3

Chapitre 3 – Avec les amis

Marcher n’était pas suffisant. Il m’a fallu courir. Courir le plus vite que je pouvais. A travers le parc et ses grands arbres. Jusqu’à ce que j’étouffe littéralement. Alors je me suis assise sur un banc et j’ai envoyé un message à mes potes pour boire un verre.

Là je suis au bar, et ils arrivent les uns après les autres. Suzanne et William, Patrick et Sarah, Rose, Emilie, Jonas, Abbie, Thomas et Pierre. Tout le monde semble content d’être là. Ils me regardent avec curiosité. C’est William qui commence : “une grande nouvelle tu nous a dit”, aussitôt suivis par les autres : oui , dis nous, dis nous quoi, allez, dis nous…
– Taisez vous bon sang. Taisez vous tous. Je vais vous répondre avec plaisir. Croyez-moi. C’est tellement extraordinaire, si inattendu. Franchement je n’y ai jamais cru. Même si j’espérais que..
– Mais tu vas nous le dire ou va falloir qu’on te le demande à genoux ?
Ça c’était Thomas.
– Je peux prendre vos commandes ?
Ça c’était le serveur
Le pauvre. Il vient de se prendre une volée de regards furibards.
– Bière pour tout le monde, des étoiles blanches, je dis en vitesse
Le gars s’enfuit littéralement après avoir enregistré la commande sur son terminal.

Et là, plus un mot, juste de grands yeux ouverts, quelques sourcils levés, tous dirigés vers moi.
– Je ne vais rien vous dire. Je vais plutôt vous montrer.
Je sors fièrement mon précieux bout de papier d’hier matin et je leur colle devant le nez.
– Tu as gagné à la loterie !
– Oui Abbie.
– Celle des voyages dans l’espace !
– Ouaip, Pierre, tout à fait.
– La vache, la chance que tu as !
– Si ma mère pouvait t’entendre Jonas !
– Elle sait déjà ? demande Sarah
– J’ai bien peur que oui. Je l’ai eu au téléphone il y a quelques heures et elle m’a interdit d’y aller.
–  Vraiment ? Pourquoi ? s’étonne Émilie.
– Dangereux. Je vais y perdre l’esprit.
– Oh je vois. Elle fait partie de ceux qui pensent que tout ceci n’est qu’une illusion créée sous l’influence d’une drogue. Pas de voyage, mais un délire causé par des personnes malintentionnées à une bande de crédules qui s’y laissent prendre.
– Voilà, tu as parfaitement résumé la situation, Rose. Et elle fera tout pour m’en convaincre.
– Au fond, sommes nous vraiment sûr que tout ceci est réel ?
– Voyons Patrick, rétorque Sarah, tu penses vraiment que si ça ne l’était pas, ça ne se saurait pas déjà ? Je veux dire de manière certaine. Pas juste de simples suppositions ou quelques soupçons. On aurait des preuves quand même.
– Ils utilisent un gaz comme catalyseur. Ça ne peut pas être considéré comme de la drogue ?, il répond.
– Des civilisations, des formes extra-terrestres, des langages, toujours découverts dans le même ordre. Une drogue qui causerait pratiquement toujours le même “rêve” à toute personne exposée ? Encore et toujours ? T’es sérieux ?
– De l’autosuggestion, Élisa. Ça pourrait être de l’autosuggestion, basée sur les témoignages précédents.
– Arrête un peu ! Et comment t’expliques les nouveaux langages hein ? Du délire coopératif ? Ces langues ramenées par les gens, morceau par morceau, avant que ça commence à faire sens.
– Élisa, j’abandonne. Honnêtement, j’aimerais être à ta place. Pour le vivre par moi-même. T’en as de la chance !
– Même si tu penses que c’est peut être juste de la drogue ?
– Ça pourrait, ou pas. S’agissant de l’esprit, quelles certitudes peut-on avoir de toute manière ? C’est une question de foi et de confiance. Et même si je m’interroge sur le sujet,  j’ai envie d’y croire. Qu’est-ce que tu t’imagines ? J’ai aussi souscrit à cette loterie ma chère !
– Ah, les bières arrivent.

Le serveur pose un verre devant chacun d’entre nous. Le prix apparaît alors sur l’écran de paiement tout autour de la table.
– Les amis, trinquons aux voyages dans l’espace !
– Aux voyages dans l’espace !
– Nom de dieu, me dites pas que vous faites partie de ces écervelés !
La voix est dans mon dos. Je me retourne pour voir qui c’est. Un homme roux, dans les quarante ans, apparemment rond comme un coing, si j’en crois son élocution pâteuse.
– Me regarde pas comme ça, chérie. Il secoue la tête. “Comment on peut souhaiter devenir un voyeur ?”
– Une fouine !
– Non, sérieux ? Tu penses que c’est mieux ? Regarder des gens qui n’ont aucune idée d’être observé ? C’est du voyeurisme. C’est tout.
– Ne pas être vu, ne veut pas dire ne pas savoir comment se comporter !
– Elle est gentille. T’as jamais entendu parler de tentation toi hein ? Il n’y aura personne pour te blâmer si tu dépasses les bornes. Pas de reproches, pas de punition, aucune conséquence. Crois moi ma petite, ces voyages vont salir ton âme. Pour toujours !
– N’importe quoi. Les voyages dans l’espace ne changent pas ce que vous êtes fondamentalement. Si vous n’êtes pas un voyeur sur terre, vous n’avez aucune raison de le devenir ailleurs, dit Tom.
– Vraiment ? Alors dis moi mon gars, sur Terre, où c’est-y que tu peux voir sans être vu ?
– Miroir sans tain ?
– Ah ah. Très drôle. On n’en a pas partout pas vrai ? Je vous l’ai dit : l’opportunité fait la tentation. C’est tout. Vous résisterez sans doute les premiers temps, mais un jour, vous oublierez la notion d’intimité. Je le sais. J’ai perdu mon âme là-haut. Je pensais être curieux. Mais ce n’était pas de la curiosité. C’était du poison. Et pourtant je me suis posé des questions : comment être sûr de bien se comporter. Comment réagiraient-ils s’ils se savaient observés ? Comment moi je réagirais à une telle révélation ?
– Bon les amis, on boit notre bière et on s’en va, je dis.
– C’est ça, buvez vos bière et tirez-vous, marmonne le rouquin.”Ne m’écoutez pas, et vous vous perdrez”.
Jamais de ma vie, je n’ai bu une bière aussi vite. Mes amis non plus d’ailleurs.
J’ai posé ma carte de paiement sur la table. “C’est pour moi” que je leur ai dit.
Et hop, mon index sur le cercle vert pour prendre en charge le paiement. Et mon pouce sur le cercle rouge, dès que le montant a clignoté. Paiement accepté dit l’écran.

– On va au parc ? je demande
– Pourquoi pas ?
– Allons-y
– Bonne idée !
– Euh, faut que j’aille au petit coin…

Annie

3 Comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *