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Chapitre 7 – Nouvel essai

Je suis en chemin pour mon nouveau premier voyage, mais je dois dire que je flippe un peu. J’ai reçu un courrier de la loterie me disant que mes analyses n’avaient rien révélé d’anormal et que par conséquent j’étais invitée à réserver une autre séance qui serait comptée comme ma première. Toute l’équipe de la loterie de l’espace me présentait ses plus vives excuses pour l’émotion que j’avais pu éprouver et m’assurait que tout serait fait pour que mon futur voyage se passe au mieux. “Nous avons décidé que désormais vous serez suivie dans tous vos voyages par nos deux meilleurs spécialistes, ceux-là mêmes qui ont enquêté sur le dysfonctionnement dont vous avez été victime. Vous ne pourriez être dans de meilleures mains”. S’ils le disent.

Et me voilà, une fois de plus au pied du building. Je ne sais plus ce que je dois faire.

– Oh mais regarde qui voilà. Notre hybride. Elle a l’air d’hésiter. Qu’est-ce qu’elle fait plantée là devant la porte à ne pas bouger ?
– Zoome un peu sur elle pour voir.
– Voilà.
– Oh le vilain masque de stress. Je pense qu’il va falloir un petit conditionnement avant de commencer, sinon elle risque de partir en vrille. On a beau avoir un super équipement, un hybride c’est quand même une première. Des capacités d’on ne sait encore quelle espèce avec l’émotivité humaine, ça peut vraiment être détonnant. J’ai beau avoir confiance en notre analyseur génique pour la composition du gaz, je dois dire que moi aussi, je redoute un peu ce qui va se passer.
– Tu n’es pas le seul. Si on doit intervenir une seconde fois en urgence, hybride ou pas, l’aventure sera terminée. Ce n’est pas un rat de laboratoire avec lequel on peut tâtonner indéfiniment.
– Je suis ok avec ça. Donnons lui sa chance, mais là, il faut que ça marche. Ah la voilà qui se décide, elle vient de franchir la porte.

– Mademoiselle Martin, vous vous souvenez de nous ?
– Vous êtes les deux opérateurs de la dernière fois. (Alors comme ça ce sont ces deux-là les meilleurs spécialistes).
– Les deux scientifiques.
– Les deux scientifiques. (Soupir).
– Nous sommes heureux de vous retrouver aujourd’hui pour votre tout premier voyage dans l’espace. Nous nous excusons encore pour la dernière fois. Comme nous vous l’avions déjà suggéré, un problème – rarissime rassurez vous – de gaz. Une buse défectueuse qui n’aurait jamais du se trouver là. Une erreur au sein de l’équipe de maintenance. Les personnes impliquées ne travaillent plus pour nous. Les procédures ont été renforcées. Nous pouvons vous assurer qu’aucune pièce aujourd’hui ne vous fera défaut.
– Voilà qui est rassurant. (laissez moi partir)
– Vous ne paraissez pourtant pas rassurée.
– Disons que j’ai un très mauvais souvenir de mon dernier essai.
– Si cela peut vous rassurer, vous serez la troisième personne à prendre cette capsule depuis sa réparation. Il n’y a eu aucun problème. Les voyageurs ont été très satisfaits.
– Ah. C’est super. Je suis un peu soulagée. Et ils sont allés où ?
– On ne sait pas.
– Vous n’avez pas fait de débriefing ? En bas ils m’ont dit qu’après la séance, il y aurait un débriefing.
– Ce n’est pas nous qui supervisions le voyage. Nous venons exprès pour vous.
– Pourquoi, vous êtes puni ?
– Quelle drôle de question. Nous faisons le suivi post-incident. C’est la procédure. Et nous serons ravi que vous puissiez nous associer à un souvenir meilleur que la dernière fois. Êtes vous prête ?
– Oui, tout à coup je suis impatiente de m’allonger dans votre truc.
– L’unité de voyage spatial.
– Ça même.
– Nous allons dans notre bulle de verre. Vous connaissez la procédure d’accès à la nacelle.

– Non mais quelle emmerdeuse. “Vous êtes puni ?” Nous punis, elle nous prend pour qui ?
– Calme-toi, c’était une taquinerie. Souviens toi que nous sommes devant une merveille de la nature.
– Une bizarrerie de la nature.
– Et crédule. “Vous êtes la troisième personne à prendre cette capsule”. Personne d’autre que toi ne prendra celle-là ma fille. Tu as ton gaz rien que pour toi.
– Elle attend.
– C’est parti !

– Alors Mademoiselle Martin. Ce voyage cette fois-ci s’est bien passé, je le vois à votre sourire !
– Franchement, c’était fantastique, mais j’ai l’impression que j’ai tout vu dans le désordre.
– Vraiment ? Racontez nous ça.
– Eh bien quand le gaz est arrivé, enfin je suppose quand il est arrivé, je me suis retrouvée dans un monde, sous une lumière bleue. Comme si le jour n’arrivait pas à se lever. Je crois que c’était la planète qu’on appelle “Minuit”, justement à cause de ça. Parce que j’ai reconnu les êtres à yeux rouges phosphorescents. Il y avait une de ces foules. Ils étaient groupés, littéralement agglutinés. D’où j’étais, ça faisait comme des vagues, avant, arrière, à droite, à gauche, et la foule parlait d’une seule voix. C’était plaintif. Ça m’est rentré dans le tripes. Je me suis soudain sentie très triste et j’ai souhaité me trouver ailleurs. Vous n’allez pas le croire. Je me suis retrouvée ailleurs.
– Vous plaisantez ? Vous voulez dire qu’à votre premier voyage vous avez réussi à changer de planète ?
– J’ai l’air de plaisanter ? Après ça, je me suis retrouvée en plein déluge. Je ne saurai dire dans quel monde je suis tombée. J’ai du me réfugier dans une maison pour voir quelqu’un, car dehors, il n’y avait personne. C’était apparemment l’heure du repas. C’était des sortes d’humains bleus, avec de grand yeux oranges
– Sûrement des Tridoliens.
– J’’ai été sur Tridola moi ? Je suis flattée, très peu de personnes y sont parvenues si je ne m’abuse. Ils étaient en train de manger. Mais ce n’est pas fini. Je me suis sentie gênée d’être là à les regarder. Et j’ai encore souhaité être ailleurs, plus particulièrement, j’ai pensé à Proxiterra. Et là devinez quoi ? Je me suis retrouvée sur Proxiterra.
– Pardon ?
– Ouaip ! Je suis allée, là où j’ai toujours rêvé d’aller. Et j’y ai passé le reste de mon temps. J’ai volé avec les Faucons, chassé avec les Forestiers, nagé avec les Aquariens. Enfin si je peux me permettre de parler ainsi. J’ai passé une journée formidable à les observer. Il faut les voir travailler les cristaux. Je suis encore toute émerveillée. Je suis allée au Nid du Faucon, à la cascade Arc-en-Ciel. Et j’ai visité la fresque sous-marine. Jamais je ne pourrais oublier ça. Jamais. J’ai hâte d’y retourner.
– Vous avez pourtant répondu au premier rappel.
– Vraiment ? Je n’ai pas fait attention. Le temps là-haut, on l’oublie complètement. Il faudra que je sois plus attentive la prochaine fois. Peut-être aurai-je eu le temps d’aller ailleurs encore. En tout cas Messieurs je suis ravie !
– Nous comptons sur vous pour un prochain voyage alors !
– Vous serez là pour le suivi ?
– Tout à fait, nous serons là pour vos 12 voyages. D’autre part, nous aimerions pour nos archives faire un petit examen de routine. Nous allons vous accompagner au 4ème étage. Vous aurez juste à rentrer dans une cabine pendant quelques minutes. Vous vous allongez sur la banquette et vous vous laissez aller. Nous vous indiquerons quand ressortir. Toutes les mesures seront automatiques.
– Vous allez mesurer quoi ?
– Les mêmes choses qu’on mesure pendant votre voyage, mais au repos. Nous sommes des scientifiques ne l’oubliez pas, et nous recherchons d’éventuel effets post-voyage.
– Ah bon ?
– Jusqu’ici, nous n’avons pas eu grand chose, mais le protocole demande à ce que nous enregistrions un certain nombre de données.
– Ah Ok.
– Allons-y !
– Je vous suis. Rappelez moi vos noms déjà ?
– Je ne pense pas qu’on vous les ai jamais donné.
– Si on doit se voir une douzaine de fois…
– Martin et Martin.
– Sans blague. Vous êtes de la même famille ?
– Non. Pas plus qu’on est de la votre.

– Bon on efface tout et on ne garde que Proxiterra.
– T’en es sûr ?
– Attends, cette fille se comporte comme on ne sait pas encore quelle espèce, mais sûrement pas comme un humain. Et que je te vais où je veux, comme je le veux, quand je veux.
– Pratiquement oui. Il semble qu’elle ait assisté à des funérailles sur Minuit, avant d’aller encore plus loin sur Tridola. Le dosage de gaz est peut-être à refaire ?
– Ah ça non, on n’y touche plus.
– Et ensuite elle a rebroussé chemin, pour finir sur la planète habitée la plus proche. En clair elle nous a fait une procédure de retour spontanée interrompue. C’est costaud. Et tout ça en toute inconscience !
– Est-ce que c’est une bonne idée de la laisser continuer ? On ne va pas pouvoir continuellement traficoter sa mémoire.
– Tant que sa vie n’est pas en danger, nous devons la laisser faire et voir jusqu’où elle peut aller. Je ne sais pas combien d’hybrides il y a sur Terre, mais nous avons la chance d’en avoir un sous la main. Nous devons l’observer tout en la protégeant des autres Terriens. Si sa différence était découverte, Dieu seul sait ce dont ils sont capables.
– C’est vrai, nous nous contentons juste de lui effacer partiellement la mémoire. Trois fois rien.
– Tu as parfaitement compris ce que je voulais dire.
– Je crains que oui ! Mais ça ne me plaît pas.

Annie

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