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Chapitre 8 – Le destin de Rose

Rose et Nori

Rose sourit à Nori. Il met sa main sur son ventre rond.
– C’est une fille, lui dit-elle.
– C’est vrai ? On va avoir une fille ?
– Oui Nori. C’est sûr à 100 %. J’ai demandé une analyse. J’ai voulu savoir finalement.
– Je suis impatient de la voir.
– Il te faudra attendre pourtant, répond Rose en riant.
– On ne lui a pas trouvé de nom, et il ne reste plus que deux mois. J’ai beau être sur Terre depuis deux ans maintenant, je ne suis toujours pas familier avec vos noms.
– Ne t’en fais pas. On le trouvera ensemble.

Rose et Mélanie
– Maman, dis-moi pourquoi papa a voulu devenir humain. Ça l’a tué…
– On en a déjà parlé. Il voulait vieillir comme moi, et qu’on ait une chance d’avoir des enfants. S’il n’avait pas fait ça, tu n’existerais pas.
– Je n’ai que vingt-cinq ans et je n’ai déjà plus de père.
– Il t’aimait tellement. Ton père avait déjà vécu une longue vie avant de devenir humain. Il était plus près des deux cents ans que de ses officiels soixante-cinq. Tu le sais.
– Et pourquoi tu n’as pas plutôt choisi de devenir Frigellyenne ?
– Je te l’ai dit des centaines de fois : je ne pouvais pas devenir Frigellyenne et continuer à vivre sur Terre à mon époque. J’aurais dû aller vivre sur Frigellya. Mes amis, ma famille, tous ces gens que j’aime et qui n’ont aucune idée de l’univers tel que nous le connaissons toutes les deux, ils auraient été si tristes si j’avais disparu. Nori n’avait quasiment plus de famille sur Frigellya et contrairement à mes amis, il pouvait tout raconter aux siens. Il venait d’un monde Delta. C’est ça la différence. Tu n’aurais même pas connu tes grands-parents si on avait vécu sur Frigellya. Les parents de Nori eux étaient déjà morts…
Rose regarde le ventre arrondi de sa fille.
– Il me manque tellement, murmure celle-ci.
– Il me manque terriblement aussi, Mélie.
Mélanie sourit au surnom que lui avait trouvé son père.
– Tout le monde sur Terre m’appelle Mel.
– Ton père n’était pas à l’aise avec les noms terriens. Celui-ci lui est venu naturellement. Tu seras notre Mélie pour toujours.
Rose et sa fille s’étreignent.
– Maman, je dois y aller. Hayden doit m’attendre.
– Embrasse-le pour moi.
– Bien sûr. Au revoir maman.

Le plateau des Pins
Rose est toute seule sur un banc et regarde les étoiles. Elle se sent si vide. Elle est perdue dans ses pensées, quand quelqu’un arrive et s’assoit à côté d’elle.
– Bonjour Rose.
– Ben ?
Sans attendre la moindre réponse, elle le serre chaleureusement dans ses bras.
– Je pensais ne jamais te revoir.
Puis mettant une main sur sa joue, elle ajoute :
– Tu as vieilli, comme moi.
– J’ai 45 ans.
– Oui, toujours un peu plus jeune que moi. Qu’est-ce tu fabriques ici ?
– Je viens régulièrement depuis que ton mari est mort. J’espérais secrètement t’y voir un jour.
– Tu savais que j’avais un mari…
– Et une fille. J’ai gardé un œil sur toi, Rose, pendant toutes ces années.
– Que veux-tu dire ?
– Je ne voulais qu’une seule chose, ton bonheur. Et tu semblais heureuse avec cet homme.
– Je l’étais.
– Je ne t’ai jamais oubliée Rose Taylor. Mon fils sait comment faire les meilleurs cookies au chocolat de tout l’univers.
– Tu as un fils ?
– Oui. Quand je l’ai appris, il avait déjà 10 ans. Je… J’ai rencontré une femme, une ancienne presque-humaine, juste après avoir été transformé. J’étais jeune et…
– Tu n’as pas besoin de te justifier, Ben, l’interrompt Rose, en souriant.
Elle se tait un instant, mais finit par reprendre :
– Quand tu a disparu après ta fausse mort, je venais ici régulièrement. J’y ai amené quelques amis, et je leur ai montré toutes les étoiles que tu m’avais apprises. J’avais tellement peur de les oublier. Ma fille en sait autant que moi aujourd’hui. C’est son père qui l’emmenait ici. Et c’est moi qui lui avais tout appris à lui auparavant.
Bénédict sourit.
– J’ai toujours ton dragon en papier, caché dans une boite que je suis la seule à pouvoir ouvrir — un cadeau de Sylvestre.
– C’est un chic type.
– Je sais… David m’a donné de tes nouvelles de temps à autre. Ce que tu as fait pour les tiens avec lui et Élisa, c’est admirable…
– J’ai eu une vie très remplie quand j’étais à la recherche des autres presque-humains. En fait, j’ai dédié ma vie à rassembler les miens, jusqu’à ce que je fasse la connaissance de mon fils. Il a changé ma façon de voir la vie. C’est un adulte aujourd’hui. J’ai dû le laisser voler de ses propres ailes. Je… Je me sens si perdu maintenant.
– C’est pareil pour moi. Ma fille va accoucher dans 4 mois…
– Rose…
– Ben ?
– Je dois t’avouer quelque chose… Quand j’ai été transformé, mes premiers sentiments ont été pour toi. Je pense que tout le temps que nous avions passé ensemble à construire nos souvenirs avait réveillé quelque chose en moi. Paul m’avait dit que je reconnaitrais le désir, si je l’éprouvais, même en tant que presque-humain. Je n’en étais pas sûr alors, mais j’aimais de plus en plus être avec toi.
– Pourquoi ne m’as-tu rien dit ?
– Je devais partir. Je voulais aider mon peuple. C’était très important pour moi. Et quand j’ai réalisé à quel point tu me manquais, tu fréquentais déjà Nori. Je ne pouvais pas t’offrir le genre de vie qu’il t’a offert de toute manière. Je n’aurai pas été souvent là. Nori, c’était le bon choix pour toi. Il t’a rendue heureuse.
– Mais toi, tu ne l’étais pas…
– J’étais occupé. Très occupé.
– Et maintenant ?
– Maintenant ?
– Qu’est-ce que tu projettes de faire ?
– Un break…
– Je veux que tu reviennes…
– Tu en es sûre ?
Comme seule réponse, Rose pose sa tête sur l’épaule de Bénédict. Après quelques hésitations, il passe son bras autour de sa taille.
– Ben, je t’interdis de mourir à nouveau, murmure-t-elle.
– Je ne suis pas pressé, lui répond-il en souriant à la mémoire de ce drôle de jour. Rose, tu trembles…
– J’ai froid.
– Tu ferais mieux de rentrer chez toi.
– Tu ne veux pas venir avec moi ?
– Oh Rose, j’adorerais. Mais pas aujourd’hui. Pas maintenant. Tu es en deuil. Je ne veux pas…
Rose l’interrompt d’un baiser.
– J’en ai envie depuis si longtemps, chuchote-t-elle. Je ne t’ai jamais oublié.
– Rose, je croyais que tu étais heureuse avec…
– Ne te méprends pas, j’ai eu une vie merveilleuse avec un mari aimant. Mais quand tu étais un presque-humain, je n’ai jamais osé t’embrasser. Tu n’aurais rien ressenti. C’était si frustrant. Bref, considère que je viens de me débarrasser d’une vieille démangeaison, dit-elle en rougissant légèrement. Je suis heureuse qu’on se soit rencontré aujourd’hui. Viens chez moi. On a tant de choses à se raconter, tu ne crois pas ?
– Si, tu as raison.
Elle commence à marcher, mais Bénédict reste près du banc. Elle se retourne.
– Tu attends quoi ?
Tout en disant ces mots, elle revient sur ses pas et s’arrête juste devant lui. Il la regarde intensément.
– Avant que tu ne me reçoives chez toi, il y a quelque chose que tu dois savoir.
Rose le regarde et attend qu’il s’exprime. Il l’embrasse et murmure :
– Rose Taylor, je suis fou amoureux de toi.
Chambre d’Élisa et David
Élisa et le Commandant s’assoient tous deux subitement dans leur lit.
– Je pense qu’on… euh, que je l’ai refait, dit Élisa. L’inhibiteur de voyage est pourtant là, ajoute-t-elle, désignant son poignet.
– Tu as fait un rêve ?
– J’ai voyagé dans le temps, j’en suis certaine. J’ai vu la vie de Rose. J’étais si inquiète à son sujet. Son histoire avec Bénédict. Et sa vie avec Nori…
– J’ai aussi rêvé de Rose. Elle avait une fille nommée…
– Mélanie.
– Nori est mort quand Rose avait dans les…
– 50 ans.
– Bénédict a toujours…
– Aimé Rose.
– Et ils se sont…
– Embrassés.
– Même rêve.
– Pas un rêve, David. Tu peux me croire.
– Comment est-ce possible ?
– On a dû en quelque sorte voyager en duo, je présume. Tu m’as certainement suivie.
– J’étais inquiet à ton sujet. Tu te sens prisonnière de ton corps. Et il te reste tant de mois avant l’accouchement.
– Ça va aller David.
– Oh Élisa, je ressens une frustration énorme chez toi. Et n’étais-tu pas censée ne plus voyager avec cette montre autour du poignet ?
– C’est peut-être cassé ?
– C’est de la technologie Frigellyenne, ça ne casse pas si facilement…
– On demandera à nos amis. Ils nous diront s’il y a quelque chose qui ne va pas.

Élisa, David et Reymo — Frigellya
– Tu dis que tu as voyagé malgré l’inhibiteur ?
– J’en suis certaine.
– Et je l’ai suivie.
– Toi aussi tu as voyagé sans prendre une pilule ?
– On a les mêmes gènes Frigellyens…
– Je sais David, mais aucun de vous deux n’est vraiment un Frigellyen. Vous êtes quelque chose d’autre. Ce dispositif est très ancien. Il date de bien avant que les Frigellyens décident de ne plus voyager par l’esprit. Il est adapté à notre espèce et comme il avait déjà fonctionné sur toi David, j’ai pensé qu’il était suffisant. Apparemment non. Il semble que vos esprits soient plus forts et peuvent surmonter l’effet de l’inhibiteur. Il va falloir procéder à une mise à jour.
– Tu penses que c’est faisable ? demande Élisa avec anxiété.
– J’ai quelqu’un en tête qui adore jouer avec les objets anciens… C’est un vrai génie lorsqu’il s’agit de décrypter comment fonctionnent les choses… même quand c’est une première fois et qu’il découvre une technologie, il comprend rapidement les mécanismes en jeu.
– Ah, vous avez un Sylvestre ici aussi, plaisante Élisa.
Reymo sourit.
– Ce génie, je peux le contacter. On se retrouve à notre abri. Allez-y en premier, et on vous rejoint.
Quand Élisa et le Commandant se matérialisent dans l’abri, une surprise énorme les attend.
– Sylvestre ?
– Oui, Élisa, c’est moi. J’ai triché un peu avec les coordonnées de temps que m’a fourni Reymo. Je voulais voir vos têtes. C’est sans prix !
– Tu n’es pas censé être ici…
– Je sais. Mais aussi longtemps que personne au Bout du Temps ne l’apprend… La Terre du XXVe siècle est bien trop ennuyeuse. Depuis que j’ai quitté cette planète après le procès, je reviens régulièrement, pour bricoler sur des appareils un peu plus évolués…
Reymo se matérialise à son tour.
– Ah, tu es déjà là.
– Je n’ai pas pu attendre…
– Eh bien, nous sommes quatre à savoir maintenant.
– Toi, Mira, et nous deux… énumère Élisa.
– Exactement, confirme Reymo.
– Alors, c’est quoi le problème ?
– Il faut adapter l’inhibiteur de voyage. David et moi, on s’est baladé cette nuit. Enfin, nos esprits.
– Tous les deux ?
– Oui.
– Oh… Inattendu…
– Je suis de plus en plus humain, dit le Commandant.
– David, je sais que c’est ce que dit le révélateur. Mais tu restes un Dalygarien. Si tu éprouves de plus en plus d’émotions humaines, tu ne les laisses pas te dicter ta conduite, il me semble, objecte Sylvestre. Tu as peut-être été un peu perdu au début. Les changements ne sont doute pas facile à appréhender. Mais là, je pense qu’il y a autre chose…
– Il y a autre chose ? l’interroge Élisa.
Le Commandant lève ses sourcils comme il le fait chaque fois qu’il est surpris ou embarrassé. Élisa se demande si présentement, ce n’est pas les deux.
– Bien, vous n’avez pas vraiment besoin de moi ici, annonce Reymo. J’y vais.
– Tu peux rester, dit le Commandant.
– Je suis désolé les amis, mais j’ai des soucis avec Mira en ce moment. On s’est… disputé, et…
– Nous comprenons, coupe Élisa. On se reverra avant notre départ.
Reymo acquiesce et se dématérialise.
– Alors, Commandant Cristal de Lune, dites-moi, que vous arrive-t-il ? le taquine Élisa.
Le Commandant ne répond pas. Il semble chercher ses mots.
– Oh, quelque chose de très personnel, je suppose, s’alarme Sylvestre. Je peux m’en aller si…
– Non, non, l’interrompt le Commandant. Tu as peut-être la solution à mon problème. C’est quelque chose de Dalygarien qui me manque. Tout spécialement depuis la grossesse d’Élisa.
– Ah ? interroge Élisa.
– C’est le ronr.. C’est le ronronnement…
– Non ?
– Si ! Élisa, les hommes Dalygariens sont impliqués dans l’accouchement de leur compagne au travers d’une relation étroite qu’ils forgent grâce au ronronnement. Quand une Dalygarienne donne la vie, l’homme est derrière elle et l’enlace. Il soutient sa partenaire avec ses ronronnements, et ça facilite l’accouchement. Pendant toute la grossesse, le couple Dalygarien répète ce moment, de telle manière que la relation devient si forte, que la femme ne ressent aucune douleur le jour de la naissance du bébé. Et nous on ne peut pas ronronner. Tu peux résoudre ça Sylvestre ?
– Je suis l’homme de la situation. Je vais travailler dessus.
– David, tu ne m’as jamais dit…
– Je pensais qu’on devait le faire à la Terrienne. Mais on n’est pas des Terriens ordinaires. Ça te dirait d’essayer l’accouchement à la Dalygarienne ?
– Oh David, j’adorerai. Tu sais que ça me manque aussi, le ronronnement.
– Je serais très heureux de vous aider sur un sujet comme celui-là. Eh bien, on dirait que j’ai du boulot. Il faudra venir pour les tests. Je vous appellerai. Ça ne prendra que quelques minutes à chaque fois. Du coup, sur Terre, ils ne remarqueront rien. Vous avez pris l’inhibiteur avec vous ?
– Oui, le voici, dit Élisa, tendant la montre à Sylvestre. On se revoit plus tard. On s’en va au Château pour saluer Reymo avant de repartir.
– À plus.
Lorsqu’ils se rematérialisent au Château, ils vont directement rendre visite à leur ami et le découvre affolé.
– Je ne l’ai pas retrouvé, leur dit-il. Mira, elle a disparu.

Annie

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