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Chapitre 4 – Surprise !

Élisa, en provenance du Jurassique, avec le révélateur toujours activé se matérialise dans la salle de voyage de la loterie. Ce n’est pas exactement ce qu’elle escomptait. Mais elle a pensé aux deux Martins en se disant qu’ils seraient étonnés, et c’est elle qui ouvre grands les  yeux en se voyant allongée dans l’unité de voyage.
Des pas précipités la font se retourner. Ce sont les deux Martins. Étonnés, ils le sont également.

Sylvestre : On en a deux maintenant…
Paul : Élisa Martin ?
Élisa : Oui c’est bien moi.

Élisa appuie successivement sur le bouton triangulaire et sur le bouton rond, sous les exclamations de surprise des deux Martins chaque fois qu’elle change d’apparence.

Élisa : Je suis dans le corps de voyage Dalygarien dont je vous ai parlé et je dispose d’un révélateur Frigellyen.
Sylvestre : Vous êtes allé sur Dalygaran et vous y avez rencontré des FrigeIlyens ?
Élisa : Ce n’est pas tout à fait ça. Ce n’est pas sur Dalygaran que j’ai rencontré les  Frigellyens. Mais je suis bien allée sur Dalygaran, pendant 10 jours et j’y suis retournée. Bon sang, mais vous ne le savez pas encore…

Paul fait un geste du menton en direction de l’Élisa allongée dans l’unité de voyage.

Paul : C’est votre deuxième voyage…
Élisa : Celui où vous avez été si bizarre au débriefing. Je comprends mieux maintenant… Écoutez les gars, je sais que je dois vous en dire le moins possible s’agissant du futur, mais là il faut que vous m’aidiez.

Sylvestre les yeux au ciel : Et elle voyage dans le temps.

Élisa : C’est vraiment une manie chez vous hein, de parler de moi à la troisième personne quand je suis devant vous.
Paul : Nous sommes désolés, mais comprenez qu’on soit surpris. Vous voyagez dans un corps, à travers l’espace et le temps. Les humains ne font pas ça…
Élisa : Il faut croire que si. Je suis un être humain qui voyage dans l’espace et le temps, même si pour cela, j’utilise une technologie Dalygarienne.
Sylvestre : Et les Frigellyens, vous les avez rencontrés où au juste ?
Élisa : Sur Terre… au Jurassique.
Paul : Écoutez Élisa. On va arrêter là les explications. Vous pouvez vous réveiller d’un moment à l’autre. Enfin elle.

Et il pointe à nouveau  son menton vers l’unité de voyage où l’Élisa du présent est allongée.

Paul : Nous allons vous fournir un localisateur qui vous permettra de vous matérialiser chez nous et vous nous raconterez en quoi nous pouvons vous aider.

Sylvestre sort de la pièce et revient quelques minutes plus tard avec un bracelet.
« Eh bien je vais en avoir un à chaque poignet » se dit Élisa en le voyant revenir.
Sylvestre : Les coordonnées sont réglées pour vous emmener chez nous. Vous ne pilotez pas ce déplacement par la pensée, laissez le bracelet faire. Il suffit d’appuyer sur le bouton vert. Vous devriez vous matérialiser dans le salon. Je vais vous expliquer un peu comment c’est chez nous.
Élisa : Inutile, je connais très bien…
Paul et Sylvestre : Ah !?

Élisa est très contente de pouvoir leur dire à son tour : Spaleur !
Puis elle se dématérialise.
Il était temps. Élisa vient d’ouvrir les yeux dans l’unité de voyage.
Sylvestre et Paul retournent précipitamment dans leur bulle de verre pour enclencher la procédure de retrait des gaz. Puis redescendent pour le débriefing.

Élisa : Il y a quelque chose qui ne va pas ? Pourquoi vous me regardez comme ça ?
Sylvestre : Pardon ?
Élisa : Vos têtes à tous les deux.
Sylvestre : Oh désolé. N’y faites pas attention, nous…
Paul : … avons eu un coup de fil un peu bizarre pendant votre voyage, c’est tout. Rien qui ne vous concerne.
Élisa : Ah ! Et si on commençait mon débriefing ?
Sylvestre : Nous sommes impatients.

Et ainsi débute le débriefing du deuxième voyage, avec une Élisa enthousiaste.
Jusqu’à ce que l’Élisa du futur se matérialise juste devant elle, dans le dos des deux Martins.
Toutes les deux se mettent à hurler. L’Élisa du futur se dépêche de se dématérialiser, aussi l’Élisa du débriefing a juste le temps de dire : « Mais qu’est-ce que ça veut dire ? » et Paul de répondre  « Pardon ? » qu’elle ne se souvient déjà plus de ce qu’elle vient de voir. C’est donc interloquée qu’elle répond à Paul : « Quoi ? » et que Sylvestre un peu perdu rétorque également « Quoi ? ».

Élisa : Vous êtes carrément bizarres tous les deux aujourd’hui, hein. Je vous disais donc que quelqu’un m’a conduit à la cité souterraine…
Sylvestre: Mais vous avez c…
Paul, toujours un peu plus vif que Sylvestre a compris la situation, car c’est bien deux cris d’une même voix qu’il a entendu. Il le coupe :
Paul : … tout à fait raison. Veuillez nous excuser.
Sylvestre : Euh oui désolé.
Élisa : Je peux continuer là ?
Paul: Mais je vous en prie.

Et ainsi se poursuit le débriefing du deuxième voyage d’Élisa, avec les deux Martins, bouillant d’en finir, pour retrouver l’Élisa du futur.
Cependant – et ils le savent – il doivent agir envers l’Élisa de leur présent comme il s’ils n’avaient pas rencontré l’Élisa du futur. Et une fois de plus, avec le danger que peut représenter le blog qu’Élisa souhaite tenir, ils décident de ne garder dans sa mémoire que Proxiterra.
Lorsqu’ils retournent dans leur bulle de verre pour récupérer les données du jour avant de partir, c’est à nouveau une surprise qui les attend. Cachée derrière le bureau de commande, ils retrouvent l’Élisa du futur. Elle leur raconte que ce sont eux qui lui ont demandé de revenir ici après le débriefing en guise d’entrainement pour régler la précision de ses bonds dans le temps. Elle est décallée d’une vingtaine de minutes apparemment, et s’est caché là-haut en osant juste un petit bond de quelques minutes.
« Les gens nous oublient dès lors qu’on quitte leur espace temps » s’était-elle souvenue.

Paul : On vous a donné un régulateur ?
Élisa : Oui. Il est dans la poche droite de ma combinaison Vous m’avez expliqué que je devais le calibrer par rapport à mes capacités et qu’il pouvait y avoir un petit décalage au départ. Il me suffisait d’estimer ce décalage pour corriger. Je n’ai rien corrigé pour le moment. Le déplacement de quelques minutes n’avait pas besoin d’être précis. Je me suis plantée de combien ?
Paul : Il s’est passé 25 mn depuis le cri. Il est 18h30. Vous êtes partie de chez nous à quelle heure ?
Élisa : 21h. Je suis donc arrivée à 18h05 au lieu de 18h30.
Sylvestre : Le recalibrage doit se faire au moment où vous vous matérialisez. Vous avez fait un bond depuis. Il faut donc recommencer. Vos bonds dans le temps sont plus longs que ce qu’ils devraient. En général c’est l’inverse. Avant recalibrage les bonds sont plus courts. Vous ne pouvez décidément rien faire comme tout le monde !
Élisa : Oh désolée de ne pas rentrer dans vos petites case les gars.
Sylvestre agacé, fait un signe de la main à Élisa en guise de réponse signifiant quelque chose comme “ne m’interrompez pas”.
Sylvestre : Sur un bond estimé à 2h30, vous en faites un de quasiment 3h. Il est 18h35  maintenant. En vous réglant sur 21h05 vous devriez arriver à 21h30. Faisons comme ça et nous réglerons le différentiel à ce moment là.

Le curseur du régulateur se règle par la pensée. On doit indiquer l’origine du temps : ici la Terre, l’heure du présent se règle automatiquement, et il n’y a plus qu’à rentrer les coordonnées souhaitées ensuite, en année, mois, heure, minutes. On peut aller jusqu’à la seconde. Là Elisa n’a besoin que d’indiquer une heure et des minutes, en terminant par « plus » » pour aller dans le futur. Pour venir ici elle avait du penser à « 18h30 moins », ce qui voulait dire 18h30 de la même journée dans le passé.

Élisa : J’y vais ?
Paul : Allez-y !
Et Élisa se rematérialise chez les deux Martins.
Élisa : Vous saviez que j’allais me planter !
Paul : On ne peut pas changer…
Élisa : … sa propre ligne de temps, je sais. Ce que vous avez vécu est définitif. Quoique vous auriez pu faire, je me serai plantée de toute manière.
Sylvestre : Voilà. Il est 21h30. Il faut faire la correction maintenant. Vous savez comment faire.
« Correction -25 mn » se met à penser Élisa.
Paul : On recommence.
Élisa : Quoi ?
Paul : Le test. Vous avez quitté le centre de voyage à 18h35. Repartez-y pour 18h40 et…

Élisa est déjà partie.
Sylvestre : Cette fille est vraiment impossible.
Paul : Oui, mais elle est douée.
Élisa : Qui est douée ?
Paul : Qui vous a dit de revenir si près de votre départ ? Vous êtes inconsciente ou quoi ? Il  ne peut y avoir deux Élisa de la même époque dans la même pièce. Vous avez pris un risque énorme.
Élisa : Je suis désolée. J’avais besoin de savoir si je pouvais compter sur une bonne précision. Et je peux dire que c’est précis.
Sylvestre : En deux aller-retours, elle a maîtrisé la gestion des secondes…
Élisa : Elle est là !
Paul : Élisa, les voyages dans le temps doivent se faire avec précaution. Vous avez l’air de prendre ça comme un jeu.
Élisa : Vous n’y êtes pas du tout. J’ai besoin de précision car je dois revenir au plus près de mon départ de Dalygaran. Des vies sont en jeu.
Paul : Expliquez nous donc ce qu’il se passe.
Élisa prend une grande respiration et se met à raconter.

Élisa : Je ne sais pas jusqu’à quel point je peux vous raconter les choses. Si vous pensez que je vais trop loin, arrêtez moi. Lors d’un de mon troisième voyage avec la loterie, je suis arrivée jusqu’à une planète – c’était Dalygaran. Vous aurez tous les détails de ce séjour lors de mon débriefing, alors je vais essayer d’aller à l’essentiel. Deux mois plus tard, dans mon sommeil, je reçois un message de détresse du Commandant.
Sylvestre : Le Commandant ?

Élisa : Vous saurez bientôt qui c’est. Je vous ai fait un portrait de lui d’ailleurs quelques jours après mon retour. La nuit où il est venu me parler dans mon sommeil, il m’a dit que toute la planète était en danger et m’a supplié de revenir. Oh mon dieu. J’ai été si froide avec lui lors de mon départ de Dalygaran et aujourd’hui, il est… mort.

La voix d’Élisa se casse et tout à coup elle fond en larmes, se jetant dans les bras de Sylvestre qui se trouvait tout à coté d’elle.
Élisa : Je regrette tellement…
Sylvestre lui tapote le dos et d’une voix douce qu’elle ne lui connaissait pas lui dit : « Élisa nous reprendrons peut-être cette conversation plus tard… ».
Élisa recule d’un pas et essuie ses larmes.
Élisa : Non, je ne dois pas perdre de temps.
Elle renifle.
Élisa : Lorsque je suis… revenue sur Dalygaran, j’ai appris qu’une épidémie d’origine ancienne sévissait sur la Planète. Le Commandant avait jeté ses dernières forces dans le message qu’il était venu me délivrer et Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers – le responsable du centre de voyage Dalygarien, m’a précisé ce qu’on attendait de moi. Il se trouve que je sais piloter leur prototype de corps de voyage et que la seule autre personne qui le savait était le Commandant. Je dois retrouver une plante dans le passé – dans les 500 anneaux d’or et la ramener pour qu’ils puissent stopper l’épidémie. Voilà pourquoi j’avais besoin de savoir précisément voyager dans le temps, pour un retour au plus près de mon départ. Et j’ai pensé à vous pour m’aider. Vous n’êtes pas d’ici, ça c’est évident. Vous savez effacer des souvenirs de manière précise. Et vous êtes des anomalies comme moi, des voyageurs du temps n‘est-ce pas ? Vous n’avez aucun problème pour vous souvenir de mes aller-retours. Alors que je me suis moi-même oubliée pour un bond de quelques minutes.
Paul : Nous ne sommes effectivement pas dans notre époque d’origine, mais nous sommes ici depuis fort longtemps.
Élisa : Vous n’en direz pas plus hein ?
Paul : Non. Mais nous vous aiderons à chaque fois que vous nous le demanderez. Vous avez montré que vous pouvez utiliser des technologies qui vont bien au delà des capacités de votre monde actuel et vous essayez de bien les utiliser. D’ailleurs, ce révélateur Frigellyen… On s’en sert d’ordinaire pour démasquer les Polymorphes – des êtres qui savent emprunter la forme de ceux qu’ils rencontrent.
Élisa : Ils m’ont dit que ça pouvait convenir à ma situation. Que je ne pouvais pas me balader sur Terre en Dalygarien.
Sylvestre : Les Frigellyens ne sont pas connus pour leur bon cœur. Ce bracelet, c’est en échange d’un service. Ils attendent quelque chose de vous, n’est-ce pas ?
Élisa : Oui, je dois retrouver quelqu’un pour eux. Leur fils.
Reymo : Ce n’est pas tout à fait notre fils…
Paul, Sylvestre et Élisa se retournent surpris.
Élisa : Reymo, Mira, mais que faites-vous là ?

Annie

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