous allez être parents, ça oui, j’en suis sûre. T’as besoin de t’asseoir ?
– Oui, je crois.
Il se dirige vers un banc vide.
– Ouah, Élisa, je ne l’espérais même pas. Enfin, si. Je le voulais. Mais je pensais qu’il y avait de fortes chances que ça n’arrive jamais. Et je m’y étais préparé. J’avais si peur d’être déçu. Je ne voulais pas que Mira s’en rende compte. On a eu des moments difficiles tous les deux…
– Reymo, les moments difficiles sont derrière vous. Crois-moi.
– Tu es quelqu’un de très spécial Elisa Martin. Je suis heureux qu’on t’ait trouvé.
– Mira m’a donné la vie.
– Et tu nous as donné de l’attention et de la gentillesse. Ça, on ne le doit pas à Mira. Tout ce que tu fais ou as fait dans ta vie, ça vient de toi.
– Et de tous les gens que j’ai pu rencontrer…
– On apprend des autres, c’est vrai. Mais ce qu’on garde d’eux, c’est notre choix, à la fin, tu ne penses pas ?
– À la fin, on est seuls…
– Eh bien, il semble que David et toi vous partagez un goût certain pour le secret.
– Ne pas tout dire, ça peut protéger. Je ne veux pas qu’il…
– On ne se tait pas pour protéger quelqu’un d’autre que nous même, Élisa. Penses-y.
– Oh, je vais y penser… Je vais y penser. Tu sais, David et moi, on se cache des choses, c’est vrai. Pour ma part, j’avais besoin d’expérimenter les choses sans qu’il me donne de conseils. Même si je sais qu’il veut bien faire, ça me donne parfois la sensation qu’il ne me fait pas confiance, qu’il pense que je suis une tête de linotte.
– Oh, il te fait bien plus confiance que tu ne le crois.
– Comment tu sais ça ?
– Il va mener une rébellion avec ton aide. Ensemble, vous allez contrarier des gens puissants, et vous allez devenir de sacrées cibles, en tant que Moira et Raymond. Vous prenez énormément de risques à faire ce que vous allez faire. Un homme comme lui n’emmènerait jamais sa propre femme dans ce style de bataille s’il ne lui faisait totalement confiance. Il sait qu’ensemble, vous ferez de cette mission un succès. Il ne peut y arriver sans toi. Il a besoin de toi.
– Je suis sa faiblesse alors.
– Non, tu es sa force. Il te l’a dit, le jour de votre mariage.
– Je ne comprends pas.
– Quand il s’agit de toi, son esprit est plus vif, il est plus rapide. Tu le stimules. Si tu avais été sa faiblesse, ça le paralyserait. As-tu la moindre idée de comme il était en colère quand vous êtes parties pour cette mission avec Mira ?
– J’ai senti quelque chose, oui.
– Ce n’était pas juste « quelque chose ». Lorsqu’il est venu me voir, il était hors de lui. Dès que tu as établi le contact, il s’est concentré sur toi, et il t’a sorti de là. Il n’aurait pas perdu une seule seconde en reproches. Il s’est impliqué dans le plan de sauvetage. Il a été rapide et efficace. Il n’a jamais envisagé échouer.
– Il serait anéanti si ça arrivait un jour…
– Aussi longtemps que les humains n’auront aucune idée de vos capacités, vous avez tous deux un solide avantage. Tout spécialement depuis que tu sais t’évader de ton corps à volonté.
– Je ne sais pas le faire, s’il n’est pas là.
– Tu sauras. Il t’y entrainera avant de t’emmener sur-le-champ de bataille. C’est ce que moi je ferais. Aucun d’entre vous ne pourra disparaître. Jamais. Votre amour vous conduira toujours l’un à l’autre…
– Eh, vous avez un de ses airs sérieux, vous deux. Allez, dansez avec nous, dit Abina au bras de Christophe.
– On ne peut pas dire non à une mariée… Tu permets ? répond Reymo, offrant son bras à Élisa.
– Tout à fait.
Pendant ce temps-là dans un autre coin du Territoire Terro-Dalygarien, le Commandant discute avec Mira.
– tu es rayonnante aujourd’hui, Mira.
– Je suis rayonnante chaque jour depuis que je sais que… euh…
– Depuis que tu sais quoi ?
– Je ne peux pas répondre.
– Élisa est-elle impliquée ?
– David !
– Vous vous entendez très bien toutes les deux.
– Elle est comme une petite sœur pour moi.
– Eh bien, tu n’as pas hésité à emmener ta « petite sœur » dans une mission risquée.
– Oh je savais qu’on aurait cette conversation un jour.
– Mira, je t’avais dit qu’elle avait besoin d’entrainement, mais ça, ce n’était pas un entrainement.
– C’était bien plus : la confirmation qu’elle était prête à se battre à tes côtés. N’est-ce pas ce dont vous avez besoin pour devenir Moira et Raymond ? Elle n’a jamais baissé les bras, elle est restée calme et a joué son rôle à la perfection… Tu es celui qui n’était pas prêt à la laisser faire.
– C’est vraiment ce que tu penses ?
– Je n’ai aucun doute à ce sujet. Tu as été son instructeur, et tu es devenu son mari. Ce n’est pas le chemin le plus facile pour construire sa vie avec quelqu’un. Elle a assurément appris de toi. Elle n’a plus rien à voir avec l’Élisa qui cherchait l’étoile du matin. Elle canalise son énergie maintenant. Et ensemble, vous allez être redoutables, quel que soit le champ de bataille sur lequel vous vous rendrez. Sauf si tu persistes à ne pas avoir confiance en ses capacités à…
– Je pense que j’ai compris maintenant… Et mon attitude l’a conduite à se méfier de moi.
– Comment ça ?
– Elle me fait des cachoteries !
– Tout le monde cache des choses.
– Oh Mira, nous savons tous les deux qu’il y a deux raisons principales pour cacher des choses à quelqu’un : éviter la culpabilité ou éviter le conflit. Elle m’a simplement exclu d’un pan de sa vie.
– …
– Tu vois. Ton silence vaut acquiescement.
– David, votre situation est loin d’être sans solution. Élisa t’aime. Vous devez juste vous parler.
– Je l’espère… Mira ?
– Oui ?
– Les gens semblent s’amuser ici. Allons danser.
– Avec plaisir.

Quand Rose et Nori arrivent dans la salle de cérémonie la main dans la main, ils entendent Élisa annoncer :
– Mesdames et messieurs, c’est le moment du cercle d’ouverture.
– Qu’est-ce que c’est ? chuchote Rose à l’oreille de Nori.
– Avant le repas, les époux accueillent tous leurs invités par une danse, une sorte de valse. Personne ne s’assoit à table sans avoir dansé avec l’un d’entre eux. Ils tournoient avec leur partenaire provisoire pendant quelques tempos puis en changent. Une fois qu’on a dansé avec l’un des deux mariés, on peut aller s’asseoir à sa place. Les époux terminent la valse seuls, et ensuite, le repas peut commencer.
– Ça a l’air sympa.
– Rejoignons le cercle.
Christophe danse en premier avec sa fille et Abina avec l’ancien Roi. Lorsqu’ils ont terminé, ce dernier prend Lucia par la main, lui disant « viens avec moi, mon cœur, papa et maman danseront avec toi plus tard ».
La musique est joyeuse. Tous les invités sont assis dans l’espace d’un peu plus de cinq minutes. Lorsque la musique s’arrête, Christophe et Abina s’inclinent et les invités applaudissent.
Élisa est à côté de son mari. Elle brûle d’être seule avec lui et il peut sentir son impatience. Mais avant cela, elle a quelques besoins.
– Allons prendre de quoi manger au buffet, dit-elle. Je meurs de faim.
– Il semble que tout le monde ait la même idée, réplique le Commandant, pointant du doigt une queue en formation.
– Ne perdons pas de temps, alors.
Élisa se lève et court presque jusqu’au buffet. Le Commandant la suit en secouant la tête tout en souriant.
– Élisa, que dirais-tu d’aller dans les Jardins dès que tu auras dévoré ces pauvres amuse-gueules ?
– J’allais te le proposer…
– Dans ce cas, on est d’accord.
– Tout à fait.
La queue n’était pas si longue. Élisa et le Commandant sont rapidement de retour à leur place.
– Mmmm, c’est délicieux, dit Élisa. J’adore la cuisine Frigellyenne.
– Tu adores tout type de cuisine, autant que je me souvienne, la taquine-t-il.
– Tu ne finis pas ton assiette ?
– Sers-toi. C’est juste le début Élisa. Souviens-toi, les repas Frigellyens sont faits d’un nombre de petits plats incalculables.
– Je pourrais manger un mammouth… euh, c’est un animal très ancien…
– … et éteint depuis fort longtemps. Je sais. Mammouth fait partie de mon vocabulaire depuis que tu es…
– … enceinte.
Ils se mettent tous deux à rire. Puis, désignant Rose et Nori assis à une autre table, le Commandant dit :
– Il semble que leur histoire d’amour soit commencée.
– Je suis heureuse pour eux… Voilà. J’ai fini. On y va ?
– Je te suis.

Lorsqu’ils sont dehors, Élisa prend son mari par la main et le conduit à la fontaine.
Ils prennent leur temps, occupés qu’ils sont par un long baiser. Puis Élisa dit dans un souffle :
– Je suis désolée.
– De quoi ?
– De m’être méfiée de toi.
– Il est possible que j’en sois responsable. L’équilibre entre être ton instructeur ou être ton mari est difficile à trouver.
– J’ai eu parfois l’impression que tu étais très condescendant vis-à-vis de moi.
– Je jure que je ne t’ai jamais voulu te traiter de cette façon.
– Je le sais. J’ai compris aujourd’hui, ô combien j’avais tort… Je ne pourrais pas être Moira si tu doutais de moi.
– Je ne pourrais pas être Raymond sans toi.
– Je… sais que je t’ai fait de la peine, même si tu ne t’en es pas plaint. Tu as attendu jusqu’à ce que je sois prête. Je ne sais pas pourquoi j’ai mis tant de distance entre nous.
– Je…
– S’il te plait, n’essaie pas de m’épargner. Dis-moi la vérité.
– Élisa, ton comportement me perturbe parfois. Et oui, il est arrivé que je sois blessé quand je n’arrivais pas à comprendre pourquoi tu te méfiais tant de moi. Tu es imprévisible. Mais c’est aussi ce qui fait ton charme.
– Je te remercie de ta franchise. David, tu me pardonnes ?
– C’est déjà oublié. Ça m’est égal de ne pas tout savoir à ton sujet, Élisa. Mais ta confiance, ça, ça m’importe. La plupart du temps, quand on cache des choses, c’est soit même qu’on protège. C’est triste quand on le fait pour se protéger des autres.
– Je suis d’accord.
– Autre chose ?
– Tu sais que j’ai dessiné mes rêves quand j’étais enfant et que ces rêves montraient le passé ou le futur.
– Oui.
– Ces vieux rêves-là sont en train de revenir… chaque nuit maintenant, ils viennent me hanter. J’ai voulu savoir si je pouvais m’en sortir seule… Je le peux.
– C’est évident.
– Tu n’es pas fâché ?
– C’est à mon tour de m’excuser Élisa. Quand j’ai demandé un inhibiteur pour tes escapades nocturnes, j’ai agi comme si voir le passé ou le futur était quelque chose de mal. Ce n’est pas mal. C’est difficile. La vie est plus facile quand on ne sait pas. C’est tout. Et ça t’avait perturbée au début.
– C’est vrai. Mais je ne peux pas échapper à ce que je suis vraiment, n’est-ce pas ? Je dois faire avec.
– C’est certain. Et c’est ce que tu fais apparemment.
– Bien, il y a quelque chose d’autre que…
– Eh, ma Lizy… Encore une fois, je n’ai pas besoin de tout savoir, lui dit-il en riant et en la prenant dans ses bras. Ça aussi, c’est de la confiance.
Ils restent dans les bras l’un de l’autre un moment. Puis Élisa murmure :
– On devrait y retourner.
– D’accord.

Lorsqu’ils sont de retour dans la salle de bal, la plupart des gens sont toujours assis en train de manger ou de bavarder joyeusement, alors que d’autres sont déjà à tourner sur la piste, sur une musique douce.
Abina et Christophe arrivent tout à côté du jeune couple.
– C’est mon imagination ou ces deux-là sont amoureux fous ? dit Abina aussi bas qu’elle le peut, en désignant Rose et Nori dansant ensemble.
– Ah bon, s’étonne Christophe, qui maintenant les observe.
– On le pense aussi, répond Élisa, tenant son mari par la taille.
– Les couples Terro-Frigellyens sont connus pour être les plus solides… ou les plus éphémères. La différence de durée de vie est la clé de tout. Il y a des décisions difficiles à prendre. Et une fois qu’elles sont prises, il n’y a que la mort qui peut briser ce genre de couple, continue Abina.
– Je parie sur un amour durable, rétorque Christophe.
– Je suis d’accord, renchérit Abina.
– Je connais Rose. Elle ne baissera les bras sous aucun prétexte, durée de vie incluse, assure Élisa.
– Pareil pour mon oncle.
– Le futur nous le dira, conclut le Commandant.
– Eh, vous avez vu Nori et Rose ? dit Paul, qui vient juste d’arriver à leur côté avec Nelly.
Tout le monde éclate de rire, mis à part elle et lui.
– Qu’est-ce que j’ai dit de si drôle ?
– On venait juste d’avoir une conversation à ce propos, répond Abina.
– Ils sont manifestement amoureux… observe Nelly.
– On est tous d’accord, confirme Christophe.
– J’ai besoin de rafraichissements, annonce Nelly.
– On se revoit plus tard, ajoute Paul, en prenant sa suite.
– Élisa, m’accorderiez-vous cette danse ? Vous ne pouvez refuser la requête d’un Roi.
– Je ne m’y risquerais pas, répond celle-ci en riant.
– Abina ? demande la Commandant en présentant son bras.
– Avec plaisir.
Et c’est ainsi que la fête continue, avec tout le monde qui danse, bavarde, mange jusque tard dans la nuit.

– Rose, David et moi, on rentre sur Terre. Je suis fatiguée. Paul et Nelly viennent avec nous. Ils sont impatients de retrouver leur fils. Tu peux rester si tu veux. Nori te ramènera avec un autre transporteur.
Rose regarde Nori.
– Je ne sais pas, répond-elle.
– Oh bien sûr que si, réplique Élisa. Amuse-toi bien ici. On se voit plus tard.
– Nori…
– Je te ramènerai quand tu me le demanderas, Rose. Je te le promets.
– Dans ce cas, d’accord. Au revoir tout le monde.
Quand tous ses amis sont partis, Rose demande :
– Maintenant qu’il fait nuit, pourrait-on aller à la Grande Terrasse pour voir les étoiles. J’ai la sensation que je vais venir ici plus souvent que je ne le pensais auparavant. Enseigne-moi vos constellations.
– Allons-y dit-il, la prenant par la main.
Une fois sur place :
– C’est si beau…
– Asseyons-nous sur ce banc, avant de commencer.
Dès qu’ils sont assis, Rose dépose sa tête sur l’épaule de Nori, ses yeux tournés vers le ciel.
Patiemment, il lui explique les constellations qu’il connaît, en décrivant comment les trouver. Chaque fois, Rose essaie de dessiner la figure dans les airs avec son index, tout en répétant le nom de la constellation, jusqu’à… ce qu’elle s’endorme. Nori dépose un baiser son front, et entoure la taille de Rose de son bras pour qu’elle ne tombe pas. Puis fermant les yeux, il se remémore cette soirée passée avec elle et se demande de quoi leur futur sera fait. Il est si heureux d’être assis là à côté d’elle, à écouter sa respiration. Il profite du moment, jusqu’à ce qu’il se décide à lui murmurer à l’oreille :
– Rose, il est temps de rentrer sur Terre.
– Je ne veux pas partir, marmonne-t-elle sans même ouvrir les yeux.
– Rose…
– Je veux rester avec toi, marmonne-t-elle encore.
Nori décide de prendre Rose dans ses bras et de la porter jusqu’au canapé tout près. Ce ne serait pas la première fois qu’ils dorment ensemble sur un canapé. Il sourit au souvenir de cette nuit-là dans l’appartement de David et Élisa.
Rose entoure le cou de Nori de ses bras pendant qu’il la transporte. Il l’installe sur le canapé avec sa tête sur ses genoux. Il projette de la réveiller au moment du lever du soleil. Il s’endort rapidement.
Quand Abina et Christophe arrivent en gloussant quelques minutes plus tard après s’être échappés discrètement de la fête, ils s’arrêtent net à la vue du couple endormi, puis font demi-tour aussi silencieusement que possible.
– Je pense que nous avons une vue remarquable de notre chambre également, chuchote Christophe.
– Et un lit à la hauteur d’un Roi.
Puis ils disparaissent tous deux dans les corridors.

Rose revient sur Terre avec Nori pour l’entrainement suivant prévu avec David. Mais c’est bien une semaine qu’elle a passé sur Frigellya, le temps de découvrir la planète en sa compagnie.
Pour Élisa et David, son absence n’a duré que 24 heures.

Deux jours après le retour de Rose et Nori, Élisa et David sont attendus sur Dalygaran pour le lever de l’Anneau d’Or. La cérémonie Dalygarienne des mariages se déroule dans le Nord, là où le lever est le plus impressionnant. Comme il l’avait projeté, ils disposent d’un transporteur Friggellyen spécial, tout en transparence, qui les suivra dans chacun de leur déplacement. Ils ont revêtu leur tenue de mariage de la Terre, et portent les colliers de ronronnement autour de leur cou.
– Est-ce vraiment nécessaire ? demande Élisa.
– Tu verras bien, lui répond-il mystérieusement. Allons d’abord voir mon père.
Traditionnellement, un couple Dalygarien sur le point de se marier rend visite aux parents de l’un et l’autre avant de se rendre à la cérémonie. Il est évident qu’ils ne pouvaient pas rendre visite à ce sujet aux parents d’Élisa. En cas d’impossibilité, et c’en était une, le couple doit choisir des remplaçants. Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers et Fleur Parfumée de la Plaine d’Isadora ont accepté ce rôle malgré leur âge. Le rôle des parents ce jour-là est d’offrir au partenaire de leur enfant une pierre colorée en symbole de leur consentement. Les deux pierres côte à côte auront ensuite une place de choix dans la pièce principale de la maison des jeunes mariés, afin que tout le monde puisse les voir.
Le bouclier du transporteur a été paramétré pour laisser entrer des corps étrangers, tout en les débarrassant de leurs germes Dalygariens.
Le Commandant Suprême est ravi de les voir. Il aurait aimé les serrer dans ses bras, mais il devra attendre deux jours, c’est-à-dire jusqu’à sa prochaine visite sur Terre. Il présente au couple ses meilleurs vœux pour le futur et dépose ce qu’il souhaite donner à Élisa sur la table.
– C’est magnifique, murmure Élisa, tournant la pierre dans sa main afin de l’observer sous tous les angles. Merci, père.
Lorsqu’ils arrivent à la maison de leurs amis, ils les trouvent radieux, en train de les attendre. La pierre est déjà sur le coin d’une table, attendant d’être prise par le Commandant.
– Nous sommes très fiers de faire ça pour toi, Cristal de Lune… Euh, David… dit Fleur Parfumée de la Plaine d’Isadora.
– Oui, c’est un honneur, ajoute Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers.
Le Commandant prend la pierre que ses amis ont choisi pour lui.
– Merci. Merci beaucoup, mes amis. Nous devons y aller maintenant. Le lever de l’Anneau d’Or est dans un demi centième. On ne peut pas être en retard. On se revoit plus tard.
Le Commandant sait où poser son transporteur. Les autorités Dalygariennes leur ont réservé un espace spécial où ils pourront être vus de tout le monde. C’est la première fois qu’un couple d’une autre planète se marie parmi les autres couples Dalygariens. Sans parler du statut de héros nationaux dont sont toujours auréolés Élisa et le Commandant.
Lorsqu’ils se matérialisent, la foule murmure jusqu’à ce que certains commencent à les saluer en mettant leur poing droit sur leur épaule gauche. Le couple de la Terre répond en positionnant chacun leur poing gauche sur leur épaule droite.
Élisa aperçoit Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or et Vent de Printemps sur la Montagne Laurina dans la foule. Bientôt, les premiers ronronnements se font entendre. Cela commence ici ou là. Il y en a de plus en plus, jusqu’à ce que tous les couples soient à l’unisson. Élisa en a des frissons : un seul ronronnement d’une intensité incroyable appelle le lever de l’Anneau d’Or. Soudain, un puissant rayon coloré fait son apparition et le ronronnement s’arrête d’un coup, même si Élisa le remarque un peu tard. Le Commandant lui sourit.
– Tu ne dois pas te sentir embarrassée, murmure-t-il. C’était génial, hein ?
– C’était une surprise totale. Regarde ma peau.
– Oh, mais c’est quoi ?
– Ça s’appelle la chair de poule. Ça signifie une grande émotion. Et ce lever de l’Anneau d’Or est incroyable.
– Nous sommes considérés comme marié au moment où l’Anneau d’Or apparaît. À partir de maintenant, dans ce monde et sur Terre, nous sommes donc mari et femme.
– Et maintenant ?
– Regarde, les couples s’assoient sur le sol et se nourrissent du bonheur de tous les autres. Prenons nos sièges, puisque nous en avons.
Élisa et le Commandant, assis et se tenant par la taille ferment les yeux. Il lui murmure à l’oreille :
– C’est le seul événement où on ne regarde pas l’Anneau d’Or monter dans le ciel. On se concentre sur ses sensations pendant cette ascension. Laisse ton instinct te guider. Ce sera la seconde surprise.
Se focalisant sur le bonheur des autres, Élisa comprend rapidement ce que son mari voulait dire. Elle peut ressentir chaque personne individuellement. Tout le monde est en mesure d’envoyer de la gentillesse et de la recevoir des autres. C’est un échange merveilleux où chacun prend le temps de n’oublier personne. Après un moment, le commandant sent le corps de sa partenaire vaciller. Comme son bras était déjà autour de sa taille, il a juste le temps de réagir pour l’empêcher de tomber. Alors qu’il essaie de la redresser, il peut sentir son corps se raffermir à nouveau. Elle finit par se redresser d’elle-même.
– Oh, je suis désolée. Mon esprit s’est senti si bien, qu’il s’est échappé de mon corps. Il va falloir qu’on travaille là-dessus, chuchote-t-elle.
– Je suis d’accord.
Ils ferment à nouveau leurs yeux.
Après un moment, exactement comme c’était déjà arrivé avant, des ronronnements se font entendre. Puis de plus en plus, jusqu’à ce que tout le monde soit à l’unisson. Élisa est à nouveau en retard lorsque tout s’arrête soudainement.
– C’est terminé, dit le Commandant. Regarde au-dessus de ta tête.
– C’est tellement beau. C’est exactement ce que j’ai vu quand les enfants m’ont chanté la chanson du lever de l’Anneau d’Or.
– Maintenant, regarde devant toi.
Une fois de plus, la foule positionne son poing droit sur l’épaule gauche.
– Ça va être comme ça à chaque fois qu’on sera vus en public ? demande Élisa, se souvenant de la célébration en son honneur.
– Oui, les Dalygariens nous seront toujours reconnaissants pour ce que tu as fait et pour ce qu’ils pensent être mon sacrifice, depuis que j’ai perdu mon corps.
Élisa et le Commandant, face à la foule répondent poing gauche sur épaule droite.
– Puisque nous sommes sous notre forme humaine, faisons donc quelque chose de plus Terrien.
Élisa esquisse une révérence, tandis que le Commandant s’incline, envoyant leurs sentiments de respect à tous les autres couples.
Ils reçoivent en retour de la gratitude.
Peu à peu, le parvis commence à se vider au fur et à mesure que les couples s’en vont prendre les transporteurs qui les attendaient tout autour de la place. Lorsqu’il reste juste une poignée de personnes, le Commandant dit :
– Il est temps d’y aller ne crois-tu pas ?
– David, ce mariage, c’était géant. Je suis très heureuse de pouvoir ressentir les choses comme les Dalygariens.
– Je suis heureux qu’on le puisse le faire tous les deux.
– Merci pour la surprise.
– Tu sais, pour être honnête, ce n’est pas quelque chose de facile à décrire. Et même si mes parents m’en avaient parlé —de leur propre mariage, je veux dire — le vivre est allé au-delà de ce que j’avais imaginé.
– Oui, j’avoue que c’est une expérience difficile à expliquer.
– Ne m’en parle pas… Euh, Père nous attend. Je suis impatient de lui montrer ma pierre.
– Où allons-nous les mettre ?
– Des pierres extra-terrestres ne peuvent être exposées dans le salon. Notre chambre est un meilleur endroit.
– Entièrement d’accord. Ne faisons plus attendre ton père. Allons-y.

Annie

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