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Chapitre 6 – Un nouveau colocataire

Élisa regarde avec satisfaction le tableau qu’elle est sur le point de terminer. Quant au Commandant, il s’est mis dans la tête de faire la cuisine, et elle peut l’entendre se débattre avec les ustensiles. Il lui a dit qu’il voulait lui faire une surprise et avait interdiction de venir voir ce qu’il faisait. C’était le jour de leur retour sur Terre, après le procès des deux Martins.
Quelqu’un frappe à la porte.
– Je vais ouvrir crie Élisa à travers l’appartement.
Elle découvre Sylvestre accompagné d’une jeune femme aux yeux rougis, serrant nerveusement une tablette sous le bras.
– Je l’ai trouvé assise prostrée sur le palier, dit Sylvestre. J’ai juste réussi à comprendre qu’elle vous cherchait David et toi.
– Entre Sylvestre, et vous aussi Mademoiselle…
– Sylvestre, vous êtes Sylvestre ?
– Oui, jeune fille. Vous me connaissez ?
– Juste de nom.
– Vraiment ?
– Je… je ne peux rien dire.
– Ah, s’esclaffe Élisa, il y a une justice. D’habitude, c’est lui qui me dit ça à moi.
– Je voudrais vous parler, à vous deux David.
– Sylvestre va voir en cuisine si Monsieur est disponible. Explique lui situation. J’emmène cette jeune fille au salon.
– Élisa, j’aimerai utiliser l’interphone. J’ai laissé Paul en compagnie de… son passé je pense tout à l’heure et j’aimerai savoir si je peux rentrer maintenant.
– Oh vraiment ? Tu es ici chez toi Sylvestre. Bien sûr que tu peux.
Sylvestre passe par la cuisine pour informer le Commandant, qui semble assez contrarié de devoir s’interrompre, puis s’en va à l’interphone près de la porte commune.
– Paul, c’est Sylvestre. Je suis chez nos voisins, et j’aimerai savoir si je peux rentrer chez nous.
Sylvestre attend un moment. N’obtenant pas de réponse il s’apprête à réitérer sa demande, quand la voix de Paul se fait enfin entendre.
– Sylvestre ? Tu aurais pu te contenter de venir frapper à notre porte.
– Allons nous discuter de ce que j’aurai pu faire, ou tu vas m’ouvrir cette porte sans plus attendre ?
– J’ai déjà débloqué la porte gros bêta.
– Je serai assez heureux que tu cesses de m’appeler ainsi.
– Désolé, j’ai une réputation d’imbuvable à tenir moi, « frèrot« .
Et Paul coupe l’interphone. Sylvestre passe la porte en soupirant.

Pendant ce temps-là, au salon, le Commandant a rejoint les deux jeunes femmes.
Elles sont assises face à face, et comme à son habitude, le Commandant vient s’asseoir à coté d’Élisa.
– Vous voulez bien nous dire qui vous êtes maintenant que nous sommes tous les deux là.
– Où est passé Sylvestre ?
– Il est rentré chez lui très probablement maintenant, répond le Commandant.
– Oh. Hem. David, Élisa, ça me fait drôle de vous voir si jeunes. Je suis Lucia.
– Lucia ? répète Élisa intriguée.
– La fille de Christophe.
– Le fille de Christophe… répète à nouveau Élisa dans un murmure.
– Je… Je me suis enfuie.
– Quoi ? disent en chœur Élisa et le Commandant
– Je ne veux plus vivre sur Frigellya. Je ne me sens pas chez moi là-bas. Je veux revenir sur Terre… Je ne veux pas être transformée…
– Que voulez-vous dire ?
– Élisa, on se tutoie d’ordinaire… David aussi…
– Soit, que veux-tu dire ?
– J’ai bientôt 40 ans…
– Tu plaisantes l’interrompt Élisa.
– 40 ans Frigellyens. Par rapport à la durée de vie Frigellyenne, je suis au quart de mon existence. Ici, je serais physiologiquement dans la tranche des 20-25 ans.
– J’ai du mal à saisir, s’excuse Élisa.
– Si j’arrête mon traitement, j’aurai l’espérance de vie sur Terre d’une personne de 20-25 ans.
– Oh.
– Je… Je me suis disputée avec Père. Le jour de mes 40 ans, je devrais prendre une décision que je suis seule à pouvoir prendre. La Haute Court Frigellyenne a estimé que c’était l’âge que je devais atteindre pour pouvoir la prendre en pleine conscience. Jusqu’ici, les traitements que j’ai suivis n’ont fait que synchroniser ma croissance et ma physiologie sur celle des Frigellyens. A 40 ans, je devrais choisir si je veux être définitivement transformée. Je… pourrais avoir des enfants Frigellyens. Je n’aurai plus rien d’humain. Et ça, je ne le veux pas. J’ai eu… jusqu’ici, une vie dorée au Palais. J’ai reçu beaucoup d’amour…
Elle prend une grande respiration, et continue :
– Grand-mère a pleuré quand je lui ai confié que je ne voulais pas être transformée et que je projetais de revenir sur Terre. J’ai du lui promettre de venir vivre auprès de vous, à votre époque pour la calmer. Elle a confiance en vous. Si elle vous sait près de moi, elle pourra partir en paix. Grand-père s’en est allé il y a 2 ans, et depuis, sa santé à elle n’a cessé de se dégrader…
– Et tu veux vivre ici, à notre époque ?
– Oui, Élisa, toi et moi on a à peu près le même âge ici, c’est ce que grand-mère voulait…
– Lucia, tu dois prévenir ton Père. Il va être fou d’inquiétude s’il se rend compte que tu as disparu.
– Oh David, j’étais certaine que tu dirais ça. Je compte sur vous deux. Je sais que vous avez à votre disposition un communicateur inter-temporel. Je veux bien parler à Père, mais d’ici.
– Ce n’est pas nous qui l’avons. Il est à coté, enfin, j’espère qu’ils en ont un deuxième. Il y en a un qui est resté sur Dalygaran, et je ne pense pas qu’ils l’aient déjà récupéré précise Élisa, qui continue :
– Au fait, que faisais-tu sur le palier tout à l’heure ?
– J’ai… J’ai emprunté une tablette à Mira pour venir jusqu’ici en transporteur. On ne le voit pas sur le palier, mais il est là. J’ai appuyé sur la ligne correspondant à votre domicile. Je ne pensais pas atterrir dans le couloir. Je ne savais pas quelle porte était la votre. J’étais perdue et triste, jusqu’à ce que… Sylvestre arrive. Il a été très gentil avec moi.
– On va devoir passer par la cuisine, dit-elle à l’attention du Commandant. Pour le communicateur, précise-t-elle à l’attention de Lucia cette fois-ci.
– J’avais à peine commencé. J’ai rangé les ingrédients en vitesse. La surprise sera pour une prochaine fois.
– J’ai interrompu quelque chose ?
– Une des premières aventures culinaires de notre Dalygarien sur Terre, répond Élisa d’un ton sarcastique.
– Ça aurait pu être très bon, rétorque le Commandant faussement vexé.
– Il a réussi à louper des pâtes…
– J’ai manqué d’informations pertinentes…
– Je vous reconnais bien là tous les deux, dit Lucia en riant.
– Vraiment ? fait Élisa
– Oui, votre façon de vous taquiner l’un, l’autre tout le temps. Les Frigellyens sont beaucoup moins marrant…
– Vraiment ? fait le Commandant.
– Croyez-en mon expérience.
– Allons à l’interphone, demander si on peut avoir le communicateur.

Le groupe traverse la cuisine et s’en va jusqu’à la porte de communication. Élisa active l’interphone.
– Allo, ya quelqu’un, demande-t-elle sur un ton enjoué.
La réponse comme d’habitude se fait un peu attendre. Au bout d’un moment la voix de Paul se fait entendre :
– On est là.
– On aurait besoin d’un communicateur inter-temporel, vous l’avez récupéré ?
– Il y en a un encore dans les cartons. Si vous en avez besoin, il faudra venir fouiner vous-même…
– On est trois, on peut venir ?
– Nous sommes trois aussi. Nous vous attendons.
De l’autre coté de la porte, Paul dit à Nelly :
– Tu vas les voir. N’oublie pas les règles du temps. Aucune allusion à Mira et Raymond Deux-Seigneurs.
– Pour qui tu me prends, répond Nelly légèrement vexée.
– Il est toujours comme ça, souligne Sylvestre.
Paul n’a pas le temps de répondre que le trio composé par Élisa, Lucia et le Commandant franchit la porte.
– Hey, ma charmante inconnue a l’air en meilleure forme, se réjouit Sylvestre.
– Il s’agit de Lucia. La fille de Christophe.
– Christophe ? Celui de …
– Celui-là même coupe le Commandant.
– Vous pouvez parler devant-elle, dit Paul. C’est Nelly. Elle est une Epsilon comme nous. Enfin plus tout à fait comme nous.
– Ils ont trouvé un moyen de nous transformer en véritable humain, explique Sylvestre, non sans un certain enthousiasme.
– Lucia a un différent familial à régler et compte sur le communicateur spatio-temporel pour l’y aider. Elle nous demande d’intervenir en sa faveur, précise Élisa.
– Vous n’êtes pas censé prendre partie, souligne Paul…
– Nous ne prendrons pas partie, précise le Commandant.
– Non, nous ferons juste une promesse. Lucia, ton père et toi ne pouvez vous quitter fâchés. Tu dois lui parler en tête à tête d’abord. Tu es d’accord ?
– Je… Je ne sais pas…
– Lucia, vous devriez suivre le conseil d’Élisa, renchérit Sylvestre. Récemment, j’ai appris que la meilleure façon de dissiper les malentendus est d’accepter d’écouter l’autre. Si vous le faites pour lui, il le fera pour vous. Votre père vous aime, tout ceux qui le connaissent ici peuvent l’attester.
– Vous ne savez même pas de quoi il s’agit !
– Oh, il s’agit d’amour, j’en suis certain, lui répond-il doucement.
– Je… Vous avez raison, il s’agit d’amour… Je… Je vais lui parler seule en premier.
– Il faut trouver le communicateur d’abord, rappelle Sylvestre. Allez donc boire un verre tous. Je vais le trouver. Je crois me souvenir dans quel type de carton il a été rangé. Ne restez donc pas planté là. Tous au salon. Allez, allez, du vent. j’arrive bientôt.
– Tu ne veux vraiment pas un coup de main ? demande Élisa, alors que les autres sont déjà partis.
– Non, répond-il en souriant. Je t’assure que je ne vais pas être long. Allez va rejoindre les autres.
– D’accord.
Paul a à peine le temps de servir un verre à chacun que Sylvestre, comme il l’avait promis est déjà là.
– Je l’ai dit-il triomphant. Vous savez à quelles coordonnées appeler ?
– Oui, quelqu’un dans cette pièce m’a déjà montré le fonctionnement… mais pas aujourd’hui, précise-t-elle.
– Oh je vois. Je vous laisse donc l’appareil. Venez, je vous conduis dans un endroit calme, que vous puissiez parler librement.
Et Sylvestre conduit Lucia à travers l’appartement.
– Ma chambre, annonce-t-il, en ouvrant la porte. Vous ne serez pas dérangée ici. Vous pouvez poser le communicateur sur la petite table du fond. Rejoignez nous dès que vous aurez terminé.
– Je viendrai chercher Élisa et David.
– Nous vous attendons, dit-il, puis il referme la porte derrière lui.
Sylvestre n’est pas de retour au salon depuis plus de cinq minutes, que Lucia revient, et dit ave beaucoup d’émotion dans la voix :
– Il arrive. Il vient sur Terre. J’espère ne pas m’être trompée dans la date et l’heure. J’ai l’ai noté d’après le petit agenda lumineux au mur.
– Il est à la date et l’heure exactes, la rassure Sylvestre.

Il a à peine prononcé ces mots, qu’on frappe à la porte.
Paul s’en va ouvrir.
– Christophe, vous êtes arrivé sur le palier ?
– Oui, Reymo m’a expliqué à quelle porte je devais frapper.
Paul se dit que Mira a du le prendre au mot, et qu’elle et Reymo avait du finir par venir leur rendre visite en frappant à la porte… comme tout le monde.
– Papa !
Lucia vient se jeter dans les bras de son père.
– Cela fait bien longtemps que tu ne m’as pas appelé comme ça, dit Christophe une touche d’émotion dans la voix, serrant sa fille dans ses bras.
Puis Christophe regarde les autres personnages autour de lui.
– Vous êtes tous si jeunes…
– Christophe, je ne sais pas si vous connaissez Nelly…, commence Paul.
– Le futur ne s’écroulera pas si je vous dis qu’effectivement, je la connais. Mais je ne vous en dirait pas plus…
– J’ai cru comprendre que vous avez à vous parler vous deux, dit Sylvestre à Christophe et Lucia. Allez donc là où je vous ai conduit tout à l’heure, Lucia. Vous y serez tranquille.
Et Lucia part à travers l’appartement avec son père.
– Eh bien quelle histoire, fait Élisa. On va avoir une vie vraiment très compliquée. On va devoir cacher ces moments toute notre vie à Christophe et Lucia. Dans 40 ans Frigellyens, nous on sera très vieux…
– Effectivement, dit le Commandant. Mais nous sommes des voyageurs du temps. C’est notre type de vie qui veut ça. On fera avec, répond-il en souriant.
– Il n’y a pas de doute, c’est lui, murmure Nelly à l’oreille de Paul qui reste impassible.
– Alors comme ça, vous avez trouvé comment transformer les presqu’humains pour qu’il soient complets, demande de but en blanc Élisa à Nelly.
– Oui, j’ai proposé à Sylvestre et Paul de venir subir l’opération, mais ils ne peuvent pas changer d’époque pour revenir dans notre monde à ce qu’ils m’ont dit. Ils souhaitent respecter la sentence qui leur impose de rester au XXVe siècle sur Terre.
– S’ils veulent cette opération, on trouvera un moyen, répond avec assurance Élisa.
– Élisa, c’est gentil de dire ça, mais on ne pourra pas transférer une unité médicale du futur ici, répond Sylvestre.
– Il faut donc qu’on trouve un espace qui soit à la fois, Terrien et au XXVe siècle pouvant accueillir une unité médicale du futur. Vous avez déjà entendu parlé des nations unies ?
Sur Terre c’est un territoire international qui appartient à tous les pays signataires. L’idée me paraît être une piste intéressante. Y-a-t-il par exemple une loi qui interdit qu’un territoire Terrien soit ailleurs que sur la Terre ? Après la seconde condition c’est le temps… Sylvestre et toi avez travaillé beaucoup avec les juristes Frigellyens et Dalygariens ces derniers temps. Soumettez-leur la question. Et vous verrez, ils trouveront bien une solution.
– Vous ne perdez rien à essayer, dit Nelly.
– C’est une idée, murmure Paul songeur.
– Élisa, tu es brillante, ajoute Sylvestre.

La soirée se poursuit autour d’une conversation détendue entre les protagonistes. Lorsque Christophe et Lucia reviennent, tout le monde est souriant, tout comme le père et la fille. Christophe prend la parole :
– David, Élisa, je vous confie ma fille. Elle m’a rappelé d’où je venais et comment j’avais vécu de n’être pas à ma place – même si à l’époque je ne le savais pas encore. Je sais que Lucia appartient à ce monde et je sais qu’elle ne sera pas seule, si je la laisse ici. J’aurai une seule autre requête : on aimerait pouvoir utiliser le communicateur spatio-temporel de temps à autres. Ma fille a choisi de vivre une vie bien courte, et je veux être là pour elle, chaque fois qu’elle en aura besoin. Même à distance…
– Vous n’en avez qu’un ? demande Nelly à Paul.
– Oui, c’est le dernier qui nous reste, lui répond-il.
– Je m’arrangerai pour en amener un autre.
– Je vous remercie, dit Christophe.
– Christophe, dit Paul, nous aurions besoin des lumières de vos juristes….
– Oh ne m’en voulez pas Paul si je vous interrompt. Je sais ce que vous allez me demander. Tout ceci est déjà arrivé de mon point de vue. On a fini par trouver une solution pour votre mariage qui convient également à l’organisation de votre opération à tous les deux.
– Ouah, siffle Élisa.
– Qui va se marier, vous deux ? demande Nelly à Élisa et au Commandant.
– Oui, répond Élisa.
– Permettez que je vous interromps. Je suis intéressé par ce que Christophe a à nous dire à propos de l’astuce juridique… dit Paul.
– Vous n’êtes pas sans savoir que la Reine voulait, hem, enfin veut – vous n’êtes pas encore mariés –  que le mariage ait lieu a château. Il est évident que ça ne peut se faire sans Sylvestre et Paul. Frigellya se prépare à céder à Dalygaran et à la Terre, une partie de son territoire, à l’intérieur du Palais. Le territoire appartiendra aux deux planètes en remerciement des services rendus par les deux-là.
Christophe désigne Élisa et le Commandant, puis continue :
– Le temps qui prévaut sur ce type territoire est celui des propriétaires, à partir du moment de la donation. Et ce territoire est offert à la Terre du XXVe siècle ainsi qu’au Dalygaran de la même époque. Il est normal que l’espace-temps des deux personnages étant à l’origine de cette donation ait été choisi. Je pense que vu la date, je vais vous annoncer ça dans très peu de temps. Et à ce propos, j’admire votre sang-froid à tous les deux. Je n’ai jamais soupçonné que vous le saviez déjà.
– Vu l’âge que vous semblez avoir Christophe, il y a des tas de choses que vous savez à notre propos et que nous ne savons pas, rétorque le Commandant. Ce n’est une situation facile pour personne. Vous vous en sortez très bien.
– Au fil du temps, j’ai appris à vivre avec ces méli-mélo temporels, répond Christophe. Mais je ne suis pas encore parti. J’espère qu’il ne va rien m’échapper d’ici là. Je peux vous dire, sans mettre le futur en danger, que l’espace qui vous est alloué au Palais est suffisamment grand pour recevoir l’unité médicale que vous voudrez. Et comme je sais quel point c’est important pour vous, je vais vous dire une dernière chose : Sylvestre, Paul, vous allez devenir humain.
– Ouah, siffle à nouveau Élisa.
Les deux Martins restent silencieux, comme assommés. Puis soudain Sylvestre dit :
– Je… Je ne me sens pas bien, et il s’enfuit de la pièce la main sur la bouche, suivi par Élisa.
– Je ne me sens pas bien non plus, avoue Paul.
– Je viens juste de vous annoncer un grand changement dans votre vie. Je n’ai pas été très délicat avec vous. Ça doit être un véritable choc. Je suis désolé. J’ai pensé que vous deviez le savoir maintenant, sachant à quel point vous y tenez.
– Il n’y a pas de soucis Christophe. Vous avez fait le bon choix. C’est juste si… si…
– Inattendu, hein ? dit Nelly.
– Et vraiment flippant, rajoute Paul. Le rêve de toute une vie. Est-ce que quelqu’un peut imaginer ce que ça représente pour nous ?
– Un soulagement ? suggère Lucia.
– Une nouvelle naissance, précise Nelly. Après cette opération vous allez être d’autres personnes. Paul, ça vaut vraiment le coup.
– Je sais.
Sylvestre revient, accompagné d’Élisa.
– Je vais mieux, dit-il.
– Assied-toi, lui propose Élisa.
Tout le monde regarde Sylvestre. Il s’assoit, redresse la tête et dit :
– Paul, quand tu m’as dit ce matin que nous commencions une nouvelle vie, je n’avais pas envisagé qu’elle puisse prendre cette tournure… Je suis tellement heureux. Et je suis… terrorisé aussi. Du jour au lendemain, on va pouvoir avoir des sensations qu’on n’a jamais eues…
– Je… ne pensais pas que je vivrais ce moment un jour. Je m’étais fait à l’idée de vivre une vie entière de presque-humain. J’espère que grand nombre d’entre nous pourrons subir cette opération, et que les choses vont changer dans notre monde. Je… suis aussi terrorisé que toi Sylvestre. Pour la première fois de toute ma vie, je meurs littéralement de trouille.
– Paul, Sylvestre, être humain n’est pas toujours facile, mais désormais, vous serez libre d’aimer ou pas. Ce sera votre choix, dit Élisa. C’est sans prix.
– Crois bien que nous le savons, répond Paul. Ça reste cependant pour nous un immense saut dans l’inconnu.
– On sera là pour vous soutenir.
– Je n’en doute pas Élisa. Je n’en doute pas.
Le silence s’installe un moment. L’émotion des deux futurs ex-presque-humains est palpable. Christophe finit par dire :
– Bien je vais vous laisser. Lucia, tu me contactes aussi souvent que tu le souhaites, d’accord ?
– D’accord papa.
– Au revoir les amis.
Chacun salue Christophe à sa manière et celui-ci s’en va.
– Bien, Sylvestre, Paul, nous devons créer un passé à cette jeune-fille, et une identité, si elle reste avec nous dans notre siècle.
– On va s’occuper de cela Élisa. Mais laissons-là prendre d’abord ses marques. On en rediscutera dans quelques jours, intervient Paul.
– Écoutez, moi aussi je vais vous laisser dit Nelly. Je reviendrai bientôt, Paul. On reste en contact. Je te promets que je ne disparaitrai pas cette fois-ci. Mais il faut que j’y aille. Mon transporteur est caché dans les sous-sols. Il y est déjà resté assez longtemps comme ça.
Nelly embrasse Paul rapidement sur la joue, salue les autres d’un geste de la main, et s’en va.
– Quant à nous, nous allons repasser en face.
– Lucia, si vous voulez, je vous offre ma chambre, propose Sylvestre. J’ai un canapé dans mon atelier, là où je peins. Il m’arrive déjà de m’y endormir parfois, alors ce ne sera pas un grand dérangement pour moi. Voilà, si personne n’y voit d’inconvénient, ma chambre peut être à vous. Je sais bien que Christophe vous a confié sa fille, dit il à Élisa et au Commandant, mais nous laisserons la porte mitoyenne ouverte, elle n’aura qu’à venir ici pour dormir uniquement. Le couloir conduit directement à la chambre, elle ne dérangera personne ici. Qu’en dis-tu Paul ?
– Oui, c’est vrai, de chez vous à la chambre, on ne passe que par le corridor.
– J’envisageai de l’installer pour la nuit sur le canapé du salon, mais si Sylvestre veut céder sa chambre, alors faisons comme ça, annonce Élisa. Tu es d’accord David ?
– Bien sûr. Elle sera mieux dans une chambre que sur notre canapé. Tu crois qu’on a assez de ces trucs qui s’appellent « pizzas » chez nous pour qu’on puisse tous manger ensemble ce soir ?
– Oh non, David, on ne va pas manger de pizzas ce soir. De Frigellya, on a ramené quelques plats offerts par la Reine et le Roi. Il n’y a qu’à réchauffer, annonce Sylvestre.
– Vous connaissez la Reine, on en a pour la semaine, renchéri Paul. Et nous avons de toute manière la consigne de partager avec vous.
– Bien, désolée Lucia, mais ce soir, on mange encore Frigellyen. Pour la nourriture terrestre, il faudra attendre.
– J’ai toute la vie devant moi.

Annie

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