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Dans la peau d’une toute petite tortue

Dans le cadre d’un projet effectué pour l’obtention de mon certificat en médiation scientifique, j’ai eu l’occasion de mêler mes deux passions : la biologie et les histoires.
J’ai écrit quelques textes, dont celui-ci, sur les premiers instants d’une tortue marine, le voici :

Nous sommes sur une île de l’Océan Indien. À La Réunion plus exactement. Le soleil est à son apogée, c’est une belle journée d’été. Il y a un peu de vent. Les vagues glissent doucement sur le rivage. C’est très calme. Il n’y a personne. Personne, enfin pas tout à fait.
On dirait qu’il se passe quelque chose sous le sable. Moi la fée Coraline, je peux voir à travers. Oh comme elle est jolie. Vous allez l’adorer. Je vous laisse avec elle. Tendez l’oreille et écoutez !

Il fait sombre et je suis coincée dans quelque chose. Je peux bouger un peu.
Et hop, hop, je donne un coup de bec par ci par là. Ça se [déchire].
Oh mais dites donc, ça craque de partout, tout autour de moi. je ne suis pas seule on dirait.
— Eh les collègues, c’est l’heure de sortir ?
— Non, non, il fait trop chaud dehors. Attendons un encore un peu.
— Qu’est-ce qu’on fait en attendant ?
— On se repose !
— D’accord !
[Bien plus tard] — Eh les collègues, alors c’est l’heure de sortir ?
— Ça s’est bien rafraichi. On va pouvoir y aller. Attention top départ : direction la surface !
— Ouais, trop contente ! Mais… Mais enfin, c’est quoi tout ça ? Je vois rien.
— Tais toi et creuse ! Tu te sers de tes pattes et tu balances ce qui te gènes sur le côté. Enfin je crois. C’est ce que je fais. Nous devons sortir du grand trou pour aller vers le grand Océan.
— Comment tu sais ça toi ?
— C’est mon l’instinct qui me le dit.
— Moi mon l’instinct il me dit de faire comme toi. Mais dis donc, c’est pas tout près la surface.
— Creuse, je te dis..
— Je fais que ça. Je me dépêche, je me dépêche. Je serais là-haut avant toi. Ah ah.
— Et avant toi, il y en aura combien tu crois ?
— Rabat-joie ! Oh il y a quelque chose de changé. De l’air, du vent, des odeurs. Ça sent trop bon. J’y vais. Eh collègue, je vois l’Océan. Il brille. Tu me suis ? Eh, collègue tu m’entend ?
— S’il te répond pas c’est qu’il est plus là. Ya des collègues qui répondent plus. J’ai vu les ombres avec les pinces les emmener. Fais comme moi, cours vers l’Océan. Ne te retourne pas.

Alors, j’ai couru, j’ai couru. J’ai vu une ombre avec les pinces, j’ai couru plus vite. Il m’a pas eu. Et je suis arrivée dans l’eau. Et j’ai vu d’autre collègues. J’ai entendu, “reste pas là nage, il y a des ombres à bouche qui pourrait te gober”.
Alors j’ai nagé, nagé, nagé, à toute vitesse, frénétiquement, sans m’arrêter. Jusqu’à ce que je puisse plus nager. Mais c’est pas grave, je flotte. Et j’ai faim.

Voilà c’est fini.

Pour l’anecdote, s’agissant d’un nid, nous avons là des frères et sœurs, et l’utilisation du mot « collègues » peut surprendre. Il a été emprunté à la communauté des chats de Twitter (mais oui, les chats ont investi Twitter), qui certes ne sont pas frères et sœurs de manière générale, mais qui partagent une condition. Les tortues qui naissent ne voient ni leur mère, ni leur père. Au final, la fratrie est une notion bien humaine. Donc, on reste sur le partage d’une condition. Et l’avantage de « collègue » dans la narration, c’est que ce n’est pas genré.
Autre petit détail, les œufs de tortues sont mous, et du coup, leur craquement est plutôt un déchirement. Mais « ça déchire de partout », ça le faisait moins. Du coup, on a gardé « craqué ».

Annie

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