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Chapitre 2 – De Retour à la Maison

Élisa et le Commandant se matérialisent avec leur transporteur Frigellyen sur le palier juste en face de la porte de leur appartement, espérant pouvoir s’éclipser directement dans leur chambre une fois à l’intérieur. Sur Terre, il est 6 h 30 du matin et à l’étage, les fêtards sont supposés dormir après être rentrés du mariage.
Alors qu’ils se glissent sans bruit dans le salon — passage obligatoire pour pouvoir rejoindre et leur chambre et leur lit — une surprise les attend.

– Papa, qu’est-ce que tu fais là ? demande Élisa.
– Je n’arrivais pas à dormir, ma chérie. Tout ce que j’ai appris cette nuit me tourne dans la tête. Je suis inquiet pour toi, pour le type de vie que tu mènes. Et maintenant tu vas avoir un bébé. Quelle sorte de vie allez-vous donner à cet enfant ? Allez-vous arrêter de voyager ? Je suis sûr que non. Quand je vous entends raconter votre histoire… c’est évident que vous aimez ça. Et tous les deux vous êtes important là-haut, sur — c’est quoi déjà son nom, Dalgran ?
– Dalygaran, corrige le Commandant.
– Papa, tout va bien.
– Pas du tout. Pas pour moi. Comme je te l’ai dit, je suis fier de toi et de ce que tu as fait Élisa. Mais je suis en état de choc. Tout ceci est si incroyable. Et je ne peux en parler à personne. Maintenant, je me sens coupable quand je regarde ta mère.
– Je connais ce sentiment, papa. C’est ce qu’il y a de pire lorsqu’on est dans le secret : la culpabilité. On ne peut y échapper : ne pas dire la vérité et se sentir mal de cacher des choses, ou dire la vérité et se sentir mal d’entrainer quelqu’un d’autre à cacher des choses.
– Pourquoi m’as-tu parlé ?
– Tu avais besoin de réponses à tes questions. Tu avais remarqué que quelque chose clochait.
– Et c’était une façon de me faire taire, n’est-ce pas ?
– Papa, tu es injuste…
– Élisa vous aime, père. Comme elle vous l’a dit, dire la vérité à quelqu’un n’est pas chose facile. Et vous savez maintenant de quoi je suis capable. Elle n’avait vraiment pas besoin de vous dire quoi que ce soit pour vous faire taire. Je pouvais m’en charger. Ça n’a pas été son choix, ni le mien.
Le père d’Élisa soupire.
– Vous avez un si grand pouvoir, fils. Élisa vous fait confiance pour son utilisation. J’espère qu’elle a raison.
– Mais j’ai raison.
– Père, je…
– Fils, veuillez pardonner le vieil homme que je suis. C’est juste que je ne vous connais pas si bien qu’Élisa. J’ai écouté votre histoire. Je sais ce que vous avez fait pour elle. Et je vous en suis très reconnaissant. Je devrais aller dormir maintenant. On se voit plus tard.
Le père d’Élisa se dirige vers la porte de communication pour revenir à la chambre qu’il partage avec sa femme chez les deux Martins.
– Je n’aime pas le savoir dans cet état, chuchote Élisa.
– Je comprends. Reposons-nous et nos esprits seront plus clairs, propose le Commandant.

Plus tard autour de midi

Quand Élisa et le Commandant arrivent dans le salon chez les deux Martins, tout le monde les accueille avec chaleur. Sylvestre vient discrètement murmurer quelque chose à l’oreille du Commandant. Élisa remarque une certaine contrariété dans l’esprit de son mari, mais rien sur son visage. Après quelques minutes, le Commandant commence par se tenir la tête, prétendant être malade.
– J’aurais dû dormir plus, dit-il en excuse. Je vais aller m’allonger sur mon lit pour une heure ou deux. Je suis désolé.
Et il commence à marcher, chancelant un peu.
– Je viens avec toi, dit Sylvestre, le soutenant par une épaule.
– Je vous donne un coup de main, déclare le père d’Élisa, prenant le Commandant par l’autre épaule. Il a l’air vraiment chancelant.

C’est donc soutenu par Sylvestre et son beau-père, suivi par Élisa que le Commandant quitte le salon.
Quand ils sont hors de vue de tous les autres, le Commandant arrête Sylvestre et le surprend en disant :
– Le père d’Élisa sait tout, tu peux parler devant lui.
– Vous êtes un bon acteur, fils.
– Vous avez l’esprit vif, père. Vous avez tout de suite compris.
– Croyez-moi, je n’ai rien compris, mais je veux bien essayer.
Lorsqu’ils sont dans la chambre d’Élisa et du Commandant, Sylvestre explique :
– Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or a disparu. Elle était en corps de voyage sur une mission archéologique et elle n’est pas rentrée. Comme il n’y a qu’elle qui sait utiliser ces corps, elle était seule. C’est Vent de Printemps sur la Montagne Laurina qui a alerté Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers. Il dit que c’est absolument anormal. Que jamais Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or n’est partie si longtemps sans prévenir qui que ce soit. Habituellement, lorsqu’il s’agit de voyage dans le temps, elle essaie toujours de revenir après quelques centièmes.
– Il faut que j’y aille, dit le Commandant.
– Si elle est perdue quelque part dans le temps, tu ne la trouveras pas sans moi. C’est moi qui sais scanner à toute vitesse l’espace temps. C’est comme ça que j’ai retrouvé Christophe, ajoute Élisa à l’attention de son père.
– Je me souviens de ça, lui répond-il.
– Tu ne peux pas voyager en ce moment…
– Mais je sais, ça David. Et je ne vais pas risquer la vie de notre enfant. Je ne peux pas le faire maintenant, mais quand le bébé sera né, je pourrai. Je choisirai le bon moment. Elle est dans le passé Dalygarien. Je peux commencer à chercher après elle dès lors que je serai prête.
– Que veux-tu dire ? demande le père.
– Après avoir accouché, quand je serai en pleine forme, je ferai la recherche, et mon moi futur ira aider David aujourd’hui, sur Dalygaran. Avec les voyages dans le temps, on n’est pas obligé de faire les choses dans l’ordre… Je sais, c’est un peu dingue…
– Non, c’est brillant, approuve Sylvestre.
– Sylvestre, j’ai besoin d’une pilule de voyage.
– Je peux aller en chercher une, mais ce n’est pas possible de transférer ici le matériel de monitoring, sans éveiller les soupçons de ta mère, Élisa.
– Je prends le risque d’y aller sans, coupe le Commandant.
– Élisa et moi, on va veiller sur vous, fils.
– Merci, père.
– J’arrive tout de suite avec la pilule.

Le même jour sur Dalygaran

Quand le Commandant ouvre les yeux dans son corps de voyage sur Dalygaran, il y a trois personnes qui l’attendent.
– Élisa c’est toi ? demande-t-il incrédule.

À côté d’Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers et Vent de Printemps sur La Montagne Laurina se tient un troisième « homme ».
– Oui, pas de corps féminin de disponible le jour où je me suis enfin décidée pour cette mission. J’ai pris ce que j’ai trouvé. Quoi qu’il en soit, bonjour, je suis ravie de te retrouver ici.
Élisa se rapproche de son mari et murmure dans son oreille, tout en pointant du menton Vent de Printemps sur la Montagne Laurina :
– En fait, c’est son corps de voyage, mais il n’est pas encore au courant.
– Vous alliez nous faire votre rapport, dit nerveusement Vent de Printemps sur la Montagne Laurina. Dites-moi que vous l’avez trouvée.
– Euh, oui, je l’ai bien trouvée. Mais j’étais sans corps. J’ai dû faire très vite, parce que vous autres Dalygariens pouvez ressentir la présence d’un esprit qui vous tourne autour. Et je sais que les gens d’ici pensent que c’est très inconvenant que de voir sans être vu. J’ai juste mémorisé le moment et l’endroit. Il faut y aller maintenant. Je peux t’y conduire David, par un voyage en duo. Mais je dois te prévenir d’une chose : elle est avec quelqu’un qui te connaît. Enfin, qui pense te connaître…
– Qui ça ?
– L’Ermite.
– Tu plaisantes ?
– Pas du tout.
– Eh bien, allons voir l’Ermite alors.
– Tu me suis ?
– Je te suis.
– Attend…
Le couple disparaît.
– J’ai toujours dit qu’il faisait la paire, dit Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers à Vent de Printemps sur la Montagne Laurina.
– Ils auraient dû nous donner les coordonnées. On ne sait pas où ils sont partis. S’il ne sont pas là dans un centième, je devrais envisager de prendre place dans le corps du Commandant Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or, pour qu’elle ne le perde pas à jamais. Nous atteignons les limites de l’effet de la pilule. J’ai déjà préparé le goutte-à-goutte. Si je ne sais pas combien de temps je devrais rester dans ce corps, je ne peux pas compter sur une simple pilule.
– Vous avez déjà fait cela pour Élisa. Vous avez sauvé sa vie.
– Et je ne laisserai pas le Commandant perdre la sienne. Je… Je… veux qu’elle revienne.
– Je les connais bien, et je suis certain qu’ils reviendront dans peu de temps, même si ça dure toute une journée là-bas. C’est comme ça que ça marche quand il y a urgence, et ils savent que l’horloge tourne ici. Je ne suis pas inquiet.
– Je peux le sentir. C’est rassurant. Vous avez grande confiance en eux, n’est-ce pas ?
– Tout à fait. Et vous savez ce que je peux sentir à votre propos ?
– Je… Je…
– Je ne voulais pas vous embarrasser.
– C’est un peu loupé.
– Je suis désolé.
– Ça n’est rien. Avoir des sentiments pour Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or, alors qu’elle est mon supérieur, ce n’est pas une situation facile. Je lutte chaque seconde en sa présence pour ne pas l’embarrasser. Alors quand elle n’est pas là, je me relâche un peu. Et c’est ce que vous avez ressenti.
– Je promets d’être aussi silencieux qu’une tombe.
– Merci. Je veux juste qu’elle revienne.
– Je vous l’ai dit, ils ne reviendront pas sans elle. Et ils seront bientôt là.

Sur Dalygaran, 500 Anneaux d’Or dans le passé

Élisa et le Commandant se matérialisent derrière un bouquet d’arbres. De là où ils sont, ils peuvent voir l’Ermite, appliquant une serviette sur la tête de Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or. Il lui parle doucement.
– Allons-y, dit le Commandant.
– Hey, Cristal de Lune, vous revoici. Qui est avec vous ?
– Je suis Vent de Printemps sur la Montagne Laurina, répond Élisa.
– Messieurs, approchez, nous avons un accident ici. Des rochers se sont détachés de la montagne. Cette femme arrivait juste lorsque cela s’est produit. Nous étions pourtant tous deux assez loin de la scène, mais un des rochers dans sa chute a explosé en une multitude de morceaux qui ont été projetés fort loin.… Mon sac et sa tête ont été malchanceux. Je n’ai plus de moyen de communication. Le morceau qui lui a touché la tête l’a littéralement assommée. Je ne pouvais appeler personne. Vous pouvez le faire pour moi ?
– Comment va-t-elle ? s’inquiète le Commandant.
– À peine consciente. Quand elle se réveille de temps à autre, elle ne se souvient même pas de son nom. Vous la connaissez ?
– Oui, c’est Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or, une amie à nous.
– Il faut qu’elle soit évacuée le plus vite possible.
Élisa et le Commandant parlent à voix basse :
– Il est manifeste qu’elle ne peut voyager de la même manière qu’elle est arrivée. Il nous faut un transporteur, souligne Élisa.
– Si on revient avec elle dans cet état, elle ne pourra pas regagner son corps. Retourne voir les autres pour les informer de la situation et reviens avec un transporteur.
– Eh, pourquoi vous chuchotez vous deux ? Appelez juste une équipe de secours.
– Monsieur, on ne peut pas la soigner ici, elle doit repartir là d’où elle vient, répond Élisa.
– Ce que vous dites n’a ni queue ni tête. Qu’est-ce qu’il se passe Cristal de Lune ? Pouvez-vous me dire…
– Oh ma tête ! Qui êtes-vous tous ? Où est-ce que je suis ?
– Ces gens disent que vous nous nommez Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or. Vous vous souvenez de la dernière fois que nous avons parlé ? Vous ne pouviez pas me dire votre nom…
– Vous ne m’avez pas donné le vôtre non plus…
– Appelez moi juste l’Ermite.
– L’Ermite ? Mais l’Ermite est une légende… ou il ne l’est pas ? C’est un peu confus dans ma tête.
– Une légende ? Mais je suis devant vous. Cristal de Lune, pourquoi suis-je…
– Cristal de Lune est ici ? Je ne le vois pas…
– Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or, tu as reçu un coup sur la tête. Je suis là. Je suis Cristal de Lune.
– Oh non, non, non, non, non, non, non. S’il y a quelqu’un dont je me souviens parfaitement bien, c’est le Commandant Cristal de Lune, et vous ne lui ressemblez pas.
– Vous avez reçu un sale coup, objecte l’Ermite. Cet homme dit la vérité. Je le connais en tant que Cristal de Lune, et je l’ai vu plusieurs fois.
– Croyez-moi, je ne peux pas oublier l’homme qui m’a brisé le cœur !
Élisa regarde son mari. Pour la première fois, elle peut constater à quel point il est doué pour cacher ses sentiments. Même si c’est quelque chose qu’elle a déjà vécu avant, lorsqu’ils se sont rencontrés sur Dalygaran. Elle n’en avait alors pas la moindre idée. Aujourd’hui, elle sait que les mots de Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or l’ont fort probablement blessé. Et pourtant, il ne montre absolument rien.
– Je vais parler avec elle, dit Élisa.
– Qui êtes-vous ?
– Vent de Printemps sur la Montagne Laurina.
– Vraiment ? Ce nom me dit quelque chose, mais pas votre visage…
– Laissez moi vous aidez à vous lever. On va voir si vous pouvez faire quelques pas…
Élisa tend sa main à Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or.
– Quelqu’un peut-il m’expliquer ce qui se passe ? s’énerve l’Ermite.
– Nous allons en parler ensemble, répond le Commandant en prenant l’Ermite par les épaules, et le conduisant loin des deux autres.

Élisa et Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or
– Si vous vous souvenez du Commandant Cristal de Lune, vous vous souvenez de qui vous êtes maintenant, non ?
– Oui, je dirige l’équipe d’investigation de la base Nord.
– Vous ne faites plus ça maintenant.
– Quoi ? Vraiment ? Je n’ai pas été virée quand même ?
– Bien sûr que non, on ne vous a pas renvoyée. Vous avez eu une promotion.
– Ah bon ? Pourquoi ?
– Parce qu’une place s’est libérée dans la base principale.
– Rien ne pourrait me faire revenir là-bas. Je me sens bien dans le Nord.
– Vous êtes le nouveau Commandant en Chef.
– Quoi ?!
– Et vous avez atteint le niveau 8 dans la salle des penduliers.
– Quoi ?!
– Vous ne vous souvenez vraiment de rien ? L’épidémie ? Ce qu’il est arrivé au Commandant ?
– Si je suis le nouveau Commandant en Chef, ça veut dire… qu’il ne l’est plus. Dites-moi qu’il n’est pas mort…
– Rassurez-vous, il est vivant.
Comme Élisa voit Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or vaciller un peu, elle lui propose :
– Vous devriez vous asseoir pour le moment. Laissez-moi vous aider.
– Merci. Je me sens nauséeuse. C’est comme si ma tête était attaquée par tous mes souvenirs en même temps. Ça fait mal.

Elle s’installe en appuyant son dos contre le tronc d’un arbre et ferme les yeux.
– Vent de Printemps sur la Montagne Laurina, murmure-t-elle, est-ce qu’on se connaît bien ?
– Je ne suis pas Vent de Printemps sur la Montagne Laurina.
– Vous avez dit l’être.
– J’ai dû donner un nom Dalygarien pour l’Ermite.
– Je ne comprends pas.
– Je ne peux pas dire qui je suis vraiment. Vous devez vous souvenir de vous même. Dès que vous vous souviendrez de moi, vous vous souviendrez de tout. Avez-vous une quelconque idée d’où nous nous trouvons.
– Dans la forêt Dalygarienne. Il est vraiment l’Ermite, vous savez, l’homme… ?
– Oui, c’est bien lui.
– Alors on est dans le passé. Je n’ai aucune idée d’où j’ai laissé mon transporteur.
– Vous n’êtes pas venu ici avec un transporteur. Regardez.
Élisa se dématérialise et se rematérialise devant Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or.
– Ah oui, oui, un corps de voyage. Ce n’est plus un projet, c’est une réalité. Je suis dans un corps de voyage ?
– Oh que oui.
Et Cristal de Lune ?
– Aussi.
– C’est pour cela que je ne l’ai pas reconnu. Ce n’est pas son corps…
– C’est tout à fait ça.
Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or semble perdue dans ses pensées pendant un moment. Puis elle demande :
– Vent de Printemps sur la Montagne Laurina… c’est un de mes soldats ?
– Oui, c’est lui qui a donné l’alerte, quand il ne vous a pas vu revenir. Il s’inquiète beaucoup de ce qui a pu vous arriver. On devrait rentrer maintenant. Il faut que j’aille vous chercher un transporteur. Vous ne pouvez pas faire fonctionner ce corps dans votre état.
– C’est bien contrôlé par l’esprit ?
– Oui, mais vous êtes faible. Écoutez donc un peu votre voix. Vous pouvez tout juste chuchoter.
– C’est vrai, je suis très fatiguée.
– Je suis de retour dans une seconde.
– Dans une quoi ?
Élisa disparaît et réapparait pratiquement tout de suite.
– Le vrai Vent de Printemps sur la Montagne Laurina arrive avec un transporteur. Je lui ai donné les coordonnées.
De fait, un transporteur Dalygarien se matérialise juste derrière elles.
– Commandant ! dit Vent de Printemps sur la Montagne Laurina.
Il hésite, puis s’approche et lui tend la main pour qu’elle puisse se mettre debout.
– On… dit Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or, on… est lié…
Et elle l’enlace avec chaleur. Vent de Printemps sur la Montagne Laurina l’entoure timidement de ses bras.
– Madame, nous ne devrions pas faire ça…
– Pourquoi, je ressens le lien…
– Je le ressens aussi. Élisa, vous pouvez nous laisser seuls s’il vous plait ?
– Élisa ?
Élisa est déjà partie, lorsque Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or se retourne.
– Commandant, j’ai… J’ai des sentiments pour vous. Je suis désolé de les avoir laissés sortir de cette manière. Je ne savais pas que c’était partagé… C’est la première fois que nous ressentons le lien. Et je ne veux rien faire que vous puissiez regretter une fois que vous irez mieux. Je ne suis pas certain que vos sentiments persisteront, quand vous vous souviendrez de tout. Repartons à la base. Il vous faut revenir dans votre corps. La limite n’est pas loin d’être atteinte…

Le Commandant et l’Ermite

– Cristal de Lune, vous n’êtes pas l’homme que j’ai rencontré avant. Vous êtes toujours très secret, vous portez de l’attention aux gens, et vous semblez avoir un grand sens des responsabilités. Ça, ça n’a pas changé. Mais il manque quelque chose…
– Comme quoi ?
– Eh bien, c’est difficile à expliquer. Une certaine… spontanéité, je dirais. Pourquoi riez-vous ?
– Vous devez avoir raison. Je manque de spontanéité aujourd’hui…
– Je me souviens de vous comme si c’était hier. Il y a quelque chose qui est différent en vous. La première fois que nous nous sommes rencontrés, j’ai vu votre force intérieure. Quand vous êtes arrivé, vous étiez complètement perdu et affamé, mais vous aviez un objectif, et vous n’auriez jamais abandonné. Vous avez passé du temps avec moi, vous avez été gentil et attentionné. C’est seulement quand vous avez disparu que j’ai senti à quel point cette étoile du matin avait de l’importance immense pour vous. C’est comme si vous aviez tout laissé sortir à ce moment-là. L’homme qui est ici aujourd’hui n’est pas comme ça. Vous ne laissez rien sortir. Est-ce possible de changer autant en un demi Anneau d’Or ? Vous êtes comme quelqu’un d’autre.
– Je suis quelqu’un d’autre, c’est vrai.
– Oh je déteste quand vous faites ça.
– Quand je fais quoi ?
– Quand vous me dites la vérité sans rien expliquer. Je sais que c’est ce que j’ai exigé de vous. Mais chaque fois, ça crée plus de questions que ça ne donne de réponses. Et cette fois-ci, c’est pire. Ça n’a aucun sens. Comment pourriez-vous être quelqu’un d’autre ?
– Je le suis. C’est tout ce que je peux dire.
– Ok, et qu’avez-vous à répondre à ça : quand je dis que vous avez disparu, ce n’était pas une figure de style. Vous avez vraiment disparu. Deux fois, je dirais. La deuxième, c’était trois mois après notre première rencontre. Vous vous êtes comme dématérialisé. Comme un transport… Oh non. La femme. Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or pensait que je n’étais pas réel. Vous, vous pouvez disparaître comme un transporteur. Vous êtes…
– Du futur…
– Dalygarien ou machine ?
– Les deux.
– Un Dalygarien dans une machine ? Cela veut-il dire que ça peut être utilisé par quelqu’un d’autre ?
Le Commandant répond juste par un sourire.
– D’accord. J’ai compris. Ne vous inquiétez pas. J’oublierai ça dès que vous aurez quitté cet espace temps de toute manière. Je suppose que vous ne me direz pas non plus ce que la femme du nom de Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or faisait ici.
– Vous avez tout à fait raison. On va la ramener chez nous et la soigner pour qu’elle retrouve toute sa mémoire.
– Faite moi une faveur. Revenez me voir quand elle ira mieux. Je serai heureux de le savoir.
– Je vous en fais la promesse.
– Je pense que vous êtes un homme de parole… L’autre homme Vent de Printemps sur la Montagne Laurina, vous semblez bien le connaître. Vous êtes capable de vous comprendre sans vous parler.
– Vous êtes très observateur. Nous sommes un tandem, mais pas depuis longtemps. Ensemble, nous sommes très efficaces.
– Chacun d’entre vous est dans l’une de ses machines à voyager, n’est-ce pas ?
Le Commandant soupire un oui.
– Mais Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or ne peut plus voyager par ce moyen dans son état. On va la ramener en transporteur.
– Commandant Cristal de Lune, où êtes-vous, crie Élisa, pas très loin derrière.
– On est ici, répond l’Ermite.
– Il sait, annonce le Commandant.
Très vite, il lève la main pour lui demander de se taire.
– Il sait que nous venons du futur et que nous voyageons à l’intérieur d’une machine. Il sait que je suis quelqu’un de différent de la personne qu’il a rencontré la première fois.
– Et je sais que tous les deux vous êtes très proches.
– Ce sont ses déductions, clarifie le Commandant.
– Eh bien, je ne suis pas surprise, répond Élisa. Vous êtes une légende, ajoute-t-elle rapidement.
– Je ne peux pas croire ça. Vous devez venir d’un futur très lointain pour que mon existence se soit transformée en légende…
– Commandant, le transporteur est arrivé. Nous devrions ramener Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or dans notre temps. Il nous faut partir Monsieur.
– Souvenez-vous de votre promesse, Cristal de Lune.
– Je n’oublierai pas.
– Une promesse ?
– Je devrais lui donner des nouvelles de Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or. Allons la rejoindre maintenant.
Élisa et le Commandant prennent congé de l’Ermite.
Lorsqu’ils arrivent à côté de Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or et de Vent de Printemps sur la Montagne Laurina, le Commandant ordonne :
– Emmenez-la avec vous dans le transporteur et conduisez-la dans notre temps le plus vite possible. Élisa et moi, on vous suit.
– Élisa ? demande l’Ermite qui les surprend tous.
– Vous n’auriez pas dû nous suivre, Monsieur. Au revoir.
Ils se dématérialisent tous du passé pour rejoindre leur propre temps. Dès que le transporteur est matérialisé dans la salle des commandes, Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers arrive avec une pilule d’extraction et un verre d’eau.
– Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or, vous devez prendre cette pilule immédiatement.
Elle obéit, et il la prend par le bras pour la conduire jusqu’à la couchette.
– Allongez-vous, et laissez votre esprit se libérer. Votre corps est juste là.
Et il pointe son menton vers un corps de féminin qui semble endormi.
– Où est le corps de Cristal de Lune ? Je ne le vois pas, remarque-t-elle.
– Il est dans une autre pièce, ne vous inquiétez pas. Allongez-vous s’il vous plait, insiste son Lieutenant resté près du transporteur.
Elle lui renvoie un regard sceptique, mais finit par s’allonger.
Vent de Printemps sur la Montagne Laurina fixe intensément Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or dans son corps de voyage.
– Elle est toujours là-dedans, dit-il.
– Comment pouvez-vous le savoir d’où vous êtes, s’étonne le Commandant.
– Ils sont liés, c’est tout nouveau, précise Élisa. C’est arrivé il y a quelques instants dans le passé.
N’y tenant plus, Vent de Printemps sur la Montagne Laurina s’agenouille près de Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or coincée dans son corps de voyage, et il lui murmure à l’oreille :
– Je vais vous sauver.
Elle ouvre les yeux, et s’assoit.
– Je suis désolée. Je n’ai pas réussi à libérer mon esprit. Il semble que je doive rester dans cette… machine plus longtemps.
Pendant qu’elle est en train de parler, Vent de Printemps sur la Montagne Laurina approche le corps inerte de Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or qui n’a toujours pas récupéré son esprit.
– Il va falloir que je prenne votre place, Madame. Ou votre corps va être perdu pour toujours.
– Je…
– Il l’a déjà fait pour moi et il n’était pas préparé. Cette fois-ci, il l’est, dit Élisa doucement.
Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers installe le goutte à goutte dans le bras de Vent de Printemps sur la Montagne Laurina. Dès que son esprit se libère, il trouve son chemin dans le corps de Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or et vient occuper la place laissée jusqu’ici vacante. Le corps de Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or revient à la vie animé par l’esprit de son Lieutenant. Il se lève, sous sa nouvelle apparence. La vraie Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or prisonnière de son corps de voyage, va s’agenouiller auprès du corps désormais sans esprit de Vent de Printemps sur la Montagne Laurina, et maintenu en attente par le goutte à goutte. Elle lui caresse le front, en murmurant un « merci ». Soudain, le corps de voyage s’affaisse, et le celui de Vent de Printemps sur la Montagne Laurina s’assied brutalement. Tout le monde est surpris.
– Je… pense que nous sommes tous deux dans le mauvais corps, analyse Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or. Ma mémoire est toujours assez brouillée, mais je me sens bien mieux. Je ne suis plus fatiguée. En fait, je me sens vraiment très bien. Et vous Lieutenant ?
– Je… me sens bien aussi. C’est franchement bizarre de me voir assis comme ça devant moi. Enfin je sais, c’est vous, mais c’est mon corps. Qu’est-ce qui s’est passé ?
– Il semble que la pilule d’extraction ait fait effet finalement. Mais il y a eu comme un bug, observe Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers.
– Quand je me suis agenouillée et que j’ai touché sa tête, mon esprit a littéralement été aspiré par son corps. Et c’est tout aussi bizarre pour moi que de me voir debout devant moi…
– Il faut qu’on examine le corps de voyage. Votre perte de mémoire a eu lieu quand vous étiez à l’intérieur. Vous devrez repasser par ce corps pour la retrouver, mais après qu’on ait réparé ce qu’il y a à réparer, annonce Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers.
– Super, je suis un Commandant en Chef, avec une perte de mémoire. Je ne pourrais être opérationnelle qu’après réparation d’une… machine. Donc, soldat, c’est le moment pour un exercice de couverture. Pour les prochains jours, vous allez être moi.
– Pardon Madame ?
– Ne me regardez pas comme ça. Je suis certaine que vous allez prendre soin de mon corps.
– Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or, tu es sûre ?
– Oh que oui, Cristal de Lune. Je suis sûre. Il est temps pour le Lieutenant Vent de Printemps sur la Montagne Laurina de faire ses preuves. Vous avez été jusqu’ici particulièrement attentif à ma façon de faire Lieutenant. Ai-je raison ?
– Oui, j’ai… J’ai…
– Tout va bien se passer. Je vous le promets. Vous et moi, on va parler ensemble. En privé… Hem, Cristal de Lune, je ne sais pas ce que tu attends pour retourner dans ton propre corps. Mais tu devrais y penser…
Ceci étant dit, elle prend son Lieutenant par le bras et sort de la pièce avec lui.
– Devons-nous informer le Haut Commandement de tout ceci ? s’inquiète Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers.
– Tout Premier Rayon de l’Anneau d’Or a parfaitement conscience qu’elle a un problème de mémoire, et elle demande à être remplacée par la personne qui connaît le mieux son travail. Elle est le Commandant en Chef. C’est sa décision. Elle dévoilera la couverture si quelque chose va de travers. Ne t’inquiète pas mon ami. Elle sait ce qu’elle fait. J’en suis sûr. Je la connais bien.
– Je repars dans mon époque maintenant, dit Élisa. À plus tard.
Personne n’a le temps de répondre, qu’elle est déjà partie.
– C’est Élisa, il n’y a aucun doute, s’esclaffe Étoile Scintillant dans l’Immensité de l’Univers. Elle n’attend jamais les réponses. Et elle a emprunté à nouveau un corps masculin…
– Quand je suis tombé amoureux d’elle, elle était dans ce corps, répond le Commandant, se montrant lui-même. Mais je l’ai toujours vu comme une femme. Ce n’est pas que je le savais. Je le sentais.
– Oui, je suis d’accord. Quelle que soit son apparence, elle est toujours la même.
– … impossible, finissent-ils en chœur, et en riant.
– Je dois retourner bientôt chez moi également, mon ami. La pilule d’extraction est toujours dans le même tiroir ?
– Oui.
– Je m’en vais voir mon père un court instant et je rentre. Sur Terre, je suis supposé me reposer afin de récupérer d’une longue nuit éveillée. Il faut que je me montre bientôt. À une prochaine fois.

Annie

3 commentaires

  1. Bonsoir Annie.
    Juste une petite question: tu as écris : « On ne peut y échapper ». C’est volontaire ? Parce que je pense que normalement il faudrait dire « On ne peut pas y échapper » . Je pense que ta formulation est correct dans le langage courant parce que j’ai déjà lu « nul ne saurait y rechaper  » dans un autre texte qui utilise ce style.
    Autre remarque, tu as fait une coquille en écrivant : »elle droit repartir là d’où elle vient, répond Élisa ». Il y a r en trop à doit.
    Sinon, continu sur ta lancer, c’est très bien

  2. Merci Annie pour le lien. C’est très intéressant. Il y a même l’explication de l’exemple que je t’ai donné.

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